Inscription des électeurs
L’inscription des électeurs établit leur admissibilité à voter. Cette opération – une des plus coûteuses, des plus longues et des plus complexes du processus électoral – représente souvent une portion considérable du budget, du temps du personnel et des ressources d’une autorité électorale. Bien menée, elle aide à assurer la légitimité du processus. Si le système d’inscription comporte des lacunes, l’ensemble du processus peut être perçu comme illégitime. Cette section renferme : · un Aperçu de l’inscription des électeurs; · le Contexte pour comprendre l’administration électorale de façon plus générale; · certains des Principes directeurs qui caractérisent un système efficace d’inscription des électeurs. La section suivante intitulée Questions générales explique et compare les trois principaux types de systèmes d’inscription des électeurs : la liste périodique, le registre permanent et le registre civil. On y fait valoir qu’aucun de ces trois types de systèmes n’est nécessairement le meilleur. Chacun a des avantages et des inconvénients qui le rend plus ou moins efficace dans des contextes sociaux, politiques et environnementaux différents. La section traite ensuite des éléments à considérer pour concevoir un système d’inscription – par exemple, l’utilisation de cartes d’inscription, l’informatisation des listes électorales, l’inscription le jour du scrutin et les dispositions concernant les électeurs anonymes. La section intitulée Enjeux administratifs spécifiques examine divers aspects particuliers de l’implantation d’un programme d’inscription. En général, les sujets y sont plus ciblés et détaillés, et ils s’appliquent à tout système d’inscription des électeurs. Entre autres, mentionnons les politiques d’approvisionnement, la sélection et la formation du personnel, la mise en œuvre du plan d’inscription des électeurs, la tenue de la liste électorale et la distribution de la liste électorale définitive. Liste périodique – AvantagesLa liste périodique présente un certain nombre d’avantages :
Liste périodique – InconvénientsLa liste périodique présente un certain nombre d’inconvénients :
Liste périodiqueOn appelle liste périodique la liste électorale établie pour un scrutin précis. Destinée à servir une seule fois, elle n’est pas une liste permanente tenue à jour ou ajustée entre les scrutins. Elle est produite à l’approche de l’élection, habituellement dans un délai relativement court. La liste périodique peut être établie de deux façons :
Dans le premier cas, l’autorité électorale entre en contact avec la population, en menant par exemple un recensement de porte en porte. C’est un système efficace qui permet d’établir une liste à jour, exacte et complète. Il nécessite l’embauche et la formation d’un grand nombre de recenseurs travaillant pendant une période relativement courte. Ceux-ci doivent savoir comment procéder s’ils ne trouvent pas l’occupant chez lui après une ou plusieurs visites. Les responsables doivent décider à l’avance quels renseignements fournir aux recenseurs : une simple liste d’adresses ou des données de l’élection précédente sur les occupants de chaque résidence. Dans le second cas, ce sont les citoyens qui prennent contact avec l’autorité électorale. L’autorité ouvre pendant une période suffisante des centres d’inscription où les électeurs peuvent se rendre pour s’inscrire au vote. Ces centres doivent être assez nombreux et assez bien situés pour rendre l’inscription facile à tous les citoyens. Il faudra peut-être prendre des dispositions spéciales pour joindre certains électeurs : les résidents de régions éloignées, qui doivent parcourir de longues distances pour se rendre à un centre d’inscription; les personnes âgées et infirmes; les électeurs qui vivent à l’extérieur du pays; les électeurs sans abri. Il peut s’avérer souhaitable d’utiliser les mêmes installations comme centres d’inscription et plus tard comme bureaux de vote. Si les dates d’élection ne sont pas fixées par la loi, on ne peut pas savoir d’avance quand il sera nécessaire de préparer la prochaine liste électorale. Il faudra peut-être l’établir pendant la période électorale officielle, et cette période devra être prolongée en conséquence. Le cas échéant, une bonne planification permettra de réaliser le recensement de façon rapide. Listes périodiques et critères de rendement Trois critères sont utilisés pour évaluer le rendement d’une liste électorale : actualité, exactitude, et exhaustivité. L’actualité indique dans quelle mesure les renseignements sur la liste sont à jour le jour du scrutin. En d’autres termes, les citoyens en âge de voter ce jour-là figurent-ils sur la liste? Ceux qui sont décédés ont-ils été rayés de la liste? La liste renferme-t-elle la dernière adresse résidentielle, surtout dans le cas des personnes qui ont déménagé? Plus une liste électorale est établie près du jour du scrutin, plus son taux d’actualité a des chances d’être élevé. Plus elle est créée tôt, plus ce taux risque d’être faible. Pour que le taux d’actualité soit bon, la liste électorale doit donc être créée assez près du jour du scrutin, et elle doit être mise à jour ou révisée à une date encore plus rapprochée du jour du scrutin. L’exactitude indique dans quelle mesure les renseignements relatifs aux électeurs inscrits sont corrects et sans erreur. Dans le cas de la liste périodique, les renseignements sont recueillis au moyen de recensements porte-à-porte ou à des centres d’inscription. Ainsi, un agent doit inscrire les renseignements et les transférer dans une base de données qui sera utilisée pour l’extraction et l’impression d’une liste électorale, ou ils seront transférés directement sur une liste électorale. Si la liste périodique est établie à l’intérieur d’une très courte période, les risques d’erreurs aléatoires ou d’erreurs de transcription commises lorsque les renseignements sont entrés dans la base de données et sur la liste sont plus élevés. Ce problème peut être atténué par l’embauche d’un personnel de vérification plus nombreux. L’exhaustivité indique dans quelle mesure la liste électorale renferme des renseignements sur tous les électeurs admissibles au moment de l’élection. Pour les systèmes de recensement, la liste sera probablement plus complète si :
Pour les systèmes utilisant des centres d’inscription, l’exhaustivité est plus élevée si :
Facteurs de coût Une liste périodique nécessite l’inscription de tous les électeurs dans un délai relativement court. L’investissement en temps et en argent est important durant cette période. Avec une liste permanente, les coûts sont étalés sur une plus longue période. La création d’une liste périodique entraîne donc d’importantes « pointes » de dépenses. Registre permanent – DésavantagesLa liste permanente présente un certain nombre de désavantages :
Registre permanent – AvantagesLa liste permanente présente un certain nombre d’avantages :
Registre permanentUn registre permanent (ou liste permanente) est une liste de tous les électeurs actuellement admissibles, qui tient compte des changements de données survenus entre les scrutins. La liste permanente est tenue à jour par les administrateurs électoraux – contrairement au registre civil ou au registre des citoyens, qui est tenu à jour par d’autres instances gouvernementales. Avec une liste permanente, on évite les pointes d’activité qu’engendre la création d’une liste périodique; au lieu d’être concentrée sur la période qui précède immédiatement une élection, la préparation de la liste électorale est étalée sur l’ensemble du cycle électoral. La liste permanente a aussi l’avantage de tirer parti de la capacité des ordinateurs de stocker, tenir à jour et distribuer des données; on enregistre les renseignements des scrutins précédents sur ordinateur en vue de les utiliser lors d’opérations d’inscription en cours ou à venir. Des données recueillies par d’autres organismes civils (bureaux d’immatriculation des véhicules automobiles et des permis de conduire, ministères du revenu, organismes d’habitation, etc.) peuvent aussi servir à la mise à jour de la liste. Méthodes de mise à jour Des mises à jour régulières permettent d’ajouter les noms des personnes qui ont atteint l’âge de voter, qui deviennent citoyens ou qui sont nouvellement admissibles à voter pour une autre raison (p. ex. libéré de prison), ou qui ont changé de circonscription. Les mises à jour suppriment le nom des électeurs qui sont décédés ou qui ont cessé de satisfaire aux critères d’admissibilité. Certaines autorités électorales mettent la liste à jour une fois par année. Le désavantage de cette méthode est que la liste est déjà périmée de plusieurs mois lorsqu’elle est finalisée et elle devient de plus en plus désuète au cours de l’année suivante. Étant donné le taux très élevé de mobilité dans plusieurs sociétés, 20 % des électeurs pourraient bien changer d’adresse au cours d’une année. Il y aurait alors d’importants problèmes d’actualité dans la liste électorale. Il est également possible d’actualiser les renseignements sur les électeurs beaucoup plus souvent. Dans certains cas, l’autorité électorale met quotidiennement la liste à jour au fur et à mesure qu’elle reçoit des renseignements par l’entremise de l’inscription électronique ou directement de l’électeur. La mise à jour peut aussi se faire mensuellement au moment où l’autorité électorale reçoit des renseignements d’organismes avec qui elle a une entente de partage. Ententes de partage de données Pour avoir une liste permanente, il faut des ententes de partage de données entre l’autorité électorale et d’autres organismes gouvernementaux auxquels les citoyens signalent des changements qui peuvent influencer leur admissibilité à titre d’électeur. Par exemple, les listes électorales comprennent normalement des renseignements sur l’adresse résidentielle de chaque électeur. Dans les pays où les élections sont organisées sur la base de circonscriptions séparées, l’électeur peut seulement voter dans la circonscription où se trouve sa résidence permanente. Ainsi, l’autorité électorale a besoin des renseignements sur les changements d’adresse pour tenir à jour la liste permanente. Le citoyen qui a déménagé a probablement avisé un organisme civil – le bureau des permis de conduire pour mettre son permis à jour, le ministère du revenu au moment de faire sa déclaration de revenus ou le bureau de poste pour faire suivre son courrier. Les autorités électorales qui gardent une liste permanente cherchent à avoir accès aux renseignements fournis par les électeurs à d’autres organismes civils. Elles utilisent ensuite ces renseignements pour actualiser leurs données relatives à l’inscription des électeurs. Il y a plusieurs obstacles à surmonter, dont ceux-ci :
Avantages internes et externes de la liste périodique Quand le travail de préparation de la liste électorale est étalé sur l’ensemble du cycle électoral, l’autorité électorale peut favoriser la formation et l’expertise au sein de son personnel. La proportion d’employés occupant des postes professionnels et permanents est plus élevée quand une liste périodique est utilisée. Il devient alors possible d’intégrer de meilleurs outils d’éducation électorale dans le processus d’inscription. Par exemple, certains pays dotés d’une liste permanente créent un registre temporaire des électeurs en prévision de l’inscription des électeurs nouvellement admissibles. Si l’âge de voter est de 18 ans, on peut placer le nom des jeunes de 16 ou 17 ans sur la liste temporaire et les transférer sur la liste générale le jour de leur 18e anniversaire. Ainsi, l’inscription se fait à un plus jeune âge et l’autorité électorale peut mettre en œuvre avec les écoles secondaires un programme d’éducation électorale axé sur l’inscription des électeurs. Registre civil – AvantagesLe registre civil présente un certain nombre d’avantages :
Registre civil – InconvénientsLe registre civil présente un certain nombre d’inconvénients :
Le registre civilUn registre civil est une liste de renseignements de base sur tous les citoyens (p. ex. nom, sexe, nationalité, âge, situation de famille et adresse). Il est tenu par l’État. L’inscription est obligatoire, et les citoyens doivent signaler tout changement d’information aux responsables (en règle générale, le ministère de l’intérieur). Normalement, les États dotés d’un registre civil l’utilisent pour établir une liste électorale. Tout électeur admissible qui est inscrit au registre civil a donc l’assurance de figurer aussi dans le registre électoral. Un registre civil est presque toujours fondé sur un numéro national d’identité attribué à chaque citoyen; une liste permanente ne l’est habituellement pas. Des questions d’ordre culturel semblent beaucoup peser dans la décision d’adopter ou non un numéro national d’identité. Dans les sociétés qui ont décidé de l’adopter, cet identificateur permet de gérer l’information sur les citoyens de façon cohérente et globale. L’utilisation d’un numéro d’identité semble être souvent associée à la tenue d’une liste de citoyens. D’autres sociétés par contre semblent complètement hostiles à l’utilisation d’un identificateur national et restreignent souvent le partage de numéros d’identité, comme celui de sécurité sociale ou d’assurance sociale, entre les organisations publiques. Les sociétés qui refusent d’adopter un système de numéro national d’identité choisissent souvent aussi de ne pas créer un registre civil. L’expérience danoise Le ministère danois de l’Intérieur décrit comment la liste électorale est arrimée au registre civil national au Danemark : Pour pouvoir voter, l’électeur potentiel doit être obligatoirement inscrit au registre électoral (la liste des électeurs). Le registre électoral informatisé se fonde sur l’information se trouvant déjà dans le système national d’inscription civile (qui est lui aussi administré par le ministère de l’Intérieur), auquel les autorités municipales transmettent constamment des renseignements de base, administrativement pertinents concernant les citoyens, par exemple l’acquisition du droit de vote, les changements d’adresse et le décès. Ainsi, l’inscription au registre électoral – de même que les changements liés à un déménagement, etc. – se fait automatiquement et continuellement. Le registre est par le fait même constamment actualisé et seules les personnes vivant à l’étranger […] doivent faire des démarches. Elles doivent en effet envoyer une demande d’inscription au registre à la municipalité où elles demeuraient avant de partir à l’étranger. Le registre électoral informatisé et à jour est imprimé, la date de référence étant le 18e jour précédant le jour du scrutin. Les électeurs potentiels qui s’établissent au pays après cette date ne peuvent pas s’inscrire au registre avant le jour du scrutin et ne peuvent donc pas voter. Les personnes qui déménagent dans une autre municipalité moins de 18 jours avant une élection générale demeurent inscrites au registre électoral de la municipalité où elles vivaient jusqu’après le jour du scrutin. Les changements apportés au registre électoral pour des questions (1) d’émigration, (2) de décès, (3) d’émission (ou de retrait) de déclarations d’incompétence légale, et (4) de personnes perdant ou obtenant la citoyenneté danoise, qui sont signalées aux autorités locales moins de 18 jours avant une élection, sont effectués à la main sur la version imprimée du registre électoral1. L’utilisation d’un registre civil comme au Danemark est très exigeante. Les responsables doivent tenir les données nécessaires pour les élections ainsi que les statistiques de l’état civil figurant normalement dans un registre civil. En règle générale, les citoyens doivent informer les autorités d’un changement à leurs renseignements de base dans un délai précis – par exemple, dans les 30 jours de la modification. L’actualisation des données du registre civil demande un peu de temps comme dans le cas du registre permanent. La même modification est ensuite apportée à d’autres listes fondées sur le registre civil, dont la liste électorale. Le registre civil et l’inscription des électeurs Dans certains pays ou territoires tenant un registre civil, comme la Suède, les citoyens n’ont rien à faire pour être inscrits sur la liste électorale. Le bureau local de l’impôt tient à jour les fichiers des citoyens ayant le droit de vote, et quiconque est inscrit au registre civil figure automatiquement sur la liste électorale. Ailleurs, comme au Sénégal, le citoyen doit présenter une demande d’inscription sur la liste électorale même si l’État tient un registre civil. Quand une liste électorale distincte est tirée du registre civil, son établissement peut se faire beaucoup plus près de la date du scrutin. Étant donné que le registre civil comporte des renseignements comme la date de naissance, le sexe ou le nom, il n’est plus nécessaire de les collecter de nouveau pour la liste électorale. Cela réduit considérablement le temps nécessaire pour saisir les données et dresser la liste. L’établissement et la tenue d’un registre civil constituent une tâche administrative majeure et coûtent habituellement cher. En revanche, une fois que sont réunies des données de qualité relatives à la population dans son ensemble, ces données peuvent servir à une variété d’autres fins sans qu’il en coûte très cher à d’autres organismes. Par exemple, si l’on se sert du registre civil pour établir une liste électorale, il suffit d’ajouter au registre les critères liés au droit de vote puis de télécharger les données à l’intention de l’autorité électorale. Le rôle de cette dernière se limite habituellement à repérer les erreurs ou omissions dans les données, à apporter les correctifs et à produire la liste définitive utilisée le jour du scrutin. Avec un registre civil à jour, une liste électorale peut être établie à peu de frais. NOTE
1. Folketing (Parlement danois). Parliamentary Elections and Election Administration in Denmark, à http://suffrage-universel.be/dk/dkvo.htm Identification à des fins d’inscriptionL’identification des électeurs consiste à vérifier l’admissibilité des électeurs potentiels et à inscrire leur nom et autres renseignements justificatifs sur une liste électorale. Le processus doit être juste, exhaustif et inclusif. Il faut adopter des mesures efficaces pour que les électeurs potentiels connaissent le processus d’inscription et aient la possibilité de l’utiliser. Par exemple, on procède à des campagnes d’éducation électorale qui soulignent l’importance de l’inscription, expliquent les responsabilités de l’électeur et fournissent des renseignements sur la façon de s’inscrire. Qui est responsable : les citoyens ou l’État? Les méthodes d’inscription ainsi que les responsabilités confiées aux administrateurs électoraux et aux citoyens peuvent varier selon les systèmes. Dans certains cas, l’inscription incombe surtout aux citoyens, qui doivent entamer le processus en communiquant avec l’administrateur électoral. Ainsi, ils peuvent avoir à remplir un formulaire à un centre d’inscription électorale, à remplir un formulaire obtenu sur le site Web de l’autorité électorale ou (dans un pays disposant d’un registre civil) à remplir un formulaire de modification d’inscription et à le présenter à l’autorité civile. Dans d’autres cas, il incombe aux autorités de communiquer avec les électeurs potentiels. Souvent, elles recueillent des renseignements électoraux à l’aide de recenseurs qui vont de porte-à-porte dans tous les secteurs ou dans des secteurs ciblés. Une autre méthode consiste à miser sur le partage de données entre l’autorité électorale et d’autres organismes civils, comme le service des postes ou le service de l’habitation. Lorsqu’elle est informée d’une modification dans les données d’un citoyen, l’autorité électorale peut envoyer des documents d’inscription à cette personne pour attester le changement. En pratique, les citoyens et l’État partagent souvent la responsabilité du contact initial. L’autorité électorale du Mexique, par exemple, qui tient une liste électorale permanente, facilite l’inscription en établissant des milliers de centres d’inscription, dont plusieurs bureaux itinérants. Cependant, il revient toujours au citoyen de se rendre à un centre pour entamer les démarches d’inscription. Lorsque les électeurs doivent s’inscrire eux-mêmes, on a constaté que plus on leur facilite la tâche, plus il est probable qu’ils participeront. Au bout du compte, c’est une question d’accès : dans quelle mesure l’État est-il responsable de faciliter l’inscription de ses citoyens? La réponse est que l’État doit assumer en grande partie la responsabilité d’implanter des mesures garantissant que l’inscription n’est pas un obstacle administratif à la participation électorale. Par ailleurs, l’ampleur des efforts à cet égard est habituellement fonction des coûts. Compromis entre coûts et exhaustivité Les décideurs visent l’exhaustivité dans l’inscription électorale, mais ils peuvent avoir à trouver un équilibre entre l’effort et le coût global. La préparation d’une liste électorale a tendance à être moins onéreuse lorsque les électeurs sont responsables de leur propre inscription. Le rôle des administrateurs électoraux est alors de veiller à ce que les électeurs soient au courant des exigences et des procédures d’inscription. Les administrateurs peuvent choisir de ne pas assumer la responsabilité de repérer les électeurs potentiels qui ne s’inscrivent pas eux-mêmes. Cette approche donne lieu à des listes électorales généralement moins complètes que celles compilées par l’État. En outre, certains groupes de citoyens sont moins portés à s’identifier comme électeurs admissibles et à s’inscrire – notamment les jeunes, les personnes âgées ou handicapées, les personnes défavorisées ou analphabètes ainsi que les résidents des régions rurales où le transport est plus difficile. Conditions d’admissibilité et identificationLes conditions d’admissibilité pour