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Élections primaires

Les élections primaires sont des processus internes selon lesquels un parti politique choisit son ou ses candidats aux prochaines élections générales. Les modalités exactes dépendent du cadre juridique, des règles internes du parti et de pratiques non officielles.

 

Les élections primaires offrent un exemple de processus de sélection comportant un haut degré de participation, en ce sens que les membres ordinaires (ou, dans certains cas, tous les électeurs de la circonscription) contrôlent le processus.

 

Arguments en faveur des élections primaires

Les partisans des élections primaires invoquent souvent les arguments suivants :

 

  • Elles aident le parti politique à choisir le candidat le plus susceptible de remporter une élection générale grâce à la consultation d’un nombre considérable des personnes susceptibles de voter pour les candidats du parti.
  • Elles mettent en train le processus démocratique avant même la tenue des élections générales.
  • Elles donnent aux candidats un mandat clair et les légitiment, car ils sont choisis par les membres du parti en général, et non seulement par sa haute direction.
  • Elles assurent au parti, à ses candidats, et peut-être même à son programme une importante visibilité publique.
  • Elles habilitent les membres ordinaires et les font participer à la stratégie du parti et à ses décisions clés.
  • Elles aident les membres à prévaloir contre des élites du parti qui seraient impopulaires, mais fermement ancrées.

 

Arguments contre les élections primaires

Les détracteurs des élections primaires invoquent les arguments suivants :

 

  • Elles ne désignent pas les candidats les plus susceptibles de remporter l’élection générale, car seulement une petite fraction des membres du parti (habituellement les purs et durs) tendent à voter aux élections primaires. D’un point de vue stratégique, il vaudrait peut-être mieux choisir des candidats capables de plaire aux membres ou aux sympathisants des autres partis plutôt qu’aux seuls fidèles du parti.
  • Elles sont très coûteuses et (à moins d’être organisées et financées par le Trésor public, comme c’est parfois le cas) elles détournent des fonds de la campagne électorale générale.
  • Elles encouragent les querelles intestines dans les partis au lieu de favoriser un climat de négociation, de consultation et de compromis à un moment où les efforts doivent être axés sur la défaite d’adversaires externes, et non pas internes.
  • Elles privent les titulaires de charge, qui sont les personnes les plus expérimentées, et les dirigeants du parti de la prérogative de prendre la décision, laquelle revient plutôt aux membres ordinaires, qui ont peu ou pas d’expérience pour ce qui est de briguer les suffrages ou d’occuper une charge publique.
  • Elles affaiblissent les structures du parti en mettant l’accent sur les candidats individuels plutôt que sur le manifeste ou les politiques du parti.

 

Élections primaires prévues par la loi ou non

On entend par élections primaires prévues par la loi les cas où le cadre juridique d’un pays stipule que les partis politiques doivent choisir leurs candidats par la voie d’élections internes. Dans certains cas, les lois ou les règlements (ou parfois la Constitution) établissent simplement que les partis doivent choisir leurs candidats démocratiquement et, dans d’autres cas, les pays ont décidé de définir dans le détail les modalités de tenue des élections primaires. Dans ces cas, la loi confie parfois à l’organisme électoral la responsabilité d’organiser, de contrôler et de surveiller les élections primaires. Les élections primaires prévues par la loi concernent souvent les membres du parti seulement; autrement, elles peuvent être ouvertes à tous les électeurs de la circonscription (voir Genres d’élections primaires, ci-après).

 

Les lois diffèrent en outre en ce qui touche les peines applicables au non-respect des dispositions relatives à la tenue d’élections internes par les partis. Dans certains pays, la loi ne prévoit aucune sanction, tandis que dans d’autres, la tenue d’élections primaires constitue une condition préalable à l’enregistrement d’un parti politique en vue des élections ou à la présentation de candidats.

 

Les partis politiques qui tiennent des élections primaires même si la loi ne l’exige pas sont souvent guidés par leurs propres membres ou par des règles internes visant la sélection des candidats. Le système du parti, le système électoral et l’idéologie du parti tendent à influencer cette décision et, même dans les cas où il existe une loi, il n’est pas toujours possible de discerner si celle-ci a déterminé le processus ou si elle reflète simplement la pratique.

 

Genres d’élections primaires

Il existe trois principaux genres d’élections primaires, soit l’élection par un congrès, l’élection par l’ensemble des membres et l’élection ouverte.

 

L’élection par un congrès est un mécanisme de parti interne commun dans lequel l’élection a lieu au cours d’une réunion du parti souvent appelée congrès ou caucus. Certains partis politiques permettent à tous leurs membres d’assister au congrès de sélection et d’y voter, tandis que d’autres limitent la participation aux délégués de leurs sous-unités. Le congrès a pour avantage de permettre aux participants de discuter et de parvenir à des compromis avant la tenue du vote, de donner aux sous-unités du parti la possibilité de s’exprimer plus clairement que dans les autres systèmes et, en général, de renforcer le rôle de l’organisation du parti par rapport aux candidats individuels. Ses inconvénients sont la participation souvent non représentative, les risques de manipulation (par exemple, le fait de ne pas convoquer la réunion à temps ou de conclure des marchés en coulisse), et l’absence de répartition du pouvoir au sein du parti. De plus, le vote lors des congrès de parti se fait parfois par acclamation ou par d’autres méthodes qui ne permettent pas d’en préserver le secret, ce qui peut inhiber le processus démocratique.