l’inscription électorale devraient correspondre aux conditions de base pour le vote. Elles sont normalement énoncées dans la constitution, une loi ou la charte des droits d’un pays. La plupart des pays qui aspirent à la démocratie tentent de maintenir le suffrage universel pour tous les citoyens ayant atteint l’âge adulte, habituellement 18 ans. Il peut y avoir des exigences de résidence pour l’inscription et le vote, en particulier dans un système basé sur des circonscriptions électorales distinctes. Nombre de pays interdisent le vote aux citoyens dont les droits ont été suspendus pour avoir été reconnus coupables d’un crime ou qui sont jugés mentalement incapables. Facilitation de l’inscription et du vote Par le passé, on tenait compte de beaucoup plus de critères qu’aujourd’hui pour déterminer si une personne était admissible à participer au processus démocratique, notamment le droit de propriété, la race, le sexe et la « moralité »; toute personne jugée inapte selon ces critères était exclue. Au fil du temps, ces critères ont perdu leur légitimité et ont été écartés. On peut observer une libéralisation semblable concernant certains critères actuels. Par exemple, certains pays permettent à des citoyens étrangers de voter à des élections locales s’ils respectent des exigences de résidence précises. De plus en plus de pays ont accordé le droit de vote à leurs citoyens vivant à l’étranger, notamment l’Afrique du Sud, la Bosnie-Herzégovine et l’Irak. Les exigences de citoyenneté en tant qu’obstacles à l’inscription Les pays et États émergents dont les frontières ont récemment été modifiées ou disputées éprouvent souvent de la difficulté à déterminer si un résident a obtenu son statut de citoyen et, par le fait même, ses pleins droits démocratiques. Il ne s’agit pas simplement d’une question pour l’autorité électorale, mais plutôt d’une question politique qui soulève des points fondamentaux de gouvernance, comme la relation entre la nation et l’État et la nature de la citoyenneté dans le nouvel État. Toutefois, si des exigences de citoyenneté rigides empêchent une grande proportion des résidents d’un pays de s’inscrire pour voter, elles ont une incidence directe sur les élections. À une époque où la plupart des élections dans le monde sont surveillées par des observateurs nationaux et internationaux et des représentants des partis politiques, le fait d’entraver l’inscription peut facilement entraîner des accusations d’atteinte aux principes démocratiques qui sous-tendent des élections justes et libres. Identification des électeurs admissibles Les administrateurs électoraux peuvent choisir différentes méthodes pour confirmer que les électeurs potentiels respectent les critères de citoyenneté et peuvent prouver leur identité. Les pays dotés de listes électorales périodiques ont souvent recours au recensement porte-à-porte, à l’établissement de centres d’inscription électoraux ou à une combinaison des deux. La procédure peut se compliquer lorsque des électeurs potentiels se présentent eux-mêmes aux autorités électorales. Dans les pays où les résidents portent normalement une pièce d’identité (p. ex. certificat de naissance, passeport, carte d’identité civile ou permis de conduire), la simple présentation de cette pièce suffit. Dans les pays où les résidents ne portent pas normalement de pièce d’identité, notamment les pays en développement, on peut exiger une déclaration sous serment de l’électeur, ou encore une déclaration d’un autre citoyen qui répond de lui. Dans les pays dotés de listes continues, la procédure varie selon qu’une personne s’inscrit pour la première fois ou qu’elle modifie les renseignements qui figurent déjà sur la liste. Pour une première inscription, la procédure est sensiblement la même que celle utilisée pour une liste périodique. Par exemple, pour prouver son identité et son admissibilité, une personne qui vient d’atteindre l’âge de voter peut avoir à montrer son certificat de naissance ainsi qu’une carte d’identité avec photo, tandis que les nouveaux citoyens peuvent avoir à présenter des documents d’immigration. S’il s’agit de modifier les renseignements relatifs à une personne déjà inscrite, il est possible qu’on exige une pièce d’identité pertinente – peut-être un certificat de mariage pour un changement de nom, ou un permis de conduire pour un changement d’adresse. Dans les pays dotés d’un registre civil, l’identité d’un électeur potentiel est normalement établie au moyen du numéro d’identité de cette personne, qui permet de vérifier son dossier civil. Il est possible de transférer régulièrement des renseignements du registre civil au registre électoral de façon à ce que tous les changements apportés au premier soient intégrés au second. Voter dans un autre bureau de vote que le sien De nombreux systèmes électoraux requièrent que chaque électeur soit inscrit à un bureau de vote donné et ne permettent qu’aux personnes inscrites à ce bureau d’y voter. Mais il est souvent nécessaire de faire des exceptions pour les électeurs qui prévoient être loin de leur lieu de résidence habituelle au moment du vote. Une solution est de permettre à ces personnes de voter par anticipation. Une autre, de délivrer un transfert d’inscription certifié à toute personne qui sera absente pour des raisons jugées valables et légitimes. Ces raisons peuvent être définies très étroitement afin que cette méthode ne soit ouverte qu’aux agents électoraux ou aux militaires absents pour raisons officielles; ou elles peuvent être définies plus largement afin d’englober quiconque trouve que la journée officielle de scrutin ne lui convient pas. Dispenses de voter Les autorités électorales essaient généralement d’inscrire toutes les personnes admissibles au vote. Cependant, dans les pays où le vote est obligatoire, certaines personnes voudront peut-être être dispensées de voter. Au Brésil, par exemple, le vote est obligatoire pour tous les citoyens de 18 à 70 ans, à moins qu’ils soient analphabètes. Le vote est optionnel pour les personnes de 16 et 17 ans ainsi que celles de plus de 70 ans. Dans ce pays, un électeur inscrit qui désire être dispensé de voter doit demander la permission à un juge électoral dans sa circonscription. Conditions d’admissibilité des électeursDans une démocratie, tous les citoyens adultes doivent pouvoir participer aux élections. Les conditions d’admissibilité doivent donc être assez larges pour qu’ils puissent pratiquement tous figurer sur une liste électorale. Aucun groupe ne devrait être exclu systématiquement, qu’il s’agisse de femmes, de membres de minorités ethniques ou linguistiques, de personnes sans abri ou défavorisées ou de résidents de régions éloignées. Les règles d’admissibilité sont axées sur l’âge, la citoyenneté et le lieu de résidence. Les conditions peuvent varier d’une démocratie à l’autre. Par exemple, toutes les démocraties représentatives limitent le vote à la population adulte. La définition de l’âge adulte varie toutefois d’un pays à l’autre, mais se situe généralement entre 18 et 21 ans. Dans la plupart des démocraties, les jeunes adultes (de 18 à 30 ans) ont tendance à moins participer à la politique électorale que leurs aînés. On a observé une baisse marquée de la participation électorale des jeunes au cours des deux dernières décennies dans nombre de démocraties industrialisées avancées. Pour remédier à la situation, on a lancé des initiatives d’inscription et de sensibilisation à l’intention des jeunes citoyens. Le droit de vote n’est traditionnellement accordé qu’aux adultes pouvant prouver qu’ils sont des citoyens résidant dans le pays où a lieu l’élection. Certains pays ont assoupli cette condition et permettent aux citoyens étrangers de participer à l’élection locale s’ils satisfont à certaines conditions élémentaires de résidence. Certains pays n’accordent le droit de vote qu’aux personnes qui résident dans une circonscription depuis un certain temps, tandis que d’autres permettent à leurs citoyens qui vivent à l’étranger pendant une période limitée de s’inscrire et de voter. Dans les pays sortant d’un conflit, il est de plus en plus courant d’accorder le droit d’inscription et de vote aux citoyens vivant à l’étranger. Cette pratique peut nécessiter la participation d’autorités électorales étrangères, par exemple pour faciliter l’inscription et le vote de ces électeurs ou pour surveiller les arrangements afin d’assurer leur équité et leur efficacité. Les règles d’admissibilité au vote sont normalement fixées par la loi ou la constitution d’un pays et non par des administrateurs électoraux. Ces derniers sont plutôt chargés d’appliquer les règles et les politiques établies. Preuve d’identité des électeursDans la plupart des pays, l’identification des électeurs admissibles qui se présentent au bureau de vote n’est pas chose simple. Le processus électoral doit être conçu de façon à garantir que seules les personnes légitimement inscrites peuvent voter et que les personnes qui se présentent au bureau de vote sont bien celles qu’elles prétendent être. Lorsque les électeurs potentiels se présentent au bureau de vote le jour du scrutin, ils doivent habituellement donner leur nom aux fonctionnaires électoraux avant de recevoir un bulletin de vote. Cela permet aux fonctionnaires électoraux de vérifier que le nom de ces électeurs est inscrit sur la liste électorale. Chaque nom est alors coché ou biffé, ou l’électeur est prié de signer le registre. Dans certains cas, pour éviter que des électeurs votent à plus d’un endroit, on exige que les électeurs trempent un doigt dans de l’encre indélébile pour indiquer qu’ils ont reçu un bulletin. Lorsque la norme est de porter une carte d’identité Il existe différentes manières pour les électeurs de prouver leur identité. Dans les pays où la norme pour les citoyens est de porter une carte d’identité (p. ex. carte d’identité nationale, permis de conduire, carte d’emploi, carte santé), l’administration électorale n’a pas nécessairement besoin d’émettre ses propres documents d’identité. Dans un pays où la fraude électorale est peu probable, les bureaux d’inscription peuvent ne pas demander de carte d’identité; les électeurs n’ont qu’à signer la liste ou le registre électoral. Et avec le passage aux fichiers informatisés, il n’y a souvent pas de signature originale qui puisse servir à des fins de comparaison. Les cartes de l’électeur envoyées par la poste indiquent aux électeurs ce qui figure à leur sujet sur la liste électorale et sont accompagnées de matériel éducatif. Envoyée à tous les citoyens inscrits sur la liste électorale, cette simple carte contient les renseignements personnels qui se trouvent sur la liste, avec la date de l’élection et l’emplacement du bureau de vote où l’électeur est inscrit. Au bureau de vote, les électeurs présentent la carte et indiquent seulement leurs nom et adresse, ou montrent une pièce d’identité avec photo, comme un permis de conduire. Lorsque la norme est de ne pas porter de carte d’identité Dans les autres pays, l’identification des électeurs peut être un processus beaucoup plus complexe et même assez lourd pour les administrateurs électoraux. C’est particulièrement vrai dans un pays qui n’a pas de registre civil et où les citoyens ne portent habituellement pas de pièces d’identité. Cette situation impose un fardeau financier et administratif considérable à l’administration électorale, qui doit fournir une preuve d’identité à tous les électeurs potentiels. Dans certains cas, les électeurs eux-mêmes doivent assumer une partie des frais de production des cartes de l’électeur ou autres pièces d’identité. Considérations de sécurité Avec la carte d’identité de l’électeur, toute administration électorale soucieuse d’efficacité se préoccupe beaucoup de la sécurité du système, et en particulier du risque de falsification. C’est pourquoi le Mexique a adopté, en août 1990, un système de carte d’identité à sécurité renforcée. Neuf éléments de sécurité ont été intégrés dans la conception de la carte, ce qui empêche pratiquement toute duplication ou modification. Ces éléments comprennent, entre autres, un code barres, un hologramme, la photographie et la fusion moléculaire. Il faut aussi veiller à la sécurité du stockage et de la distribution. Un problème s’est posé à cet égard aux élections de juin 1995 en Haïti. Sur les 4,2 millions de cartes d’identité de l’électeur qui avaient été produites, la commission électorale a annoncé qu’il en manquait un million. Ce chiffre, largement diffusé, n’a cependant jamais été confirmé1. Par ailleurs, un pays qui adopte un système de carte d’identité de l’électeur doit être capable de délivrer des cartes pour tous les électeurs admissibles. Cela a posé un problème aux élections du Salvador en 1994, ainsi qu’au Nicaragua pendant toutes les années 1990. L’inscription des électeurs et la délivrance des cartes d’identité deviennent encore plus compliquées si l’élection a lieu dans un contexte de conflit armé, comme au Nicaragua, en Angola et en Bosnie-Herzégovine. Enfin, si le coût de production des cartes d’identité est à la charge des électeurs, l’impact peut être considérable – comme on l’a vu aux élections de 1993 au Sénégal. Les coûts relativement mineurs étaient prohibitifs pour beaucoup d’électeurs potentiels, ce qui les a empêchés de participer au processus électoral. Caractéristiques disponibles pour les cartes d’identité de l’électeur Les cartes d’identité de l’électeur peuvent être dotées d’une grande variété de caractéristiques simples ou complexes. Les éléments de sécurité augmentent habituellement le coût, parfois de beaucoup, sans être toujours nécessaires. Dans un cas, la falsification a été empêchée en produisant une carte détachable au bas d’un formulaire d’inscription et qui portait le même numéro d’inscription préimprimé que le formulaire. Cette technique rendait pratiquement impossible la falsification de cartes ou le vol de cartes vierges, car le même nom et le même numéro d’identité devaient figurer sur la carte d’identité et sur la liste électorale. En outre, il ne suffisait pas de présenter la carte au bureau de vote. Pour la plupart, les cartes délivrées au moment de l’inscription étaient scellées à l’aide d’un processus de lamination à froid, de sorte que toute tentative pour enlever le laminage endommagerait la carte. Des registres exacts indiquaient quels formulaires avaient été attribués à chaque bureau de vote. Au surplus, la carte d’identité et le formulaire détachable étaient identifiés au moyen d’empreintes digitales. Le risque d’exclusion administrative Des systèmes de carte d’identité de l’électeur ont été adoptés à travers le monde. Il importe cependant de s’assurer qu’ils ne privent pas du droit de vote les électeurs pour qui les coûts connexes s’avèrent prohibitifs. Un citoyen est victime d’exclusion administrative s’il a officiellement et légalement le droit d’être inscrit et de voter mais qu’il se voit interdire d’exercer ce droit parce que le coût est trop élevé. Dans certains cas, les frais d’obtention d’une carte d’identité de l’électeur ont été perçus comme une cause d’exclusion administrative. Par exemple, le gouvernement d’un pays n’imposait pas de frais pour délivrer une carte d’identité, mais les électeurs devaient quand même payer les photographies et les timbres officiels, et s’exposaient à une perte de salaire pour le temps consacré à acquérir la carte. En fin de compte, le coût réel s’est révélé trop élevé pour bon nombre d’entre eux. Comme on pouvait s’y attendre, des électeurs par ailleurs admissibles ont été administrativement exclus du processus de vote. RÉFÉRENCE 1. International Republican Institute (IRI), Haiti: Pre-Electoral Assessment of the June 25, 1995, Legislative and Municipal Elections, Washington: IRI, 1995, Appendice VI. Carte d’information de l’électeur – Avantages et inconvénientsLes systèmes de carte d’identité de l’électeur varient du plus simple au plus complexe. Dans les systèmes plus simples, l’autorité électorale envoie à tous les électeurs admissibles une carte les avisant qu’ils sont inscrits pour voter dans une certaine circonscription, et leur expliquant où et quand ils peuvent voter. L’électeur présente la carte au bureau de vote le jour du scrutin, avec ou sans pièce d’identité supplémentaire (p. ex. permis de conduire avec photographie de l’électeur). Ce type de carte vise surtout à informer l’électeur et, en général, est utilisé dans les pays où l’on ne s’attend guère à ce que des électeurs cherchent à voter plusieurs fois ou à commettre un autre type de fraude électorale. Dans d’autres pays, la carte d’identité de l’électeur est un instrument beaucoup plus important pour empêcher la fraude électorale. C’est pourquoi certaines autorités font des efforts supplémentaires pour intégrer des éléments de sécurité dans la carte :
Les cartes d’identité de l’électeur ont parfois joué un rôle crucial pour augmenter l’intégrité et donc la légitimité du processus électoral. Dans les pays où ces cartes contiennent beaucoup d’éléments de sécurité, elles sont devenues un moyen efficace d’identifier les citoyens. D’autres pays ont déjà d’autres modes d’identification des citoyens, et il n’est pas nécessaire que l’autorité électorale fasse double emploi. La carte d’identité de l’électeur présente un certain nombre d’avantages :
Il peut aussi y avoir des raisons moins tangibles pour favoriser les cartes d’identité de l’électeur. Par exemple, d’après une étude sur les cartes d’identité photographique, les cartes font que l’électeur se sent fier de participer au processus électoral. La carte d’identité de l’électeur présente un certain nombre d’inconvénients :
Inscription volontaire ou obligatoireInscription volontaire L’inscription volontaire est basée sur le principe que le vote est un droit de citoyenneté et que les électeurs ont le choix de s’inscrire ou pas. Il arrive toujours que certains électeurs décident de ne pas s’inscrire et, par le fait même, se privent du droit de voter. S’il y avait une répartition aléatoire dans la probabilité d’inscription électorale – c’est-à-dire si tous les types de citoyens s’inscrivaient dans des proportions égales, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, habitants de zones urbaines ou rurales, riches ou pauvres, personnes instruites ou pas, etc. –, on pourrait conclure que l’inscription volontaire n’a pas d’effet sur le résultat d’une élection ou sur le choix des élus et des gouvernements. Dans une grande diversité de démocraties, on remarque cependant des disparités entre ceux qui s’inscrivent et ceux qui ne le font pas. Par exemple, les hommes ont plus tendance à voter que les femmes, bien que l’écart ait diminué dans plusieurs pays au cours de la dernière génération. Les jeunes sont beaucoup moins susceptibles de s’inscrire et de voter que les citoyens d’âge mûr ou plus âgés. Les électeurs des secteurs urbains s’inscrivent davantage que ceux des secteurs ruraux, les riches davantage que les démunis, et les personnes très instruites davantage que les personnes peu instruites. Si les personnes qui participent davantage ont des valeurs, des attitudes et des préférences politiques différentes de celles qui sont moins susceptibles de participer, il s’ensuivra que la participation et l’inscription volontaires influenceront le résultat de l’élection en favorisant les personnes qui ont plus tendance à s’inscrire et à voter. Si le segment de la population qui s’inscrit pour voter est systématiquement orienté d’une certaine façon ou n’est pas représentatif de la population en général, il se peut que le résultat de l’élection manque de légitimité. Inscription obligatoire ou quasi obligatoire L’inscription obligatoire ou quasi obligatoire est basée sur le principe que voter dans une démocratie n’est pas seulement un droit mais une responsabilité du citoyen. Quiconque omet de s’inscrire et de voter est vu comme un citoyen qui manque à son devoir. Si le vote est obligatoire, comme en Australie, l’inscription aussi est obligatoire, bien que cet aspect de la loi ne soit pas nécessairement appliqué. Les pays où le vote est obligatoire ont toujours un taux de participation beaucoup plus élevé que les pays où le vote est volontaire. De plus, si le vote est obligatoire, l’autorité électorale est davantage tenue de faciliter l’inscription et le vote. Dans les pays où c’est le gouvernement qui amorce le processus d’inscription – en effectuant un recensement de porte en porte ou en tenant un registre civil obligatoire – l’inscription est presque obligatoire. Par exemple, un citoyen peut refuser de répondre aux questions du recenseur, mais une demande officielle de renseignements du recenseur peut inciter davantage les citoyens à répondre et à s’inscrire. Dans les pays où il y a un registre civil, les citoyens sont souvent obligés officiellement et légalement de déclarer les changements dans leur statut personnel à l’autorité civile. Ainsi, on peut considérer qu’une liste électorale basée sur les données d’un registre civil a été produite grâce à une inscription obligatoire de facto. L’inscription obligatoire offre une liste plus exhaustive de tous les électeurs admissibles et permet une évaluation plus complète du taux de participation par rapport aux électeurs admissibles. La mesure réelle du taux de participation à une élection est le nombre de personnes qui ont voté relativement à la population en âge de voter, et cette proportion peut indiquer l’efficacité d’un programme d’inscription des électeurs. Dans un système d’inscription obligatoire, les citoyens comprennent davantage que le vote est un devoir et une responsabilité civiques. Quand l’inscription et le vote sont obligatoires, chaque citoyen doit voter à la fois pour lui-même et pour l’ensemble de la communauté. En d’autres termes, il doit voter pour que le système démocratique soit en santé et pas seulement pour que ses préférences personnelles soient reflétées dans le choix des élus.
Questions généralesCette section examine les avantages et les inconvénients de divers systèmes d’inscription électorale, dont les trois types principaux :
Aucun type de système d’inscription n’est le meilleur dans tout pays et en toute circonstance. Il importe de choisir le système qui convient le mieux au contexte. (Voir Les différentes méthodes – Avantages et inconvénients.)
Cette section traite aussi de plusieurs questions importantes liées à l’administration des systèmes d’inscription électorale :
Méthodes d’inscription des électeurs et participationL’inscription est généralement une condition préalable au vote. Pour pouvoir exprimer leur point de vue dans le processus démocratique, il faut que les citoyens soient inscrits. Les autorités électorales mènent souvent des campagnes ciblées pour inscrire des groupes qui sont moins susceptibles de participer aux élections, comme les jeunes, les femmes, les pauvres ou les membres des minorités ethniques (voir Inscription ciblée). Cette pratique soulève une question importante : l’autorité électorale est-elle chargée de garantir que la participation électorale reste élevée ou de réduire les différences dans les taux de participation des différents groupes de population? Est-ce qu’il ne reviendrait pas plutôt aux militants des partis politiques de faire voter les gens au moment de l’élection?
Les administrateurs électoraux ne s’entendent pas sur cette question. Certains estiment qu’une de leurs principales responsabilités est d’assurer une grande participation électorale. Il s’ensuit qu’autant de personnes que possible doivent figurer sur la liste électorale et qu’elles doivent être largement représentatives de la population dans son ensemble. Habituellement, les administrateurs électoraux qui sont de cet avis ont recours à des initiatives d’inscription ciblée et implantent des programmes d’éducation électorale pour sensibiliser tous les membres de la communauté et favoriser leur participation politique.
À l’inverse, d’autres administrateurs électoraux considèrent qu’ils doivent donner à tous électeurs la possibilité de participer, mais sans exercer de pression pour qu’ils le fassent. Autrement dit, le rôle de l’autorité électorale serait simplement d’assurer que les mêmes règles s’appliquent à tous, d’adresser ses messages à tous les citoyens et de prévoir un processus d’inscription qui soit également accessible à tous les électeurs potentiels. Les tenants de ce point de vue font souvent valoir qu’ils sont des administrateurs électoraux non partisans et qu’ils doivent être perçus comme impartiaux. Une campagne d’inscription ciblée ou un effort pour augmenter la participation de certains électeurs seulement risque d’aider certains partis plus que d’autres. Si tel est le cas, toute initiative de ce type compromet l’indépendance politique de l’autorité électorale.
Il s’agit là d’une question épineuse, et aucune réponse ne convient à tous les administrateurs électoraux en toute circonstance. Dans la mesure du possible, il est utile de codifier les principes de fonctionnement de l’autorité électorale de façon à ce qu’un changement dans sa haute direction n’entraîne pas un changement abrupt dans ses activités. Considérations financièresL’inscription des électeurs est souvent l’aspect le plus coûteux d’une élection, du moins pour les administrateurs électoraux. Bien entendu, les partis et les candidats peuvent investir des sommes importantes dans leurs campagnes électorales, mais il s’agit souvent de fonds privés. Dans certains pays, les partis reçoivent un financement public qui couvre une partie ou la totalité de leurs dépenses opérationnelles et de campagne. Néanmoins, l’inscription des électeurs est souvent l’élément budgétaire le plus considérable pour les administrateurs électoraux. L’inscription est coûteuse parce qu’elle implique un large éventail de responsabilités. Il faut recueillir les données à jour de chaque électeur admissible dans une population qui peut varier de dizaines de milliers à des centaines de millions de personnes – une tâche d’envergure. L’inscription doit être exhaustive et inclusive. Elle joue aussi un rôle crucial dans le processus électoral en lui conférant de la légitimité. De plus, l’inscription se déroule souvent dans l’atmosphère survoltée d’une campagne électorale : les détails sont scrutés à la loupe et les erreurs peuvent prendre des proportions exagérées. Lorsqu’un gouvernement utilise une liste électorale périodique, l’inscription génère des coûts sur une période relativement restreinte plutôt que sur tout le cycle électoral, comme c’est le cas lorsque l’on emploie une liste permanente ou un registre civil. Les frais d’établissement d’une liste périodique peuvent compter pour beaucoup dans l’ensemble des dépenses électorales, mais ils semblent moins élevés lorsqu’on les compare aux coûts de maintien d’une liste permanente. Bref, qu’elle soit effectuée à partir d’une liste périodique ou permanente, l’inscription des électeurs comptera pour une très bonne partie de l’enveloppe budgétaire de l’autorité électorale. Les coûts liés à l’inscription sont également très élevés lorsqu’on a recours à un registre civil (peut‑être bien plus élevés que pour les deux autres sortes de liste), mais ils ne sont pas directement assumés par l’autorité électorale. Les pointes de dépenses associées à l’utilisation d’une liste périodique y sont assurément pour beaucoup dans le choix d’un processus d’inscription électorale. Les autres facteurs à prendre en compte sont la capacité d’utiliser un processus d’inscription informatisé et la capacité de partage de données entre les organismes gouvernementaux et l’autorité électorale. La liste permanente dépend des partenariats d’échange de données qui permettent à l’autorité électorale de recevoir les changements aux renseignements personnels communiqués par les citoyens à d’autres organismes publics, comme le service des postes, le service de l’impôt et les bureaux de permis de conduire. La mise à jour de la liste électorale grâce à ces renseignements permet de rentabiliser l’utilisation d’une liste permanente. Déterminer les coûts Lorsqu’on élabore des listes électorales exhaustives et inclusives, il faut tenir compte de beaucoup de questions qui peuvent affecter les coûts. Par exemple, combien de centres d’inscription devraient être établis? Combien de personnes devraient être formées pour y travailler? Devrait‑on délivrer des cartes d’identité des électeurs, ou seraient‑elles inutiles puisqu’en général, les citoyens ont déjà toutes les cartes d’identité nécessaires? Si l’on a recours à des cartes, devraient‑elles comprendre une photo, des empreintes ou d’autres éléments de sécurité? Si les cartes doivent être laminées, la lamination à froid est‑elle acceptable (sans besoin d’électricité)? Existe‑t‑il d’autres sources de données sur les électeurs qui pourraient servir à mettre à jour les listes, surtout des données sur les électeurs urbains qui se déplacent beaucoup? Il y a aussi la question de savoir comment les coûts sont répartis au départ. Sont‑ils concentrés dans les périodes entre les élections, plus importants pendant les années d’élections ou encore répartis également sur toute la période du cycle des élections? Les réponses à ces questions et à bien d’autres ont des effets considérables sur l’ensemble des coûts du processus d’inscription. Coûts de l’informatisation Les coûts liés à l’informatisation du système d’inscription risquent d’être élevés. Premièrement, la mise en place d’un système informatique exige des investissements initiaux en équipement, en logiciels et en personnel compétent. Il faut ensuite assurer le fonctionnement et la maintenance du système. Les coûts de maintenance à eux seuls peuvent être considérables si l’on actualise l’équipement et les logiciels à mesure que sortent de nouvelles versions et améliorations. Il faut également tenir compte des coûts continus de la formation des opérateurs et du personnel de soutien qui effectueront les mises à jour, ainsi que des coûts d’utilisation du système pendant et entre les scrutins. Enfin, si la fonctionnalité administrative – c’est‑à‑dire la structure nécessaire au fonctionnement de l’opération d’inscription dans son ensemble – est intégrée au système informatique, des plans d’urgence seront nécessaires au cas où le système tomberait en panne. Ces plans peuvent prévoir le recours à une génératrice, à d’autres réseaux ou à d’autres systèmes de secours, ainsi qu’à des services de soutien fournis 24 heures sur 24 par des entrepreneurs. Établir un budget pour les coûts d’inscription On peut difficilement comparer, d’un pays à l’autre, les coûts associés à l’inscription aux listes périodiques et permanentes, puisque la présentation du budget et les types de dépenses varient. Il est plus utile de considérer l’inscription des électeurs comme un processus comportant un certain nombre d’éléments distincts, et de dresser un budget axé sur la réalisation des objectifs fixés selon un cadre de travail préétabli. Les coûts d’inscription peuvent facilement accaparer une part toujours plus grande du budget des élections. Le gros des dépenses sera attribuable aux bureaux d’inscription locaux, mais assumé par l’autorité électorale centrale. Ces dépenses comptent divers éléments de base :
L’autorité électorale centrale peut restreindre les coûts d’inscription en imposant un plafond pour les dépenses associées aux salaires, aux heures de travail et à l’acquisition de matériel. Elle peut également fixer des limites pour la grandeur et la qualité des bureaux ainsi que pour l’équipement loué ou acheté pour les bureaux. De plus, elle peut établir des règles concernant les dépenses admissibles. Cependant, l’autorité électorale devrait avoir une certaine marge de manœuvre relativement à son budget d’inscription, en cas de dépenses imprévues. Par exemple, si une administration utilise une liste permanente, il se peut qu’on découvre, pendant la période de révision, que cette liste contient des données incorrectes concernant un nombre d’électeurs plus important que prévu. Certaines mesures pourraient alors être nécessaires, comme l’embauche de personnel supplémentaire, la location d’équipement additionnel et la négociation d’autres marchés de services, ce qui entraînerait une augmentation des coûts au‑delà des limites prévues. Comme le processus d’inscription est fondamental pour assurer la légitimité des élections, les coûts supplémentaires à court terme doivent être acceptés. Grâce à une bonne planification basée sur l’expérience, il est possible de réduire au minimum les effets de ce genre d’activités imprévues. Les facteurs qui contribuent à augmenter les coûts Un certain nombre de facteurs ont tendance à accroître les coûts liés à l’inscription :
Économies et mesures d’efficacité Certaines règles de base peuvent améliorer l’efficacité du processus d’inscription et en diminuer les coûts :
Dispositions de lutte contre la fraudeLa fraude électorale revêt différentes formes. Dans certains cas, elle peut être commise par des citoyens qui agissent individuellement ou en groupe organisé; dans d’autres cas, il peut s’agir d’une intervention gouvernementale en vue de truquer les résultats d’une élection. L’autorité électorale doit avoir l’indépendance nécessaire pour garantir le maintien de normes équitables dans le combat contre la fraude électorale par les citoyens et elle doit avoir l’assurance que le gouvernement n’aura pas recours à la fraude.
Fraude électorale par des individus
Fraude électorale par des groupes ou des gouvernements
Inscription à différents paliers de gouvernementDans bon nombre de pays, les citoyens sont régis par des administrations multiples, chacune pouvant organiser une élection. Par exemple, un citoyen peut habiter dans une zone relevant à la fois d’une autorité municipale, régionale, provinciale, nationale et même supranationale (ou internationale).
Pour organiser une élection, chaque administration doit posséder une liste des électeurs admissibles. Il n’est pas efficace que chacune élabore et tienne sa propre liste, car cela entraînerait un double emploi important, bien que certaines administrations le fassent malgré tout. En fait, dans des contextes d’administrations multiples, les autorités électorales ont diverses options :
Emplacement des bureaux de voteUn des principes de l’administration électorale efficace est que l’emplacement d’un bureau de vote ne doit constituer ni un avantage ni un désavantage pour un parti ou un groupe politique. Le processus d’inscription électorale peut aider à choisir des lieux équitables et politiquement neutres pour les bureaux de vote. Voici comment :
Inscription anonymeL’inscription anonyme est l’inscription des électeurs dits « silencieux ». Cette pratique consiste à inclure certaines personnes sur la liste électorale mais de manière à ce que leur nom ou toute autre caractéristique (p ex. adresse) ne figure pas dans une version publiée ou distribuée de la liste électorale. Dans certains cas, l’autorité électorale tient une liste distincte de ce type d’électeurs.
Ces personnes souhaitent demeurer anonymes pour différentes raisons, la plus courante étant qu’elles ont été victimes de violence conjugale et craignent pour leur sécurité personnelle. De manière similaire, les victimes de crime peuvent craindre que le coupable, une fois sorti de prison, découvrent où elles se trouvent et cherche à se venger.
L’autorité électorale, en s’engageant à respecter cet anonymat, doit être en mesure de tenir sa promesse. De plus, on s’entend généralement sur le fait que personne ne devrait être privé de ses droits démocratiques pour avoir été victime de violence conjugale ou d’un acte criminel. Par contre, l’inscription anonyme semble ne pas concorder avec le principe d’ouverture et de transparence dans le processus électoral. Du moins en théorie, une liste anonyme pourrait servir à couvrir une fraude électorale à grande échelle si un très grand nombre d’électeurs y étaient inscrits et si la liste ne pouvait pas être examinée de la façon habituelle par les citoyens et les partis politiques ou leurs agents.