 

Les élections par les membres sont parfois appelées élections primaires « fermées » vu qu’elles sont ouvertes à tous les membres du parti, mais non aux autres électeurs. Elles sont parfois tenues par l’organisme électoral, mais elles peuvent aussi être organisées par le parti lui-même. Ce mode d’élection a pour avantage d’être plus ouvert et plus transparent que celui du congrès, d’habiliter les membres ordinaires et de les faire participer davantage aux affaires du parti. Il limite la domination des élites du parti, mais il peut aussi de ce fait enlever la décision aux personnes plus expérimentées et peut-être mieux placées pour faire le bon choix. Un autre de ses inconvénients pourrait être le fait que la décision est prise seulement par les personnes qui veulent être affiliées publiquement à un parti politique, et non par des sympathisants ou sympathisants potentiels qui pourraient mieux indiquer au parti quels candidats pourraient remporter les suffrages lors d’une élection générale. Dans les contextes politiques explosifs ou polarisés où les niveaux de violence politique sont élevés, les électeurs peuvent ne pas vouloir afficher publiquement leur affiliation en se présentant pour voter dans le cadre d’une élection par les membres.

 

Les élections primaires ouvertes sont celles auxquelles tous les électeurs inscrits dans une circonscription peuvent participer, même ceux qui sont membres d’autres partis ou qui n’ont aucune affiliation partisane. Ce mode d’élection n’est pas très commun. Ce sont souvent les organismes électoraux qui organisent les élections ouvertes, car elles exigent l’inscription de toutes les personnes qui pourraient voter lors d’une élection générale. L’avantage de ce système est que les partis politiques n’ont pas besoin d’une liste de membres officielle et complètement à jour et que les électeurs n’ont pas à déclarer leur affiliation politique. Les élections ouvertes enlèvent au parti une part de ses principales fonctions, soit celles de garde-barrière et de recruteur de candidats. Étant donné que les élections primaires suscitent en général un taux de participation moindre que les élections générales, leurs résultats risquent beaucoup de ne pas refléter l’opinion de la majorité des électeurs qui voteront lors d’une élection générale. D’ailleurs, les sympathisants d’autres partis, qui sont aussi habilités à voter à l’élection primaire, peuvent chercher à assurer la victoire à l’élection primaire du candidat ayant le moins de chances de remporter l’élection générale, de manière à réduire la concurrence à laquelle le candidat de leur parti préféré devra faire face.

 

Facteurs influant sur les élections primaires

Le système électoral et la loi régissant les élections influent sur la conduite des élections primaires, non seulement parce que la nécessité de tenir des élections primaires est souvent énoncée dans les lois électorales, mais aussi parce que le système électoral en soi influe sur la politique. Dans les circonscriptions uninominales, les sections régionales et locales des partis politiques tendent naturellement à avoir une plus grande influence, tandis que l’organisation centrale du parti serait plus influente dans les systèmes où les circonscriptions élisent plus d’un député. Cette tendance n’est cependant pas nette, et il existe de nombreuses situations qui la contredisent. Les lois électorales peuvent aussi prescrire des quotas qui influent sur la sélection des candidats. Selon ces quotas, des sièges peuvent être réservés à la législature nationale afin d’assurer l’égalité des sexes ou d’accroître la participation des groupes sous-représentés, comme les minorités nationales. Les lois peuvent aussi préciser, par exemple, le nombre de femmes à inscrire sur les listes de candidats des partis et même, dans certains cas, prescrire leur rang sur ces listes.

 

Le système de parti est fortement influencé par le système électoral, mais aussi par des règles juridiques, comme le seuil nécessaire pour remporter des sièges à la législature nationale, la géographie politique du pays, et d’autres facteurs contextuels. Le nombre de partis politiques en lice lors d’une élection, le nombre de partis susceptibles de remporter des sièges à la législature et d’autres enjeux peuvent déterminer le besoin de former des coalitions et d’élaborer d’autres stratégies pouvant influer sur le processus de sélection des candidats par les partis.

 

Le contexte et la culture politiques sont des facteurs majeurs dans la décision de tenir des élections primaires. Comme mentionné ci-dessus, la polarisation et la violence politique, par exemple, peuvent influer sur la volonté des électeurs d’afficher publiquement leur affiliation. Le niveau de confiance régnant dans une société peut créer des besoins différents en matière de transparence et de participation, et les divisions au sein de la société peuvent être reflétées dans les pratiques internes des partis.