Comme dans beaucoup d’aspects de l’administration électorale, la meilleure solution réside dans un équilibre entre le besoin de confidentialité d’un nombre relativement restreint de personnes ayant des raisons légitimes de vouloir rester anonymes et le besoin d’ouverture et de transparence de l’administration électorale. L’autorité électorale peut exiger que tout électeur désirant figurer sur une liste anonyme fournisse la preuve que sa sécurité personnelle est menacée. Elle peut aussi permettre l’examen de cette liste, pour vérification, par un petit nombre de représentants des partis qui auraient prêté un serment de confidentialité. Inscription cibléeL’inscription ciblée est une opération visant à atteindre un groupe d’électeurs, habituellement parce qu’il affiche des taux d’inscription inférieurs à ceux de la population générale. Parmi les groupes qui peuvent être ciblés, citons les jeunes électeurs, les membres des communautés ethniques, les pauvres et les sans-abri, les femmes, les électeurs vivant à l’étranger et les électeurs urbains très mobiles.
Les jeunes électeurs
Comme les jeunes affichent les taux de vote historiquement les plus faibles, l’autorité électorale peut lancer une initiative pour augmenter l’inscription des jeunes électeurs. Dans le cadre de l’initiative, elle peut mettre en œuvre un programme d’éducation électorale axé sur la jeunesse et qui pourrait aussi servir dans le cadre de programmes d’instruction civique au secondaire. Pour intéresser les jeunes et les faire participer au processus de vote, l’autorité électorale peut organiser des spectacles publics comme les événements « Rock the Vote » qui ont eu lieu récemment dans certains pays. L’autorité électorale peut aussi créer un registre provisoire des jeunes qui auront l’âge de voter dans un ou deux ans et qui, une fois qu’ils auront atteint cet âge, pourront être automatiquement transférés dans la liste électorale générale.
Les membres des communautés ethniques
Les électeurs des communautés ethniques peuvent se heurter à des obstacles linguistiques importants. Ils peuvent aussi n’avoir qu’une faible compréhension du processus démocratique ou de leur droit de s’inscrire et de voter. Pour remédier à ces problèmes, l’autorité électorale peut diffuser l’information électorale dans plusieurs langues. Le dialogue avec les dirigeants d’une communauté ethnique peut aider à déterminer des stratégies favorisant la participation active de cette communauté au processus électoral.
Les pauvres et les sans-abri
Les membres les plus pauvres de la société ont moins de probabilités de s’inscrire ou de participer à la vie politique. Parfois, les règles d’inscription exigent que l’électeur ait une adresse fixe; les personnes incapables de répondre à cette exigence peuvent se trouver dans l’impossibilité de s’inscrire. La solution pourrait être de permettre à ces personnes d’utiliser l’adresse d’un refuge pour sans-abri de leur collectivité. Dans une ville comptant plus d’une circonscription électorale, les sans-abri peuvent se voir attribuer des adresses dans des refuges partout dans la ville. Ils seront ainsi inscrits en nombres plus ou moins proportionnels dans chaque circonscription, ce qui égalisera l’effet de l’inscription de ce groupe d’électeurs.
Les femmes
Certaines sociétés maintiennent encore des obstacles sociaux et culturels, voire juridiques, à la participation politique des femmes. Une campagne d’inscription ciblée sur les femmes peut viser à leur donner accès à du matériel d’éducation électorale pour les encourager à s’inscrire et à voter; le matériel est placé dans des lieux où les femmes ont de bonnes chances de les voir. Bon nombre d’autorités électorales collaborent avec des organisations de femmes pour que le message circule efficacement.
Les électeurs vivant à l’étranger
Un nombre croissant de citoyens cherchent du travail très loin de leur domicile, souvent même à l’étranger. Il arrive que l’autre parent reste au pays avec les enfants pendant que ces citoyens travaillent à l’étranger pendant des périodes prolongées. Malgré tout, ces citoyens maintiennent des liens étroits avec leur pays d’origine et s’identifient avec lui. Une opération d’inscription ciblant ces personnes pourrait inclure des visites spéciales de l’autorité électorale auprès d’administrations étrangères pour inscrire les électeurs ou la mise en place d’un programme d’éducation électorale qui les informe sur leurs droits démocratiques et sur la façon de les exercer.
Les électeurs urbains très mobiles
Dans les grands centres urbains des démocraties économiquement avancées, jusqu’à 20 % des personnes changent d’adresse tous les ans. Dans un pays doté d’une liste permanente, l’autorité électorale doit faire un effort considérable pour surveiller ces changements entre les élections. Inscription en ligneBon nombre d’autorités électorales affichent sur leur site Web des documents relatifs à l’inscription électorale. Il existe différentes options pour la présentation et l’utilisation de ces documents électroniques :
Sous-traitanceSécurité dans l’inscription électorale
En général, l’inscription des électeurs demande un niveau relativement élevé de sécurité. Il existe souvent des mesures de contrôle visant l’utilisation de la liste électorale, et son utilisation abusive constitue une infraction punissable. Souvent, l’utilisation du registre électoral, et de la liste électorale sur laquelle il est fondé, est réservée à l’autorité électorale et, par l’intermédiaire de celle-ci, aux partis politiques. Toutefois, les partis, les candidats et leurs travailleurs, qui ont habituellement un accès restreint à la liste, en reçoivent souvent quelques exemplaires, ont le droit de l’utiliser à peu près seulement pour la campagne électorale et, en général, ne sont pas autorisés à la distribuer. Des mesures encore plus strictes sont imposées pour contrôler l’utilisation de la liste des électeurs « silencieux », qui n’est pas mise à la disposition du public pour examen et n’est pas non plus distribuée aux partis pour les activités de campagne.
L’option de la sous-traitance
Malgré ces restrictions de sécurité, ce ne sont pas tous les travaux liés à la liste électorale qui doivent être effectués par les employés de l’autorité électorale. Certaines tâches peuvent être sous-traitées, selon des normes acceptables, à d’autres organismes gouvernementaux ou au secteur privé. En voici quelques exemples :
Mesures de protection en cas de sous-traitance
L’autorité électorale conserve la responsabilité du processus et de ses fonctions clés, même lorsqu’elles sont sous-traitées. Diverses mesures de protection aident à réduire le risque associé à une diminution de contrôle sur certains aspects du processus d’inscription :
Formulaires en plusieurs partiesLes formulaires d’inscription électorale ont des formes et des styles très divers. Parfois, les électeurs peuvent s’inscrire en ligne, et les formulaires sont seulement électroniques. Ou le formulaire est affiché sur le site Web de l’autorité électorale, mais il doit être téléchargé, imprimé, rempli à la main et retourné soit en personne, soit par la poste. Parfois encore, seul le formulaire papier peut être obtenu auprès de l’autorité électorale ou d’un autre organisme public qui agit à titre de distributeur. Et certains formulaires doivent être remplis, non pas par l’électeur mais par un recenseur, un employé du centre d’inscription ou un autre fonctionnaire.
Lorsque cela est possible et pratique, les autorités électorales optent souvent pour un formulaire comportant plusieurs parties détachables. L’une des raisons en est que ce type de formulaire peut inclure une carte d’identité détachable, qui est remise à l’électeur au moment où l’inscription est terminée. La carte indique le nom et l’adresse de l’électeur, la date de l’élection, l’emplacement du bureau de vote, les heures d’ouverture et, dans certains cas, un numéro d’identité d’électeur. L’information personnelle qui se trouve sur la carte détachable correspond exactement à celle de la partie conservée par l’autorité électorale.
Diverses caractéristiques de sécurité peuvent être incluses dans un formulaire en plusieurs parties. Par exemple, un numéro d’inscription peut être imprimé sur la partie que l’autorité électorale conserve, ainsi que sur la carte d’identité de l’électeur, qui peut être détachée
Le revêtement laminé est une autre caractéristique de sécurité. Il sert aussi à protéger la carte d’identité contre tout dommage. La pellicule de laminage peut être appliquée à chaud ou à froid, selon les conditions locales.
Les formulaires en plusieurs parties peuvent simplifier le partage des données. Par exemple, pour signaler un changement d’adresse au bureau de poste, on peut remplir un formulaire en double ou en triple exemplaire. Un des exemplaires va à l’autorité électorale, ce qui permet d’actualiser efficacement l’information relative à l’électeur. TechnologieL’inscription électorale comporte des activités qui peuvent bénéficier du recours à la technologie – par exemple, l’enregistrement et le stockage des noms et d’autres données d’identification (adresse, citoyenneté, âge, sexe, etc.); l’impression de listes, parfois avec des critères de sélection multiples; le suivi des changements dans l’information; ou le partage des données avec d’autres organismes gouvernementaux. Dans le cas de l’inscription électorale, la technologie sert surtout à l’informatisation des listes électorales. Mais d’autres technologies ont aussi été adoptées pour améliorer le système d’inscription :
Des outils technologiques intéressants sont largement disponibles. Il existe aussi dans la collectivité des administrateurs électoraux une expertise considérable dans l’évaluation des produits et services sur le marché. Il peut être bon de consulter des collègues quand on doit prendre une décision sur l’utilisation de diverses technologies ou qu’on doit formuler des recommandations au gouvernement à ce sujet. InformatisationPuisqu’une si grande part du travail de l’administration électorale consiste à recueillir, stocker, vérifier et mettre à jour des données sur l’identité des électeurs, les autorités électorales de différents pays ont commencé à informatiser beaucoup de ces processus. Les avantages sont clairs et souvent concluants. Les ordinateurs permettent de stocker de grandes quantités de données de façon sécuritaire, de traiter et de catégoriser les données de différentes façons et, par-dessus tout, de modifier des éléments comme les limites des circonscriptions en se reportant aux dossiers informatisés relatifs aux populations électorales. Cependant, dans certains cas, le contexte social, économique ou politique peut compliquer et même empêcher l’informatisation. Néanmoins, il est possible de mener des initiatives d’inscription réussies sur les plans de l’actualité, de l’exactitude et de l’exhaustivité. Si l’informatisation de l’inscription est de plus en plus répandue dans les démocraties économiquement avancées, on a commencé à se servir d’ordinateurs surtout durant la dernière génération, et en particulier la dernière décennie. Avant les années 1980 et 1990, les ordinateurs utilisés pour l’inscription étaient bien moins efficaces ou abordables qu’aujourd’hui. Plusieurs administrateurs électoraux trouvent maintenant que les ordinateurs peuvent rendre certains aspects de l’inscription plus efficaces et abordables que par le passé. En fait, on les presse de plus en plus de « moderniser » l’inscription, ce qui pourrait les mener à opter pour des systèmes informatisés. La nécessité d’informatiser les opérations est souvent motivée par le besoin d’accélérer le processus et de classer les listes électorales de différentes façons (p. ex. par unités géographiques telles les sections de vote). Il faut toutefois être conscient de ce qu’il en coûte pour élaborer et gérer des dossiers d’inscription informatisés. Il ne s’agit pas simplement de développer et installer des logiciels et du matériel informatique : il faudra du personnel compétent et hautement qualifié pour entretenir le système et le mettre à niveau régulièrement. Il importe donc d’évaluer avec soin les avantages et les inconvénients ainsi que la capacité réelle de maintien du système dans les années à venir. Avantages et inconvénients de l’informatisation L’informatisation de divers éléments du processus d’inscription électorale peut réduire les coûts et accroître grandement la fiabilité des données. L’informatisation est particulièrement utile pour les tâches suivantes :
L’informatisation comporte aussi des inconvénients :
Démarrage Il n’existe pas de programmes informatiques standards pour les initiatives d’inscription électorale à grande échelle, mais les autorités électorales qui prévoient informatiser leurs listes électorales n’ont pas besoin de partir à zéro. Les responsables électoraux de pays qui ont pris le tournant informatique sont souvent en mesure d’offrir une aide appréciable. Il suffit de trouver un système adéquat pouvant être appliqué de façon raisonnablement efficace et efficiente. Les inquiétudes et les malentendus relatifs aux capacités et à l’utilisation des ordinateurs sont répandus. Par exemple, dans un cas où il était question d’introduire l’informatique, plusieurs craignaient que l’ordinateur puisse révéler l’appartenance d’un électeur à un parti politique ou à un groupe ethnique. Dans un autre cas, on craignait que les résultats de l’élection puissent facilement être manipulés par les autorités électorales ou le gouvernement. Dans un troisième cas, les promoteurs de l’informatisation soutenaient que l’ordinateur pourrait rectifier les erreurs de saisie de données ou les dossiers falsifiés ou mal remplis. Un projet pilote bien publicisé peut s’avérer très utile pour dissiper les idées fausses. Utilisations secondaires de la liste électoraleL’élaboration d’une liste électorale a pour but principal de séparer la fonction de vérification de l’admissibilité des électeurs et le processus de vote lui-même. L’inscription électorale consiste à certifier qu’une personne est admissible à voter et à l’informer de l’emplacement du bureau de vote où elle peut le faire et de la circonscription électorale (le cas échéant) où son vote sera compté. Il n’est pas absolument essentiel de séparer la vérification de l’admissibilité et le vote lui‑même, et certaines élections, même nationales, se sont tenues sans de liste électorale. Toutefois, il est beaucoup plus facile de gérer les activités le jour du scrutin si la certification a déjà été faite et a servi à produire une liste électorale.
La liste électorale remplit également d’autres fonctions qui viennent justifier encore davantage son coût. Voici certains domaines où elle se prête à des utilisations secondaires :
Partis politiques et groupes d’intérêtsL’inscription des électeurs implique de nombreux intervenants. Les principaux sont évidemment les citoyens et l’administration électorale. Mais d’autres peuvent s’intéresser au processus d’inscription parce que celui-ci peut influencer le résultat d’une élection. Ces intervenants sont le gouvernement, les militaires, les partis politiques, les groupes d’intérêts, les institutions sociales et religieuses, les gouvernements étrangers et les organisations internationales. Partis politiques et inscription électorale Les partis politiques s’intéressent beaucoup à l’inscription des électeurs parce que le système utilisé peut avoir une incidence directe sur la quantité de votes qu’ils obtiennent. L’une des stratégies bien connues pour remporter une élection est de contrôler la fréquentation des urnes : en encourageant ou non certains électeurs ou groupes d’électeurs à s’inscrire, un parti peut améliorer ses chances. Les trois critères clés de rendement pour une liste électorale sont l’actualité, l’exactitude et l’exhaustivité. Dans certains cas, l’administration électorale peut avoir de la difficulté à respecter ses cibles de rendement parce que des partis cherchent à limiter la taille de l’électorat ou à exclure certains types d’électeurs – par exemple, les personnes qui proviennent de certaines régions ou de certains groupes ethniques ou linguistiques. Si c’est le parti au pouvoir qui cherche à entraver l’inscription des électeurs, la situation devient encore plus difficile pour l’administration électorale. Bien sûr, ce ne sont pas tous les partis qui cherchent à infléchir la préparation de la liste électorale, mais les administrateurs électoraux doivent être conscients de ce type de danger. Les partis politiques s’intéressent au processus d’inscription électorale, et les autorités électorales s’intéressent aux partis politiques pour les raisons suivantes :
Intérêts étrangers Les gouvernements étrangers, les organisations étrangères non gouvernementales et les organisations internationales jouent un rôle important en aidant à l’administration d’élections démocratiques et en fournissant du personnel et des services d’observation internationaux. Leur sceau d’approbation peut faire beaucoup pour garantir que l’élection constitue une expression légitime et définitive de la volonté du peuple. Intérêts nationaux Les intervenants nationaux autres que les partis politiques peuvent estimer, à juste titre, qu’ils ont un plus grand intérêt que les observateurs internationaux dans le processus électoral et son résultat. Ce qui est en cause est le contrôle du gouvernement. Certains intervenants peuvent être tentés de participer directement à la campagne au lieu de fournir de la surveillance et d’aider à promouvoir la légitimité du processus. Dans la mesure du possible, il convient d’encourager tous les intervenants nationaux à œuvrer pour l’élaboration d’un système et de pratiques justes et impartiales en matière d’administration électorale. La communauté internationale peut militer en faveur de cette approche, avec l’aide d’observateurs électoraux internationaux. Elle peut aider à convaincre les intervenants nationaux qu’il est sage de privilégier l’implantation de pratiques justes et impartiales. Les surveillants électoraux nationaux jouent aujourd’hui un rôle de plus en plus important, souvent en collaboration avec des observateurs internationaux, dans la surveillance des élections et la préservation de la légitimité des élections. Les différentes méthodes – Avantages et inconvénientsIl existe trois grandes méthodes d’inscription des électeurs :
Chacune a ses avantages et ses inconvénients, et aucune n’est la meilleure dans tout pays et en toute circonstance. Il importe donc de choisir la méthode la mieux adaptée au contexte. À plusieurs égards, la liste périodique est la méthode la plus simple. Une nouvelle liste des électeurs admissibles est produite à chaque élection. Comme il n’est pas nécessaire de la tenir à jour après le scrutin, elle n’exige guère de travail administratif en période non électorale. Pour la créer, cependant, l’autorité électorale doit déployer de grands efforts au cours de la période préélectorale, souvent à l’aide de personnel temporaire. Le registre permanent (ou liste permanente) se fonde sur le travail d’inscription effectué antérieurement, et est mis à jour de façon régulière. Cette méthode demande un soutien administratif important et soutenu : l’autorité électorale a besoin d’effectifs importants tout au long du cycle électoral (c’est-à-dire toute la période allant d’une élection à l’autre). La mise à jour implique la surveillance des changements dans la population : citoyens ayant atteint l’âge de voter; décès; personnes ayant perdu le droit de vote à la suite d’une infraction criminelle; déménagements, etc. Dans beaucoup de pays, la loi n’oblige pas les citoyens à signaler les changements de ce genre à l’autorité électorale dans un délai donné. Pour obtenir ces renseignements, l’autorité électorale doit donc conclure des ententes d’échange de données avec d’autres ministères ou organismes publics, comme les bureaux des permis de conduire (registraires automobiles), le ministère du revenu ou le service des postes. La mise à jour est plus facile si chaque citoyen possède un numéro d’identité civique; sinon, il peut s’avérer difficile de vérifier les renseignements. Il faut un soutien administratif encore plus important pour tenir un registre civil (appelé aussi registre de l’état civil), c’est-à-dire un registre où sont répertoriés le nom ainsi que d’autres caractéristiques des citoyens telles que le numéro d’identité civique, la date de naissance, l’adresse et le sexe. Ce type de registre sert à diverses fins publiques, dont la production de la liste électorale. Il est tenu par une autorité autre que l’autorité électorale – par exemple, le ministère du revenu. Les citoyens doivent s’assurer que leurs renseignements sont à jour dans le registre pour continuer de recevoir divers avantages collectifs (éducation, soins de santé, assurance-emploi, etc.). L’autorité électorale contribue peu ou pas à la mise à jour de la liste électorale; elle la reçoit simplement de l’entité responsable du registre. Par conséquent, elle n’exerce pas autant de contrôle sur la qualité de la liste que si elle tenait elle-même un registre permanent. Encourager l’inscriptionPour bien fonctionner sur les plans de l’exactitude, de l’efficacité et de l’intégralité, un système d’inscription doit être simple et convivial. L’inscription électorale ne doit pas être un test d’aptitude à lire et écrire. Dans la mesure du possible, il ne doit pas imposer de fardeaux financiers, tels que des frais, aux électeurs. S’il le fait, sa légitimité sera mise en question et il réussira moins bien selon les trois critères ci-dessus. Voici quelques façons d’encourager l’inscription :
Si les citoyens ne sont pas officiellement ou légalement obligés de s’inscrire, le système d’inscription est volontaire. Les autorités électorales peuvent alors choisir l’une des deux approches suivantes pour l’inscription :
Bien que les deux approches aient des partisans parmi les administrateurs électoraux, les initiatives proactives d’inscription peuvent soulever des questions épineuses. L’autorité électorale doit en effet être impartiale et indépendante du gouvernement et des partis de l’opposition. Si les groupes historiquement sous-représentés ont tendance à appuyer un parti plutôt qu’un autre, les efforts pour les inciter à s’inscrire et voter risquent de favoriser ce parti. Les autorités électorales doivent anticiper de telles questions et se préparer à défendre leur approche proactive. Considérations administrativesIl existe divers moyens d’exécuter un projet d’inscription électorale, mais tous doivent tenir compte des éléments suivants :
Inscription de l’électeur non résidentComme le droit de vote est presque toujours assorti d’exigences en matière de citoyenneté et de résidence, la plupart des électeurs résident dans le pays et dans la circonscription où ils ont le droit de voter. Toutefois, certains citoyens établis temporairement à l’étranger peuvent conserver le droit de voter et, par conséquent, de s’inscrire. De plus, certains électeurs peuvent se trouver dans le pays, mais hors de leur circonscription au moment de l’élection; eux aussi gardent le droit de s’inscrire et de voter. En outre, dans un pays sortant d’un conflit, il est souvent justifié d’étendre le droit de vote aux personnes établies hors du pays, comme les réfugiés, les personnes déplacées ou celles qui ont un autre statut dans leur pays d’accueil. Jusqu’à récemment, les membres des forces armées en poste à l’étranger étaient les citoyens les plus communément autorisés à garder leur droit de s’inscrire et de voter tout en étant à l’étranger. Comme ces électeurs conservent d’ordinaire une résidence dans leur pays d’origine, ils peuvent habituellement se voir affecter à un bureau de vote. Mais du fait de la mobilité accrue de la main-d’œuvre, de plus en plus de citoyens vont travailler à l’étranger, en particulier dans l’Union européenne, gonflant ainsi les rangs des électeurs non résidents. Les gens peuvent même avoir le droit de voter dans leur pays d’origine et leur pays de résidence. La capacité accrue des citoyens de voyager et de travailler à l’étranger complique beaucoup l’organisation de l’inscription et du vote. Absence temporaire à l’étranger Il est fréquent que des ressortissants d’un pays fassent de courts voyages à l’étranger. Ces personnes peuvent conserver le droit de s’inscrire. Certains pays autorisent l’inscription des personnes qui vont à l’étranger pour des raisons particulières, comme les études ou les affaires, mais pas pour des vacances. Des mécanismes comme l’inscription anticipée ou l’inscription postale doivent être conçus pour faciliter les choses aux électeurs à l’étranger. Par le passé, à part le personnel militaire ou diplomatique, peu de citoyens résidant à l’étranger étaient autorisés à voter. Mais la situation change : aujourd’hui, ces citoyens ont souvent le droit de présenter une demande d’inscription et de voter par bulletin spécial. Parfois, ils peuvent même voter par procuration. Il se peut qu’il soit coûteux de leur permettre de voter, mais la tendance est de considérer le vote à l’étranger comme un droit du citoyen. Inscription et vote des absents après un conflit Récemment, dans un certain nombre de situations postconflictuelles, les citoyens établis à l’étranger se sont vu accorder le droit de s’inscrire et de voter dans leur pays d’origine. Il est difficile d’administrer des élections libres et équitables dans ces circonstances, surtout du fait que bon nombre de citoyens vivant à l’étranger ne peuvent pas prouver leur statut à l’aide de documents officiels et originaux de leur pays d’origine. S’il n’y a pas de documents officiels comme des extraits de naissance, passeports ou cartes d’identité, l’autorité électorale peut devoir s’appuyer sur les pièces qui sont disponibles, par exemple, les documents d’organismes internationaux qui confirment le statut de réfugié des personnes concernées. À plusieurs reprises, la communauté internationale a aidé à l’inscription des électeurs et à la tenue de scrutins en milieu étranger. Parfois, les autorités électorales nationales ont été appelées à administrer des élections pour des ressortissants étrangers établis dans le pays. Lors d’une élection récente, l’inscription s’amorçait par téléphone. Les électeurs potentiels fournissaient des détails sur leur identité et recevaient ensuite un formulaire informatisé qu’ils devaient signer et renvoyer avec des photocopies de tout document qu’ils possédaient. Les personnes dont la demande était rejetée pouvaient faire appel devant un organisme international respecté. Inscription par le citoyen ou par l’ÉtatInscription par le citoyen Comme l’inscription volontaire, l’inscription par le citoyen part du principe que voter est un droit de citoyenneté et qu’il lui revient de contacter l’autorité électorale pour s’assurer qu’il est inscrit. La différence est que l’inscription volontaire peut se faire à l’initiative de l’électeur lui-même (inscription par le citoyen) ou à l’initiative de l’autorité électorale (inscription par l’État). Un système d’inscription par le citoyen est habituellement adopté par nécessité plutôt que par principe. Il y a parfois d’importants empêchements pratiques à l’inscription par l’État. Par exemple, il se peut que le service postal soit incapable de joindre l’ensemble, ou même la plupart, des électeurs. Il se peut aussi que le recensement porte-à-porte soit exclu pour des raisons de coût. Un système d’inscription par le citoyen peut prendre diverses formes :
Le taux d’inscription tend à être moins élevé quand le système est basé sur l’initiative du citoyen plutôt que de l’État. Cela est surtout attribuable au fait que l’inscription est volontaire. Voici néanmoins quelques façons d’augmenter le taux d’inscription :
Inscription par l’État L’inscription par l’État part du principe que les administrateurs électoraux ont la responsabilité d’essayer d’inscrire tous les électeurs. Ils peuvent s’acquitter de leur responsabilité en procédant à un recensement de porte en porte pour établir une liste périodique ou en tenant une liste permanente (ou un registre civil) complète, exacte et à jour. L’inscription par l’État coûte normalement plus cher que l’inscription par l’électeur, car l’État doit s’employer à contacter tous les citoyens. Pour que le système soit exhaustif et inclusif, l’État doit également joindre les électeurs difficiles à contacter, y compris ceux qui déménagent souvent, qui vivent dans des résidences non traditionnelles ou qui ne répondent pas aux demandes initiales d’information. Plus coûteux, le système d’inscription par l’État produit une liste électorale plus complète. Dans une certaine mesure, l’inscription par l’État présuppose que l’autorité électorale dispose de moyens relativement importants pour atteindre tous les citoyens. Un pays économiquement avancé dispose en général de tels moyens pour deux raisons :
Pour soutenir l’inscription par l’État, l’autorité électorale négocie généralement des ententes de partage de données avec d’autres organisations nationales qui collectent des renseignements sur les citoyens : services des postes, de l’habitation ou du fisc, bureau des permis de conduire ou des véhicules, organismes électoraux d’autres ordres de gouvernement, etc. Stratégie mixte Il existe aussi une troisième option, où les citoyens et l’État partagent la responsabilité de l’inscription. L’État prend des mesures pour faciliter l’inscription, mais les citoyens doivent aussi contribuer au processus. Cette stratégie mixte convient aux pays économiquement moins avancés qui souhaitent accroître les taux d’inscription, mais dont les ressources et les infrastructures sont limitées. Selon cette stratégie, le gouvernement fixe les dates d’une période d’inscription bien annoncée et établit un grand nombre de centres d’inscription, y compris des bureaux itinérants. Il incombera quand même au citoyen d’aller s’inscrire à l’un de ces endroits. Mais si elle adopte une approche dynamique et inclusive, l’autorité électorale peut réduire le temps nécessaire à l’inscription et rendre le système plus facile à comprendre. De fait, même dans les économies avancées, les systèmes d’inscription reposent sur une stratégie mixte selon laquelle l’autorité électorale prend l’initiative du contact et le citoyen veille à ce que ses données d’inscription soient exactes et à jour. Par exemple, dans un pays doté d’un registre permanent, l’autorité électorale peut procéder à des recensements ciblés dans des secteurs à haute mobilité. Si personne ne répond à la porte, le recenseur peut laisser une carte que l’occupant remplira et enverra à l’autorité électorale. De même, celle‑ci peut offrir des formulaires dans des lieux publics comme les bureaux de poste ou sur son site Web; quiconque veut se prévaloir de son droit de vote peut remplir un formulaire et l’envoyer. Ainsi, le citoyen et l’État assument chacun une part de responsabilité dans l’inscription des électeurs. Les différentes méthodes – Avantages et inconvénientsIl existe trois grandes méthodes d’inscription des électeurs :
Chacune a ses avantages et ses inconvénients, et aucune n’est la meilleure dans tout pays et en toute circonstance. Il importe donc de choisir la méthode la mieux adaptée au contexte. À plusieurs égards, la liste périodique est la méthode la plus simple. Une nouvelle liste des électeurs admissibles est produite à chaque élection. Comme il n’est pas nécessaire de la tenir à jour après le scrutin, elle n’exige guère de travail administratif en période non électorale. Pour la créer, cependant, l’autorité électorale doit déployer de grands efforts au cours de la période préélectorale, souvent à l’aide de personnel temporaire. Le registre permanent (ou liste permanente) se fonde sur le travail d’inscription effectué antérieurement, et est mis à jour de façon régulière. Cette méthode demande un soutien administratif important et soutenu : l’autorité électorale a besoin d’effectifs importants tout au long du cycle électoral (c’est-à-dire toute la période allant d’une élection à l’autre). La mise à jour implique la surveillance des changements dans la population : citoyens ayant atteint l’âge de voter; décès; personnes ayant perdu le droit de vote à la suite d’une infraction criminelle; déménagements, etc. Dans beaucoup de pays, la loi n’oblige pas les citoyens à signaler les changements de ce genre à l’autorité électorale dans un délai donné. Pour obtenir ces renseignements, l’autorité électorale doit donc conclure des ententes d’échange de données avec d’autres ministères ou organismes publics, comme les bureaux des permis de conduire (registraires automobiles), le ministère du revenu ou le service des postes. La mise à jour est plus facile si chaque citoyen possède un numéro d’identité civique; sinon, il peut s’avérer difficile de vérifier les renseignements. Il faut un soutien administratif encore plus important pour tenir un registre civil (appelé aussi registre de l’état civil), c’est-à-dire un registre où sont répertoriés le nom ainsi que d’autres caractéristiques des citoyens telles que le numéro d’identité civique, la date de naissance, l’adresse et le sexe. Ce type de registre sert à diverses fins publiques, dont la production de la liste électorale. Il est tenu par une autorité autre que l’autorité électorale – par exemple, le ministère du revenu. Les citoyens doivent s’assurer que leurs renseignements sont à jour dans le registre pour continuer de recevoir divers avantages collectifs (éducation, soins de santé, assurance-emploi, etc.). L’autorité électorale contribue peu ou pas à la mise à jour de la liste électorale; elle la reçoit simplement de l’entité responsable du registre. Par conséquent, elle n’exerce pas autant de contrôle sur la qualité de la liste que si elle tenait elle-même un registre permanent. Modifications à la liste le jour de l’électionLa question de l’inscription le jour de l’élection est traitée différemment selon les pays. Dans les démocraties utilisant une liste périodique (c’est-à-dire une toute nouvelle liste à chaque élection), plusieurs raisons peuvent expliquer l’absence d’un nom de la liste préliminaire ou définitive : l’électeur peut avoir oublié de s’inscrire; ignorer qu’il fallait s’inscrire ou qu’une campagne d’inscription était en cours; ou avoir été malade ou en voyage pendant la période d’inscription. Dans les systèmes à registre permanent, d’autres raisons s’appliquent : des électeurs peuvent avoir déménagé récemment sans que leur nouvelle adresse ait été recensée dans le cadre des échanges de données de l’autorité électorale. Ils peuvent aussi avoir omis de mettre à jour leurs données pendant la période de révision, ou de s’inscrire s’ils satisfont depuis peu aux critères d’admissibilité au vote. Habituellement, la procédure d’inscription le jour de l’élection est fixée par la législation nationale, et non réglée au cas par cas. Si la loi permet l’inscription le jour de l’élection, elle doit en fixer clairement les paramètres. Par exemple, les inscriptions le jour de l’élection doivent-elles être permises uniquement dans des circonstances exceptionnelles? Certaines autorités électorales permettent à toute personne admissible de s’inscrire et de voter le jour de l’élection si elle présente les pièces d’identité requises; mais d’autres autorités électorales le refusent. Par ailleurs, l’autorité électorale doit-elle tenir une liste des personnes qui s’inscrivent le jour de l’élection? Doit-elle conserver une copie des documents présentés par ces personnes pour s’inscrire (p. ex. permis de conduire avec photo ou formulaire d’inscription signé)? Dans ce cas, elle devra garantir la sécurité de ces documents au bureau de vote. Elle devra peut-être aussi déclarer le nombre d’électeurs inscrits le jour de l’élection, et indiquer où et quand les partis politiques peuvent examiner la liste de ces électeurs. Minimiser les risques de fraude électorale L’inscription le jour de l’élection peut augmenter considérablement les risques de fraude électorale. Les mesures suivantes peuvent les minimiser :
Planification logistique – registre permanentLes premières étapes dans la préparation d’une liste électorale sont semblables pour une liste permanente et une liste périodique. La grande différence, c’est qu’après l’inscription initiale, l’information recueillie devient la base de la liste permanente, qu’on s’emploie ensuite à vérifier et à mettre à jour régulièrement. Selon le type de renseignements recueillis, il peut être plus facile de tenir la liste à jour. Par exemple, il n’est pas rare de trouver plus d’une personne qui porte le même nom; il faut des éléments d’identification précis (p. ex. date de naissance ou numéro d’identité du citoyen) pour faire les distinctions qui s’imposent. De son côté, la liste périodique est établie pour un scrutin donné. Dans un tel système, on utilise parfois les données tirées de listes antérieures, mais il n’y a aucune liste permanente des électeurs. Des centres d’inscription moins nombreux Après l’étape initiale d’inscription pour établir une liste permanente, l’autorité électorale peut démonter la plupart des bureaux d’inscription, mais en garder un petit nombre pour les personnes qui doivent s’inscrire ou mettre à jour leurs données d’inscription. Bien que peu nombreux, les centres d’inscription représentent souvent un coût important. Ces coûts peuvent être réduits si on utilise des outils informatiques pouvant puiser dans diverses sources de données – une approche similaire à celle de la collecte de données pour un registre civil. On compte normalement un centre d’inscription pour chaque circonscription. Lorsqu’une élection est déclenchée, l’autorité électorale peut accroître le nombre de centres ou établir des unités itinérantes dans les régions où les taux d’inscription sont plus faibles que la moyenne. L’autorité électorale doit établir des mesures de rendement valides (fondées sur l’actualité, l’exactitude et l’exhaustivité des données) et tenter systématiquement d’améliorer le rendement. Nécessité de mises à jour fréquentes Une liste permanente peut devenir périmée. Des mesures de rendement – concernant l’actualité des données, par exemple – peuvent aider à repérer les lacunes et à les corriger. Dans un certain territoire, la date limite pour présenter des changements aux données d’inscription est à l’automne et la liste électorale préliminaire est publiée à la fin de novembre de chaque année. Un délai de contestation est prévu, puis la liste définitive est publiée environ quatre mois plus tard, soit le 15 février. La liste demeure en vigueur du 16 février au 15 février de l’année suivante, soit 16 mois après la date limite pour soumettre des changements. Les électeurs qui entre-temps auront déménagé dans une autre circonscription électorale ne pourront pas voter dans leur nouvelle circonscription – un exemple classique d’exclusion administrative. Dans le territoire en question, des changements ont été adoptés pour permettre des mises à jour plus fréquentes. Le système de ce territoire est officiellement décrit comme un système à liste permanente, mais en réalité, il ne fait que prendre une photo annuelle de son électorat et définit l’admissibilité des électeurs en fonction des renseignements recueillis au moment de la photo plutôt que de s’ajuster tout au long de l’année. C’est une sorte de croisement entre la liste périodique et la liste permanente. D’autres administrations qui utilisent une liste permanente la mettent à jour beaucoup plus souvent; elles peuvent échanger des données mensuellement avec d’autres organismes publics ou faire des mises à jour quotidiennes pour intégrer l’information fournie directement par des électeurs. Aux États-Unis, la date limite pour l’inscription est 30 jours avant l’élection, et la plupart des administrations exigent que les listes électorales soient produites au plus tard deux semaines avant l’élection. Planification logistique – liste périodiqueTout système à liste périodique doit organiser une campagne d’inscription avant un scrutin pour produire une liste électorale en vue de ce scrutin. Une seule personne – habituellement l’agent d’inscription – doit assumer la responsabilité globale de la planification détaillée et de la mise en œuvre de l’opération d’inscription à l’échelle locale. Certains pays utilisent également des commissions indépendantes au niveau local ou régional, reproduisant la structure établie au niveau national ou central. En pareil cas, il faut définir clairement les responsabilités ainsi que la structure hiérarchique. À l’intérieur du cadre juridique et administratif national ou infranational, l’agent d’inscription doit préciser les tâches à accomplir chaque jour de l’opération d’inscription. En général, les plans doivent évaluer de façon réaliste :
Il faut également évaluer le temps nécessaire pour traiter l’information sur chaque électeur et(le cas échéant) le temps requis pour entrer les données, que ce soit par ordinateur, à la machine à écrire ou à la main. Dans certains cas, les données sont ensuite envoyées à l’administration électorale centrale. Autrement, les données et les dossiers sont conservés au niveau local pour la production de la liste électorale, auquel cas l’autorité électorale centrale n’a aucun rôle à jouer dans l’établissement de la liste.