 

Enfin, la culture des partis politiques est un autre des facteurs majeurs qui influent sur le processus de sélection des candidats. Le fait qu’un parti s’appuie ou non sur ses membres, qu’il repose sur une idéologie forte ou sur le leadership d’un individu, et la nature de ses valeurs et traditions idéologiques déterminent en dernier ressort la décision du parti de choisir volontairement ses candidats au moyen d’élections internes.

 

Sélection des candidats au sein des partis politiques

La sélection des candidats est le processus par lequel les partis politiques décident quelles personnes seront inscrites sur les bulletins de vote en tant que leurs candidats officiels. La façon dont ils effectuent ce choix est déterminée principalement par leurs propres règles et procédures internes. La mise en candidature est le processus juridique par lequel les autorités électorales vérifient l’admissibilité des candidats recommandés par les partis, approuvent leur candidature et font imprimer leurs noms sur les bulletins de vote.

 

À chaque élection, des milliers de personnes pourraient se présenter comme candidats, et il serait impossible aux électeurs de faire un choix éclairé parmi elles. Les partis politiques jouent par conséquent un rôle de garde-barrière utile et nécessaire en ramenant la liste des candidats à une brochette assez réduite.

 

Les partis politiques peuvent choisir leurs candidats de nombreuses manières différentes. Dans un grand nombre de cas, le cadre juridique existant établit qu’ils doivent le faire « démocratiquement », mais cette idée reste très vague et il existe peu ou pas de dispositions juridiques applicables. Dans de rares cas, la loi définit le processus de sélection des candidats.

 

Deux idées sont fondamentales en ce qui concerne la sélection des candidats par les partis. La première est le degré de centralisation, c’est-à-dire le niveau du parti – local, régional ou national – qui contrôle la sélection. La seconde est la participation, c’est-à-dire qui, des membres ordinaires ou de la haute direction, contrôle le processus au niveau où la décision est prise.

 

Centralisation

Dans un système extrêmement centralisé, l’agence nationale d’un parti déciderait de la sélection des candidats sans aucune participation de ses sections locales. On trouverait à l’autre extrême un système selon lequel les sections représentant l’échelon le plus local du parti choisiraient les candidats sans l’approbation ni la participation du niveau national. Comme dans nombre d’autres domaines, la pratique se situe habituellement quelque part entre les deux extrêmes.

 

Dans la plupart des partis politiques, les candidats sont choisis à l’échelon local, même si le niveau national exerce divers degrés d’influence. Celle-ci peut être proactive, c’est-à-dire consister à encourager, recommander ou imposer un candidat particulier à une section locale, ou négative en ce sens que le niveau national du parti peut se réserver le droit d’opposer son veto à l’égard de certains candidats. Dans les deux cas, le parti doit réaliser un équilibre difficile entre les stratégies du niveau national et les sensibilités locales.

 

Participation

Un cas de participation extrêmement faible serait celui où seul le chef du parti choisirait les candidats. Il y aurait à l’autre extrême le cas où les membres ordinaires du parti prendraient cette décision sans aucune participation ni intervention de ses dirigeants.

 

La situation des États-Unis illustre ce dernier cas : les membres (ou, dans certains États, tous les électeurs inscrits) peuvent élire le ou les candidats du parti au suffrage direct lors d’élections primaires. L’élection a lieu entre tous les candidats qui se présentent, et le processus se déroule sous la surveillance du gouvernement – en grande partie hors du contrôle de l’organisation du parti. Le gouvernement veille en outre à ce que la personne qui a remporté l’élection primaire soit celle dont le nom sera inscrit sur le bulletin de vote à titre de représentant du parti.

 

D’autres partis de différents pays ont opté pour divers degrés de participation de leurs membres au processus de sélection, depuis les élections primaires organisées par le parti jusqu’aux élections indirectes, où les sections du parti désignent des délégués à un congrès national.

 

Qu’est-ce qui détermine le processus de sélection?

Des facteurs comme le système électoral, l’idéologie des partis, la culture politique et l’organisation du gouvernement peuvent influer sur la centralisation et la participation au processus de sélection des candidats. Il n’existe toutefois aucune preuve qu’un ou l’autre de ces facteurs soit décisif.

 

Il serait naturel que les instances nationales des partis aient plus d’influence dans les systèmes où les circonscriptions sont représentées par plus d’un député, tandis que les sections locales disposeraient de plus de pouvoir dans les circonscriptions uninominales.

 

Selon la même logique, les systèmes fédéraux tendraient à favoriser la sélection décentralisée des candidats, les partis ayant une idéologie politique inclusive favoriseraient les méthodes de sélection participatives, et les partis des pays où la culture politique est hiérarchisée encourageraient les processus non participatifs.

 

Toutefois, tous ces critères (et d’autres) sont mêlés dans tous les partis politiques, et il est par conséquent difficile de tirer des conclusions. Même dans les cas où la loi prescrit un processus de sélection particulier, il n’est pas toujours possible de discerner si c’est la loi qui a déterminé le processus, ou si la loi reflète simplement la pratique.

 

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