L’agent d’inscription peut avoir besoin de ressources pour prendre des mesures d’urgence imprévues de façon à pouvoir terminer à temps l’inscription des électeurs. Le recensement nécessite normalement une ventilation détaillée des résidences à visiter chaque jour par chaque recenseur ou paire de recenseurs. Lorsqu’on utilise des centres d’inscription, les plans doivent indiquer clairement l’emplacement de chacun, et préciser si on utilisera des unités d’inscription itinérantes et l’endroit où elles se trouvent durant la période d’inscription. Il faut s’assurer que les centres ont l’équipement voulu quand l’inscription débute. En pratique, cela n’est pas toujours possible. Plus l’attente est longue, cependant, moins le processus est efficace. Il faut préciser les procédures de formation et les méthodes de recrutement pour toutes les catégories de personnel électoral. Tout le matériel de formation est habituellement préparé avant que l’inscription commence. Un plan d’urgence peut être nécessaire pour former le personnel qui n’a pu assister aux séances de formation, et pour trouver et former des remplaçants. Il faut prendre en compte la densité de la population, les taux d’alphabétisation, la composition ethnique de la population, la langue, les coutumes locales et le clivage urbain-rural. Les plans doivent être adaptés en fonction de ces facteurs. Le processus d’inscription doit être réparti en unités géographiques gérables. Pour les recensements, par exemple, la norme est une unité administrative d’environ 250 à 500 électeurs. Chaque unité est ensuite analysée en fonction des distances à parcourir, des limites de circonscriptions, du nombre de ménages, etc. S’il y a assez de temps pour des recensements, les unités administratives peuvent être plus grandes. L’efficacité administrative est réduite de beaucoup si le recensement est entrepris sans que les unités géographiques soient précisées. La méthode utilisée pour la collecte des renseignements sur les électeurs est normalement établie bien avant l’inscription. Il faut également préciser comment joindre les électeurs qui n’étaient pas chez eux lorsque les recenseurs y sont passés, ou régler d’autres imprévus. Les pouvoirs doivent être clairement définis, de même que les étapes de la délégation de pouvoir. Les procédures étape par étape doivent être établies pour chacune des composantes majeures de l’opération d’inscription. Il faut établir une politique de communication à l’intention de tous les membres de l’administration électorale, tant les employés temporaires que permanents. En règle générale, cette politique doit préciser comment l’agent d’inscription maintient le contact avec l’administration centrale et quelle personne sera chargée de répondre aux médias. Elle doit aussi indiquer comment, et pour qui, se feront les rapports réguliers sur les progrès de l’exercice d’inscription. On doit établir l’horaire de travail, les taux de rémunération pour les différentes classifications de postes et le mode de paiement. Tous les employés doivent recevoir l’information sur la rémunération avant de commencer à travailler. Tout système qui fait des recensements doit préciser les étapes à suivre pour la cessation d’emploi des recenseurs une fois le projet terminé. Les systèmes utilisant des centres d’inscription doivent préciser les étapes à suivre pour démonter les installations. Planification de la logistique – registre civilPour élaborer un registre civil, la première étape consiste à évaluer la qualité de l’information provenant d’autres sources. Dans certains cas, les sources de données existantes sont tout à fait acceptables et on peut se concentrer sur le transfert des données à l’autorité électorale. Rôle de l’administration locale Les administrations locales sont souvent responsables de la tenue du registre civil, et notamment de l’inscription des naissances. Lorsque même une telle information de base n’est pas disponible, le gouvernement doit entreprendre de recueillir les données nécessaires. Cette opération ressemble à celle qui est requise pour établir une liste permanente ou une liste périodique. Avec le registre civil et la liste permanente – mais non la liste périodique –, l’information recueillie forme la base de la liste (comme il a été précisé antérieurement), et il s’agit ensuite de vérifier l’exactitude des données et de les actualiser régulièrement. Contrairement au registre civil, la liste permanente est axée uniquement sur des données électorales et ne sert qu’à des fins électorales. Quant au registre civil, il peut être utilisé à diverses fins, comme tenir à jour les données démographiques de base, assurer le suivi des services de soutien du gouvernement ou des dossiers d’impôt et identifier les personnes qui atteignent l’âge du service militaire. Les données de base recueillies à ces fins peuvent être aussi utilisées à des fins électorales. L’inscription au registre, clé de la participation à la vie civique En tout temps, le registre civil peut fournir une liste électorale valide. L’inscription est normalement obligatoire pour le registre civil, mais habituellement volontaire pour la liste électorale permanente ou périodique. Comme le registre civil sert à plusieurs fins, une personne qui n’y est pas inscrite ne peut pas voter et se trouve exclue de nombreux aspects de la vie civile. Selon M. Felipe Gonzalez Roura de la Cour électorale nationale d’Argentine, l’exclusion du registre civil entraîne une perte radicale de droits :
Ainsi, tant par sa portée que par son rôle essentiel dans la vie publique, le registre civil revêt une importance qui va bien au‑delà de la liste électorale. En Suède, chaque résident doit être inscrit au registre de population, d’où on tire la liste électorale. Le nom de toute personne habilitée à voter apparaît dans la liste électorale même si cette personne préfère ne pas y figurer. Responsabilité de l’État ou du citoyen Quand on crée un registre civil, il faut tenir compte du rôle central de ce registre dans la vie publique. Parce qu’il est habituellement obligatoire que les citoyens s’y inscrivent, l’État doit prendre les devants pour faciliter l’établissement et la tenue du registre. Pour ce faire, il doit avoir une infrastructure opérationnelle capable de recueillir les données et de les tenir à jour. Il n’est pas indispensable d’avoir un matériel informatique de pointe : certains pays comptant des dizaines de millions d’habitants réussissent à tenir un registre civil avec de simples fiches cartonnées. Cependant, l’informatique facilite grandement la gestion de ce type de données. Même si l’État assume la responsabilité de tenir le registre civil à jour, les citoyens sont souvent obligés de l’informer des changements à leurs renseignements personnels. De nombreux pays obligent les citoyens à signaler les naissances ou les changements d’adresse dans un délai précis (habituellement court) aux administrateurs du registre civil. C’est là un autre trait distinctif du registre civil. En outre, l’inscription à une liste périodique ou permanente peut n’être valide que pour un certain temps. Avec une liste périodique, tous les électeurs doivent s’inscrire à chaque élection, qu’ils aient voté ou non à un scrutin antérieur. Même avec une liste permanente, de nombreux pays exigent que les électeurs inscrits renouvellent leur carte d’identité d’électeur ou se réinscrivent après un certain temps. Avec le registre civil, par contre, l’inscription d’un citoyen n’expire jamais sans raison expresse. Numéro d’identité du citoyen Qu’il soit vu comme une simple liste utilisée à des fins multiples ou comme un ensemble de bases de données partagées à des fins multiples, le registre civil a une caractéristique essentielle : il dépend du partage de l’information entre organismes ou ministères gouvernementaux, ou entre divisions d’un même organisme. Pour faciliter le partage des données, il faut un outil qui fasse le lien entre les bases de données ou les unités administratives. Cet outil est le numéro d’identité du citoyen. Pratiquement tous les systèmes qui utilisent des registres civils assignent à chaque citoyen un numéro unique pour la vie, soit au moment de l’enregistrement de la naissance, soit au moment de l’enregistrement en tant qu’adulte (habituellement entre 16 et 21 ans). Ce numéro constitue le lien entre les différentes bases de données qui alimentent le registre. Les dossiers uniques d’identification peuvent être stockés dans un ordinateur central, et sont tous liés au numéro d’identité. Cela élimine la nécessité d’émettre des cartes d’identité de l’électeur juste avant une élection, ce qui permet d’importantes économies. L’autorité électorale dans un système à registre civil Dans un système à registre civil, l’autorité électorale peut exercer ses fonctions de diverses manières. Si la démocratie est bien enracinée, l’autorité électorale peut être arrimée à un ministère comme celui de l’impôt, mais normalement à titre d’unité administrative distincte. Si la démocratie est moins solide, il est clairement contre-indiqué de donner à la branche exécutive du gouvernement le contrôle de l’administration électorale. L’essentiel est de savoir où l’autorité électorale doit être située afin de pouvoir assurer une vérification indépendante de la validité des données utilisées pour l’inscription des électeurs. La réponse varie d’un contexte à l’autre. NOTE
1. Felipe Gonzalez Roura, « The Electoral Register of Argentina », dans The Electoral Registers, communication présentée à la deuxième conférence de l’Association des institutions électorales de l’Amérique centrale et des Antilles, Saint-Domingue, République dominicaine, 23 au 26 novembre 1987. LogistiqueLa réussite de tout processus d’inscription électorale repose sur une bonne planification et sur la mise en œuvre efficace des plans. Les plans différeront selon qu’on utilise une liste électorale périodique, un registre permanent ou un registre civil. Stratégies promotionnellesUne fois produite la liste électorale préliminaire, les intervenants doivent être en mesure de la consulter. La large diffusion de la liste est essentielle à l’intégrité électorale. L’autorité électorale doit toutefois adopter des stratégies de communication adéquates. Par ailleurs, la publication de la liste crée d’intéressantes occasions pour faire de l’éducation électorale. Stratégies médiatiques La liste peut être publicisée au moyen d’annonces à la télévision et à la radio. Celles-ci peuvent être complétées – ou remplacées, en l’absence de médias électroniques – par des panneaux d’affichage, des annonces dans les journaux, des feuillets et des affiches. Tous ces messages informent les électeurs de l’endroit (p. ex. bureau d’inscription) où ils peuvent consulter la liste électorale. Pour des raisons de confidentialité, cette consultation peut toutefois être limitée, par exemple aux renseignements propres à l’électeur. Il peut être coûteux de publiciser la liste, surtout au moyen d’une vaste campagne de publicité. On peut donc utiliser plutôt des messages d’intérêt public. Ceux-ci sont habituellement moins coûteux que de la publicité, mais ils risquent d’atteindre moins de gens. L’essentiel du message doit être : « Vous êtes inscrit si vous répondez aux conditions suivantes : … ». Les électeurs ne sont pas toujours tenus de vérifier s’ils sont inscrits. Dans certains cas, ils reçoivent une attestation d’inscription au moment de s’inscrire, ou reçoivent par la poste une carte confirmant leur inscription et leur indiquant où et quand voter. La stratégie choisie dépend du contexte. Dans les pays démocratiques de longue date, la diffusion de messages d’intérêt public et l’envoi d’une carte d’information à tous les électeurs inscrits peuvent suffire. Dans les pays où les élections et la démocratie sont des réalités plus récentes, il peut être judicieux d’investir davantage dans la publicité et l’éducation électorale. Stratégies non médiatiques Les médias ne sont pas les seuls moyens de publiciser la liste préliminaire. Par exemple, on peut aussi en annoncer la publication en posant des avis dans les lieux publics. Dans certaines sociétés, l’annonce peut se faire au son des tambours ou à travers des représentations théâtrales. En général, des exemplaires de la liste sont envoyés directement aux partis politiques (conformément à la loi) et à d’autres intervenants. Bref, les moyens de publiciser la liste ne manquent pas; les seules limites seraient éventuellement d’ordre financier. Protection de la liste La liste électorale ne doit servir qu’à des fins électorales, et les stratégies promotionnelles ne doivent pas enfreindre ce principe. Or, si on affiche la liste dans un endroit public, elle risque d’être arrachée ou vandalisée. C’est pourquoi de nombreux pays préfèrent établir des centres de révision, ou des préposés vérifient sur demande l’inscription des électeurs. Cette vérification doit se faire de façon conviviale pour l’électeur, et sans grever les ressources disponibles.
Tenue de la liste électoraleUne fois créées, les listes permanentes doivent être tenues à jour. En effet, comme l’inscription au vote n’est généralement pas obligatoire (sauf dans les pays dotés d’un registre civil), il incombe à l’autorité électorale de rechercher les modifications aux renseignements des électeurs – changements d’adresse, perte du droit de vote, etc. Chaque année, dans certaines sociétés, jusqu’à 20 % des électeurs déménagent – parfois plus encore en milieu urbain. Par conséquent, à moins que les électeurs ne soient tenus par la loi d’informer l’autorité électorale de leur déménagement, la liste électorale peut devenir périmée très rapidement. Mise à jour de la liste électorale Les autorités électorales utilisent les techniques suivantes pour mettre à jour leurs registres permanents :
Formulaires postaux Partout dans le monde, on a adopté la méthode postale – relativement efficiente – pour mener les recensements de la population. Appliquée aux électeurs admissibles, cette méthode peut augmenter considérablement le taux d’inscription, ce qui peut en justifier le coût. La méthode la plus coûteuse de mise à jour d’une liste permanente est l’inscription des électeurs de porte en porte, puisqu’elle nécessite un vaste effectif. Son coût peut toutefois être limité si on étale les visites des domiciles, ou si on les concentre seulement à certains endroits pendant la période d’inscription, mais il reste que l’efficacité du porte-à-porte est réduite par les habitudes de vie modernes et des problèmes croissants de sécurité. Pour toutes ces raisons, d’autres façons de communiquer avec les électeurs doivent être envisagées. La méthode la plus courante de mise à jour de la liste électorale est la diffusion de formulaires d’inscription postaux. Ces formulaires peuvent, par exemple, être insérés dans les annuaires téléphoniques. Le taux de réponse est plus élevé s’ils sont préadressés et si l’enveloppe de retour est préaffranchie. Cette méthode d’inscription peut coûter cher, mais elle coûte beaucoup moins cher que les autres méthodes. Radiation de la liste électorale Contrairement aux ajouts, les radiations de la liste électorale découlent rarement d’une demande reçue de la personne concernée : elles sont souvent causées par le décès de l’électeur, sa condamnation judiciaire ou son émigration. Les parents de la personne peuvent demander sa radiation, mais elles omettent souvent de le faire. C’est pourquoi l’autorité électorale compte habituellement sur d’autres sources d’information pour déterminer les cas de radiation. Les procédures d’actualisation de la liste peuvent prévoir l’intégration des données de diverses sources : bureaux de l’état civil, rubriques nécrologiques des journaux, famille de l’électeur, etc. En général, les tribunaux fournissent des données sur les condamnations au criminel, et les autorités médicales, sur les cas d’incapacité mentale. Épuration de la liste Certaines autorités électorales utilisent une méthode controversée d’actualisation de la liste, qui consiste à radier tout électeur qui n’a pas voté à un certain nombre de scrutins consécutifs (le plus souvent, deux). Cette personne reçoit un ou plusieurs avis postaux, et n’est radiée que si elle ne répond pas. Dans certains systèmes, la personne est d’abord radiée, puis on lui envoie un formulaire d’inscription ou de l’information sur la réinscription. Les partisans de l’épuration considèrent que cette méthode permet d’économiser beaucoup d’argent, puisqu’elle réduit le nombre des électeurs à qui il faut envoyer les documents d’inscription officiels. Ils estiment aussi que l’épuration donne des listes plus exactes, car elle compense pour les ratés des mécanismes permettant de repérer les électeurs décédés, déménagés hors de la circonscription ou devenus inadmissibles. Par contre, les adversaires de cette technique soutiennent qu’elle a pour effet d’exclure les personnes déjà susceptibles de ne pas participer à la politique et aux élections. Selon eux, l’épuration élimine un nombre disproportionné de personnes marginalisées socialement ou économiquement, ou pour qui l’inscription pose des obstacles particuliers. Les opinions varient quant à l’efficacité de la méthode. Une forme d’épuration peut être nécessaire pour maintenir l’actualité des listes. Les listes remplies de non-électeurs n’ont rien pour rehausser la réputation des administrateurs électoraux, et faussent les taux de participation. Si l’épuration automatique peut apparaître comme un procédé brutal, certains trouvent qu’il est hautement justifié, en revanche, d’avertir les électeurs qu’ils risquent d’être radiés s’ils ne donnent pas signe de vie à l’intérieur d’un certain délai. Méthode de productionLa production de la liste électorale préliminaire se fait en plusieurs étapes. Collecte et entrée des données À mesure que les données d’inscription sont recueillies par les recenseurs ou aux centres d’inscription, des préposés les entrent dans des formulaires de liste électorale préliminaire, ou à l’ordinateur si le processus est informatisé. Dans les deux cas, les données peuvent être entrées à l’échelle des circonscriptions ou du pays. Dans cette dernière éventualité, elles peuvent aussi être utilisées ultérieurement à l’échelle locale. Parfois les données sont traitées manuellement : elles sont alors inscrites à la main dans un grand registre, et l’électeur reçoit une confirmation. La collecte des données est habituellement organisée en fonction de petites unités géographiques. S’il n’existe pas de divisions administratives officielles (appelées sections de vote, zones de vote, districts de votation, etc.), on peut prendre pour unités les collectivités, villages ou quartiers, ou même les secteurs desservis par les bureaux de vote. En général, il est impossible de trier des dizaines de milliers d’inscriptions et de les classer manuellement sur une liste; même à l’ordinateur, les listes énormes sont difficiles à gérer. On préfère souvent, à l’ordinateur, trier les données géographiquement, par rue et numéro municipal. Cette méthode facilite beaucoup les activités de campagne. À la fin de la collecte des données, on peut prévoir une période d’inscription par la poste. Si le système d’inscription est informatisé, cette période coïncide avec la dernière étape de l’entrée des données pour la liste préliminaire. Si le système est manuel, tous les documents sources doivent être rassemblés avant que les données ne soient transcrites sur la liste. La liste peut être rédigée à la main ou à la machine à écrire, puis reproduite par impression offset ou photocopie. Production de la liste La liste est produite le plus souvent à partir d’un cadre géographique, c’est-à-dire qu’on rassemble toutes les inscriptions d’une unité géographique, et on imprime ou on crée une liste des électeurs inscrits de l’unité, puis on imprime ou on crée une liste des électeurs inscrits classés selon un ordre prédéterminé. Dans le cas des listes manuelles, on utilise d’ordinaire l’ordre alphabétique (nom de famille et prénom), mais aussi le nom du quartier, la rue ou le numéro municipal. La liste préliminaire peut indiquer le sexe de chaque électeur, sa profession, son âge et son numéro de téléphone. Les inscriptions sur la liste peuvent donc être regroupées par zone géographique ou élément géographique (p. ex. rue), ou par ville, village ou autre groupement de population. Enfin, elles peuvent être simplement présentées en ordre alphabétique. Chaque étape de la production de la liste est essentielle. Les retards, les erreurs de transcription ou de frappe et les fautes d’impression peuvent considérablement en réduire l’efficacité. Il faut prévoir à l’avance les installations et fournitures de reproduction, de même que les solutions d’urgence à utiliser en cas de problème de production. Toute difficulté peut entraîner une augmentation des coûts ou soulever des doutes sur l’intégrité de la liste. Si l’inscription des électeurs se fait pendant la période électorale, chaque étape du processus doit respecter strictement les délais. Production nationale ou locale? Question importante : faut-il produire et imprimer la liste préliminaire à l’échelle locale ou nationale? La méthode devrait être la même que celle prévue pour la liste définitive, ce qui permet d’en vérifier l’efficacité. Si les listes sont imprimées localement à partir d’une base de données centrale, il faut un système efficace de transmission des données, ainsi que de bonnes installations locales d’impression et de sauvegarde. Si les listes sont imprimées à l’échelle nationale, il faut prévoir un bon système de distribution. Dans tous les cas, une grande quantité d’information doit être échangée entre les bureaux locaux et centraux. Des systèmes sécuritaires et fiables de transmission des données – par réseau physique ou électronique – sont donc nécessaires. Consignation des modifications à la liste préliminaireLorsque la liste électorale préliminaire a été compilée et mise à la disposition des électeurs et des partis politiques, la prochaine étape consiste à consigner les modifications requises. Il peut être nécessaire de réviser la liste pour différentes raisons :
Bref, les données de la liste peuvent être inexactes ou incomplètes pour une foule de raisons. La période de révision permet d’en améliorer la qualité. Radiation de la liste préliminaire On peut radier quelqu’un de la liste électorale préliminaire s’il est établi que cette personne ne satisfait pas aux exigences de citoyenneté ou de résidence, ou qu’elle a perdu le droit de vote en raison d’une incapacité mentale ou d’une condamnation criminelle. Cela s’effectue normalement dans le cadre d’une procédure judiciaire ou semi-judiciaire afin de prévenir les radiations frauduleuses. Les responsables de l’enregistrement doivent radier le nom des électeurs décédés. Il leur faut habituellement une preuve documentaire du décès, que l’autorité électorale peut se procurer au moyen d’une entente de partage de données avec le bureau des statistiques de l’état civil. En général, un électeur ne peut pas demander la radiation d’une autre personne. Cette mesure vise à empêcher les partisans d’un parti de faire radier des noms d’adversaires. Demandes de révision et objections Dans la mesure du possible, l’ajout de noms à la liste préliminaire ou la correction des renseignements qui y figurent devraient être des tâches administratives plutôt que des responsabilités judiciaires ou quasi judiciaires. Il convient toutefois de respecter les procédures appropriées lors de la radiation d’un nom. Souvent, un tribunal de révision ou un organisme quasi judiciaire de même ordre reçoit le mandat d’entendre les contestations visant la liste préliminaire. Il a le pouvoir (parfois de concert avec le directeur de l’inscription) de modifier la liste selon les résultats de l’audience. Dans de nombreux endroits, l’audition des contestations est considérée comme une tâche administrative des fonctionnaires électoraux plutôt qu’une responsabilité de l’appareil judiciaire. Le directeur de l’inscription s’assure que toute personne dont l’admissibilité à voter fait l’objet d’une contestation de même que les contestataires sont informés de la date et du lieu de l’audience portant sur la révision. Tous ont le droit d’assister à l’audience, d’y soumettre des documents ou d’y faire des déclarations. Le tribunal constitue le dernier recours pour toute contestation de la liste préliminaire. Deux points à noter :
Production de la liste électorale définitiveLa liste électorale définitive est générée par un processus informatisé ou par la transcription manuelle des données de la liste préliminaire et des renseignements fournis par le tribunal de révision. Dans les deux cas, les listes sont souvent produites pour de petites unités administratives (une circonscription électorale peut compter une centaine ou plus de ces unités). La liste est alors configurée sur une base géographique (c’est-à-dire par adresses), par ordre alphabétique ou selon une combinaison des deux. Production centralisée ou locale Dans certains endroits, l’autorité électorale centrale produit la liste définitive, surtout si celle-ci est informatisée. Les bureaux locaux transmettent les fichiers à l’autorité centrale, qui compile les données dans une liste unique. Cette liste peut alors être imprimée en entier, par circonscription ou par bureau de vote. Toutefois, il arrive souvent que la liste ne soit pas centralisée. Quand le recensement est réalisé au cours de la période électorale, les délais sont trop serrés pour permettre la production centralisée d’une liste périodique. Lorsque les listes électorales sont tenues à jour et imprimées localement, les bureaux locaux doivent être équipés d’installations d’impression et de systèmes informatiques adéquats. Le bureau ou la section de vote, qui regroupe souvent jusqu’à 400 électeurs environ, constitue généralement la plus petite unité électorale. En termes administratifs, il s’agit de l’unité la plus gérable pour ce qui est d’organiser et d’imprimer la liste électorale. Dans d’autres endroits, le bureau de circonscription produit la liste définitive qui sera utilisée localement. Il peut en envoyer un exemplaire à l’autorité électorale centrale, mais il demeure responsable du traitement de la liste. Registre civil, un système sans liste électorale distincte Les pays munis d’un registre civil n’ont pas de ministère ou d’organisme responsable de la liste électorale en tant qu’entité distincte du registre, et n’ont parfois même pas de liste physique distincte. Dans un certain pays, le bureau d’impôt local conserve les dossiers de l’état civil pour tous les résidents de sa région. Son personnel comporte des spécialistes en matière de population, mais pas d’unité électorale distincte. De plus, on n’imprime pas de liste électorale définitive. La liste électorale est plutôt un sous-ensemble des dossiers conservés dans le registre de la population. Celui-ci n’est jamais fermé, car il est essentiel à l’obtention de renseignements civils pour les ministères et les organismes gouvernementaux, de même que pour le secteur privé (p. ex. banques et compagnies d’assurance). Toutefois, il peut y avoir une date limite pour qu’une personne soit considérée comme admissible au vote et qu’on détermine la circonscription dans laquelle elle doit voter. Les changements postérieurs à cette date peuvent être consignés dans le registre civil, mais n’affectent pas la capacité de la personne à voter, ou dans quel bureau de vote elle peut le faire. Distribution de la liste électorale définitiveLe jour de l’élection, le bureau de vote doit disposer d’un exemplaire de la liste électorale définitive de la circonscription. C’est une exigence absolue qu’il convient de respecter d’une manière ou d’une autre, selon l’endroit. Dans certains pays, il incombe aux bureaux de vote locaux de compiler la liste préliminaire, de consigner les modifications, d’établir la liste définitive et de l’imprimer. La tâche est donc très décentralisée, même si les mêmes normes s’appliquent dans l’ensemble du pays. La liste définitive n’a pas à être distribuée, car elle a été constituée localement. D’autres pays ont une approche plus centralisée de la production de listes, approche qui exige des modes appropriés de distribution des listes aux bureaux locaux. De plus en plus, on transmet les listes par voie électronique, par installations câblées ou par satellite. Cependant, certains pays impriment encore la liste en un point central et en distribuent des exemplaires aux bureaux locaux. Peu importe le mode de distribution, la sécurité de la transmission est essentielle au maintien de l’intégrité du système d’inscription des électeurs. Utilisation de la liste électorale par les partis et les candidats Pour l’autorité électorale, la liste électorale établit de façon certaine l’admissibilité au vote des personnes qui y figurent. Pour les partis et les candidats, elle fournit les noms et les coordonnées (normalement, l’adresse) de toutes les personnes admissibles au vote lors de la prochaine élection. Habituellement, les partis politiques et les candidats font des efforts de sollicitation considérables en communiquant avec les électeurs pour voir lesquels sont susceptibles de les appuyer et en distribuant du matériel de campagne. La sollicitation donne également la chance aux partis et aux candidats de demander de l’aide bénévole ou un appui financier pour leur campagne électorale. C’est l’une des raisons pour lesquelles ils souhaitent obtenir l’adresse postale des électeurs au moment de l’inscription. L’adresse résidentielle est souvent la même que l’adresse postale, mais pas toujours, particulièrement dans les zones rurales. Les solliciteurs demandent parfois aux électeurs la permission d’installer une affiche électorale sur leur maison ou leur terrain, ou de solliciter leurs voisins et amis au nom du candidat ou du parti. Les partis et les candidats utilisent des techniques modernes pour déterminer la probabilité qu’un électeur les appuie à l’élection. Cet appui peut être catégorisé (très vraisemblable, possible ou peu vraisemblable), et la stratégie de campagne du candidat différera selon la catégorie. Les militants engagés, par exemple, reçoivent souvent de l’information destinée à renforcer leurs convictions. Les appuis possibles peuvent faire l’objet d’une approche plus dynamique, notamment une visite personnelle par le candidat, là où c’est possible. Les appuis peu probables peuvent être totalement ignorés, dans l’espoir que ce silence contribuera à désintéresser ces électeurs des élections et les rende moins susceptibles d’aller voter. Les partis et les candidats offrent également de l’aide, dont le transport vers les bureaux de vote pour les électeurs qui les appuieront vraisemblablement. Contribution des partis et des candidats à la liste électorale Dans de nombreux pays démocratiques, les campagnes ont des caractéristiques centralisées et décentralisées, et peuvent avoir des répercussions importantes tant sur le plan national que local. Les campagnes nationales peuvent être menées au moyen des médias principaux, comme la radio, la télévision et les journaux; les listes électorales ne sont pas utilisées. Pour ce qui est des campagnes locales, cependant, l’élément clé est souvent la sollicitation de porte en porte : c’est là que la liste électorale est d’une grande utilité. Par conséquent, les partis et les candidats peuvent être des contributeurs actifs et souvent bienvenus dans le processus de création d’une liste électorale définitive. L’autorité électorale doit faire preuve de prudence à l’égard du rôle joué par les partis dans l’examen et la révision de la liste. Les administrateurs électoraux, lorsqu’ils font usage des renseignements que peuvent fournir les partis, doivent prendre garde de ne pas se fier aux personnes manifestant un intérêt partisan. Le calendrier de production de la liste électorale est un facteur important pour de nombreux partis politiques. En général, les partis et les candidats reçoivent une liste préliminaire au début de la campagne et s’en servent pour faire campagne. Il est possible que la liste définitive soit imprimée trop tard pour que les partis puissent vraiment l’utiliser. Elle leur permet toutefois de vérifier si les changements demandés ont bien été apportés à la liste préliminaire. Elle leur donne également la chance de confirmer officiellement la qualité de la liste. Traçabilité des décisions et des modificationsUne liste électorale dont les renseignements sont à jour, exacts et complets est un gage d’élections libres et justes. Si le processus d’inscription est bien documenté, ouvert et transparent, la légitimité du système électoral et l’intégrité des élections seront mieux assurées. Conservation des documents Pour chaque électeur inscrit sur une liste périodique, l’autorité électorale doit garder une copie du formulaire d’inscription ainsi que tout document utilisé pour déterminer l’admissibilité de l’électeur. Par précaution, il convient de conserver l’information pendant une période raisonnable (six mois, par exemple) allant au moins jusqu’à l’expiration du délai de contestation des résultats du scrutin. Les agents d’inscription doivent classer efficacement tous les dossiers d’inscription qu’ils ont traités. Il importe non seulement de créer une liste des électeurs à partir de ces dossiers, mais aussi de bien organiser les documents de base, qui pourraient s’avérer utiles en cas de différends. En règle générale, une liste périodique est dressée dans un court laps de temps juste avant le déclenchement d’une élection ou au cours de la campagne. C’est pourquoi la tenue de dossiers d’électeurs a moins d’importance pour une liste périodique que pour une liste permanente ou un registre civil. En fait, la non-nécessité de conserver les renseignements et de les mettre à jour régulièrement est l’un des grands avantages de la liste périodique. Il reste que l’intégrité de la liste électorale peut être contestée. Les administrateurs électoraux doivent être prêts à justifier leurs décisions quant à l’admissibilité de tout électeur ou groupe d’électeurs. Ils doivent également être en mesure de répondre à d’éventuelles accusations de partialité politique. Par conséquent, ils doivent au moins conserver un certain temps les documents relatifs à l’admissibilité : formulaires d’inscription, demandes de contestation concernant l’inscription d’un électeur ou la décision d’un tribunal, etc. De plus, l’information doit rester facilement accessible, bien que les documents classés puissent se compter par millions. Il faut donc un système de classement pratique, organisé en général par unité administrative et par région. Les administrateurs électoraux doivent documenter le motif de leurs décisions : l’absence de documentation justificative dénote un manque de professionnalisme et donne l’impression d’un comportement arbitraire. L’intégrité de l’autorité électorale peut alors être remise en question, sans parler de la légitimité de l’élection. En revanche, le fait de maintenir des dossiers permet à l’autorité de rendre des décisions cohérentes dans des cas similaires. Il s’agit là toutefois de circonstances exceptionnelles, puisque le processus décisionnel doit normalement être guidé par des politiques bien définies. Mécanismes d’appel Lorsqu’elle évalue l’admissibilité d’un électeur potentiel, l’autorité électorale peut conclure qu’il n’a pas qualité d’électeur, qu’il s’est inscrit de manière frauduleuse, qu’il s’est inscrit ou a voté plus d’une fois, ou qu’il n’est pas habilité à signer un acte de candidature ou une requête en révocation. Toutes ces décisions doivent être ouvertes et transparentes. Par ailleurs, il est essentiel d’établir des mécanismes d’appel appropriés. L’appelant pourrait d’abord s’adresser à l’autorité électorale elle-même, généralement le directeur du bureau local. Par la suite, il devrait pouvoir faire appel à la commission électorale, s’il en existe une, ou au plus haut fonctionnaire électoral. Enfin, au besoin, la cause devrait pouvoir être portée devant les tribunaux. Piste de vérification La piste de vérification a pour but de détecter les erreurs dans les données d’inscription, d’expliquer les discordances et de bien gérer l’information. Pour faciliter la vérification du registre des électeurs, il faut surtout conserver les renseignements utilisés pour la mise à jour des dossiers. Les questions suivantes illustrent les types de renseignements à conserver :
Avoir réponse à ces questions permet de résoudre les discordances entre les données de différentes sources. Il est bon de se donner comme règle que l’information la plus récente est la plus fiable. Une autre règle consiste à communiquer directement avec l’électeur lorsqu’il y a divergence entre les bases de données. Il faut aussi un mécanisme qui oblige les citoyens à confirmer l’exactitude de leurs données d’inscription et à les corriger s’il y a lieu. On songe par exemple à la carte d’information de l’électeur, expédiée directement au domicile de l’électeur en début de campagne. Elle peut contenir des renseignements importants : la marche à suivre pour corriger les données figurant sur la carte, la date de l’élection, les fonctions briguées par les candidats ainsi que l’emplacement et les heures d’ouverture du centre d’inscription électorale et du bureau de vote. Supervision de la collecte de données Dans le cas d’un registre permanent ou d’un registre civil, le maintien d’une piste de vérification pourrait exiger la supervision de la collecte de données. Il est possible que l’autorité électorale ne soit pas chargée de recueillir les données d’inscription et dépende d’autres organismes publics pour obtenir des renseignements de qualité. On pourrait remédier au problème en confiant à l’autorité électorale le pouvoir de superviser le travail de collecte des autres organismes. Date limite d’inscriptionUne opération d’inscription électorale vise à créer une liste électorale qui sera aussi complète, à jour et exacte que possible le jour de l’élection. Il faut toutefois déterminer une date limite d’inscription, qui dépend du contexte. L’un des facteurs à prendre en considération est le processus de mise en candidature : dans bien des cas, les candidats doivent faire signer leur acte de candidature par des électeurs admissibles (parfois des centaines). Pour confirmer l’admissibilité des signataires, il faut qu’au moins une liste préliminaire ait été établie. Les facteurs suivants peuvent aussi influer sur le choix de la date limite d’inscription :
Fixer la date limite à partir de la date d’élection La meilleure façon de fixer la date limite d’inscription consiste à remonter le calendrier à rebours à partir de la date de l’élection, en tenant compte de divers éléments clés. Par exemple :
Chacune de ces variables peut avoir un impact important sur la durée de la période d’inscription. Il faut être réaliste L’opération d’inscription a pour but ultime la production de la liste électorale définitive. Avec un système à liste périodique, les risques d’échec sont plus élevés parce que le gros du travail doit être réalisé dans des délais serrés, le plus souvent juste avant l’élection. Dans ces conditions, la pression est inévitablement plus forte, surtout à l’approche du jour de l’élection. Évidemment, les administrateurs électoraux veulent que leur liste soit aussi exacte, à jour et complète que possible, mais ils doivent faire preuve de réalisme et reconnaître les défis logistiques posés par ce travail, de même que les moyens d’action limités de l’autorité électorale locale ou nationale. Les administrateurs doivent disposer de ressources financières, matérielles et humaines suffisantes. Le succès dépend parfois de l’existence d’une infrastructure sociale ou gouvernementale bien établie qui peut répondre à la demande. Si les planificateurs ont sous-estimé le temps nécessaire à la production de la liste électorale, il vaut mieux se montrer indulgent que d’imposer des exigences sévères et excessives. Dates limites dans le cas d’un registre civil Dans les systèmes à liste périodique ou permanente, une date limite d’inscription est habituellement prévue pour la liste préliminaire et pour la liste définitive. Par contre, dans les systèmes à registre civil, l’inscription ne cesse jamais parce que le registre est essentiel à l’administration des services gouvernementaux. Cela dit, il se peut que les électeurs soient tenus de fournir leurs modifications au registre civil avant une certaine date pour qu’ils soient en vigueur avant une élection. Par exemple, les personnes qui signalent un changement d’adresse après cette date pourraient être obligées de voter dans leur ancienne circonscription, tandis que celles qui ne sont toujours pas inscrites dans le registre à la date limite pourraient être privées de la possibilité de voter. Dans les faits, ces situations se produisent rarement, car l’inscription est généralement obligatoire dans les systèmes à registre civil. Révisions de liste liées au vote par anticipationLa plupart des systèmes électoraux démocratiques permettent le vote par anticipation. Ainsi, les électeurs admissibles qui ne peuvent pas se rendre à leur bureau de vote le jour de l’élection peuvent quand même voter. L’inscription y joue un rôle dans les deux situations suivantes :
ContestationsUne fois produite la liste électorale préliminaire, et avant de produire la liste définitive, l’autorité électorale doit prévoir une période pendant laquelle les électeurs ou d’autres intervenants peuvent examiner la liste et demander officiellement l’ajout ou la radiation de certains noms. Jusqu’à récemment, ces demandes étaient souvent entendues par des instances judiciaires ou quasi judiciaires. Aujourd’hui, dans les démocraties de longue date, le processus de demande relève de l’administration, et ce sont les responsables électoraux qui sont appelés à trancher. Bien sûr, les demandes de modification à la liste électorale ne doivent pas toujours passer par ce processus. Elles concernent souvent de simples questions administratives, comme quand un électeur admissible constate qu’on ne l’a pas inscrit sur la liste préliminaire alors qu’il souhaite voter. Par contre, lorsqu’une personne s’oppose à la présence sur la liste d’un électeur dont elle dit qu’il est soit inadmissible soit décédé, un processus plus complexe s’impose. Il faut alors produire des documents officiels ou utiliser un mécanisme d’opposition en bonne et due forme. Habituellement, l’appelant doit comparaître en personne devant la cour d’appel, le tribunal de révision ou l’autorité électorale. L’audience doit avoir lieu à un endroit assez proche pour que la personne n’ait pas à faire de grands déplacements ou de grandes dépenses pour s’y rendre. Par ailleurs, l’autorité établie pour trancher l’appel doit être équitable, et être perçue comme telle. Quelle que soit cette autorité, ses décisions doivent être sujettes à examen, généralement par l’intermédiaire du système judiciaire. AchatsSurtout dans le cas d’une liste périodique, l’inscription des électeurs exige habituellement beaucoup de matériel. Pour pouvoir recueillir une grande quantité d’information en peu de temps, il faut beaucoup de documentation et d’équipement. Par exemple :
Dans bien des cas, le matériel doit être transporté d’un bout à l’autre du pays dans un bref délai. En outre, le personnel électoral doit généralement louer des locaux pour une période brève, les équiper, et ensuite démonter ces bureaux à la fin de la période d’inscription. Les divers besoins à combler entraînent un risque d’inefficacités et de dépassements budgétaires. Il faut donc des politiques d’achat claires, de préférence assorties de limites de dépenses pour chaque catégorie de biens ou services et chaque circonscription ou région. Le matériel à utiliser pour l’inscription dépend en partie du contexte. Un rétroprojecteur et un télécopieur, par exemple, ne sont utiles que dans des endroits où l’alimentation électrique et le service téléphonique sont fiables. Autrement, on recourra davantage au papier. Structure organisationnelle Dans la plupart des pays, un organisme électoral central est responsable de l’intégrité du système électoral, dont l’inscription des électeurs. En général, il se charge de concevoir un système d’inscription conforme aux exigences juridiques. Il élabore aussi des éléments de soutien comme les manuels et les politiques de formation ainsi que les formulaires officiels. Dans un système à liste périodique, pendant la période d’inscription, cet organisme central connaît habituellement une forte croissance et établit d’importantes administrations locales. Celles-ci recueillent les données d’inscription et les saisissent en vue de l’élaboration des listes préliminaire et définitive. Presque sans exception, les employés des organisations locales sont engagés pour de brèves périodes et n’ont souvent aucune formation en matière d’administration électorale. Politiques d’achat L’autorité centrale ou régionale responsable de l’inscription peut s’occuper de la majeure partie des achats, en réalisant des économies grâce à des achats groupés. L’administration locale peut s’occuper de la location à court terme des locaux, du mobilier et de l’équipement de communication. Elle doit respecter des limites de dépenses serrées. Des politiques d’achat claires permettront de bien l’orienter. Les politiques et procédures doivent être conformes aux normes applicables aux autres besoins d’approvisionnement du gouvernement. En général, chaque gouvernement a ses propres politiques d’approvisionnement qui conviennent à sa situation. Les politiques doivent refléter le cadre législatif qui régit l’inscription électorale, de même que les politiques d’achat pour d’autres activités gouvernementales. Sécurité L’inscription dans un système à liste périodique nécessite la distribution d’un gros volume de matériel à de nombreux endroits en peu de temps. Le matériel doit être en sécurité lors du transport et du stockage. Des mesures de sécurité appropriées sont donc essentielles au succès de l’inscription. Des problèmes de formulaires perdus ou de cartes d’identité volées, par exemple, peuvent miner la confiance du public dans l’intégrité du processus d’inscription et, par conséquent, compromettre la légitimité de l’élection. Cependant, les cartes d’identité ne sont pas essentielles dans un système à liste périodique et sont d’ailleurs moins utilisées dans ce contexte. Les cartes d’identité officielles sont plus courantes dans un système à registre permanent. Achats dans le cadre d’un système à registre permanent Avec un registre permanent, l’autorité électorale doit établir des plans d’achats à long terme pour la mise à jour régulière de la liste. Par exemple, elle doit déterminer le type d’infrastructure qu’il lui faudra et aura probablement besoin d’un personnel permanent de saisie des données et d’un personnel affecté aux systèmes, en plus de systèmes informatiques sophistiqués. L’établissement d’une liste périodique implique de fortes pointes d’activités et des dépenses liées à l’inscription des électeurs, et l’autorité électorale doit planifier en conséquence. La liste permanente élimine ou du moins atténue les périodes de pointe, de sorte qu’il est moins nécessaire d’obtenir de grandes quantités d’équipement dont il faut se défaire peu après. Par contre, la liste permanente peut exiger qu’un certain nombre de centres ou bureaux régionaux et locaux servent de points de contact pour la mise à jour et l’établissement de la liste électorale.
Location d’ordinateurs et soutien technique
Que la liste soit périodique ou permanente, un bon équipement permet au personnel de bien exécuter ses fonctions et d’appliquer des procédures efficaces et efficientes.
Si l’on s’attend à une période intense d’activités – soit à cause d’une campagne intensive d’inscription pour une liste périodique, soit à cause d’une période de révision qui entraînera beaucoup de changements dans les données – il pourrait être préférable de louer des ordinateurs plutôt que de les acheter, et de sous-traiter le soutien technique. On peut habituellement obtenir un meilleur prix et un meilleur rendement si l’autorité centrale négocie le contrat de location.
Pour l’inscription en ligne, l’autorité électorale doit acheter ou élaborer du matériel et des services de soutien. Par ailleurs, les citoyens doivent eux-mêmes posséder la technologie appropriée pour accéder au site Web de l’autorité électorale. Lorsqu’elle fait des plans pour permettre le téléchargement de formulaires ou d’autres documents de son site Web, l’autorité électorale doit assurer l’accès même aux propriétaires d’ordinateurs de faible capacité. Collecte de données pour l’inscriptionLorsqu’on effectue la planification en vue de l’inscription des électeurs, il est essentiel de déterminer le type de renseignements dont on aura besoin. Habituellement, la constitution ou la loi électorale d’un pays précise l’information qui doit être recueillie. Cela comprend toujours le nom de l’électeur, l’adresse résidentielle (s’il y en a une), le statut de citoyenneté, de même que l’âge ou la date de naissance (entre autres pour s’assurer que l’électeur est en âge de voter). Normalement, le sexe de l’électeur est également consigné, bien que, pour des raisons de confidentialité, cette information puisse être difficile à obtenir. L’information sur la date de naissance et le sexe aide souvent à vérifier l’exactitude des données recueillies durant le processus d’inscription et à détecter les inscriptions faites en double. Une signature peut être requise, selon le taux d’alphabétisation. Si l’on prévoit émettre des cartes d’identité de l’électeur, les exigences à cet égard pourraient avoir une influence sur le genre de renseignements à recueillir. Les autorités doivent notamment décider s’il faut inclure sur la carte des éléments identifiants comme une photographie ou une empreinte digitale de l’électeur. Plan d’action Après avoir déterminé l’information à recueillir, les administrateurs électoraux peuvent élaborer un plan d’action détaillé en tenant compte des facteurs suivants :
En élaborant le plan d’action, l’administration électorale centrale doit prévoir la préparation des séances de formation ainsi que la production de la documentation nécessaire pour la formation du personnel. Et, bien sûr, le plan doit comprendre la production du matériel nécessaire pour l’inscription : formulaires d’inscription, cartes de rappel, cartes distribuées par la poste, formulaires de saisie des données, etc. Collecte de données pour une liste périodique Dans un système à la liste périodique, on dispose de plusieurs options pour recueillir et traiter les données d’inscription. Le plan d’action doit être conçu selon les options retenues. Les données seront-elles recueillies dans le cadre de visites porte-à-porte effectuées par des recenseurs, par exemple, ou établira-t-on des centres d’inscription où les électeurs devront aller s’inscrire? L’inscription sera‑t‑elle possible par la poste, soit comme seule option ou comme solution de rechange au recensement ou au centre d’inscription? L’inscription se fera‑t‑elle de façon directe entre le recenseur ou l’agent d’inscription et l’électeur? Sinon, comment l’autorité électorale sera-t-elle capable de confirmer que l’information recueillie est exacte et valide? Quel genre de preuve sera requise pour confirmer l’identité de l’électeur? Va-t-on délivrer des cartes d’identité électorales et, si oui, qu’est‑ce qui figurera sur les cartes? Y aura-t-il une photographie? Les cartes seront-elles laminées et, si oui, utilisera‑t‑on le laminage à chaud ou à froid? Collecte de données pour un registre permanent Dans un système à liste permanente ou à registre permanent, les méthodes utilisées pour recueillir les données en vue de l’établissement initial du registre diffèrent de celles utilisées pour la mise à jour continue. L’établissement initial peut se faire à l’aide de méthodes de collecte très semblables à celles utilisées pour une liste périodique : recensement porte‑à‑porte, inscription aux centres établis à cette fin ou inscription par la poste. Une fois la base de données initiale établie, cependant, la méthode de collecte des données change de façon importante. L’autorité électorale essaie notamment d’obtenir les changements aux données d’électeurs sur une base continue, de façon à pouvoir incorporer les changements d’adresse, ajouter les nouveaux électeurs admissibles et supprimer les noms des personnes décédées ou des personnes qui ont autrement cessé d’être admissibles à voter. Pour tenir un registre permanent, l’autorité électorale peut négocier des accords de partage de données avec d’autres entités publiques. Ces accords lui donnent accès, par exemple, aux changements d’adresse signalés par les citoyens au bureau d’impôt à même leurs déclarations annuelles de revenus ou signalés à l’administration de l’habitation. Dans un tel contexte, l’autorité électorale qui utilise un registre permanent doit accomplir des tâches très différentes de celles qui sont requises pour produire une liste périodique. Stockage des données Une fois recueillis, les renseignements doivent être stockés en lieu sûr. La méthode de stockage la plus courante aujourd’hui est la base de données informatisée. Les données des formulaires d’inscription des électeurs sont entrées par des employés dans des dossiers informatisés. Ces dossiers peuvent alors servir à produire des cartes d’identité de l’électeur et la liste électorale elle-même. Mais les renseignements peuvent aussi être consignés à la main ou à la machine à écrire; les dossiers des électeurs sont alors triés selon divers critères (p. ex. par ordre alphabétique ou par adresse). Des mesures de précaution appropriées assurent la sécurité des dossiers, qu’ils soient informatisés ou non. Une tâche tout aussi importante mais plus difficile consiste à stocker les originaux des preuves comme les empreintes, les signatures et les photographies des électeurs. Ces éléments sont souvent essentiels pour vérifier l’exactitude de la liste et ils permettent une vérification juridique de l’inscription. Il se peut que l’on doive aussi transférer des dossiers informatisés des bureaux électoraux locaux à l’autorité électorale centrale pour la compilation finale des listes électorales. Si les dossiers ne sont pas informatisés, il pourrait quand même être nécessaire de transférer les données des formulaires d’inscription à la liste électorale, souvent en passant par une étape intermédiaire consistant à produire une liste préliminaire. Les formulaires d’inscription et les listes électorales doivent être stockés en lieu sûr. Procédures et structures simples et claires Une campagne d’inscription électorale à grande échelle est souvent menée sur une courte période avant ou après le déclenchement d’une élection. En planifiant cette campagne, on doit surtout s’assurer d’établir un système d’inscription clair et transparent. Dans l’ensemble, il s’agit d’appliquer des procédures simples et de prendre des mesures de sécurité raisonnables. Le formulaire d’inscription doit être simple et non pas constituer un test de lecture ou de compétence. Son objectif est simplement de recueillir des informations de base et d’indiquer si le postulant est admissible à voter. L’ampleur du processus d’inscription et les inévitables contraintes de temps posent déjà des défis importants. Si les procédures choisies sont simples, la tâche sera plus facile à exécuter. Tout aussi important, il faut avoir une structure claire et bien articulée pour assurer un fonctionnement harmonieux. Un superviseur devrait s’occuper directement de sept à neuf recenseurs ou agents d’inscription; un sous-registraire régional devrait être responsable de sept à neuf superviseurs peut-être, et ainsi de suite en montant l’échelle administrative. Le manque de prévoyance engendre des problèmes d’inefficacité, qu’une organisation bien définie peut réduire au minimum. Infrastructure opérationnelleL’autorité électorale centrale peut concevoir bien avant un scrutin la majeure partie de l’infrastructure opérationnelle nécessaire à l’inscription. Le responsable de l’autorité électorale locale (p. ex. le directeur régional de l’inscription) peut alors mettre sur pied l’infrastructure peu avant le début de l’inscription. Le défi consiste à établir rapidement des bureaux qui ne serviront que pendant quelques semaines ou mois, avec un personnel ayant généralement peu d’expérience en inscription électorale. Besoins opérationnels Pour établir une infrastructure opérationnelle, il faut normalement :
Avantage d’une liste permanente à base géographique Dans une liste permanente, on peut structurer, stocker et suivre les données en fonction de la situation géographique (adresses) ou en fonction des électeurs individuels. Les adresses résidentielles sont l’une des caractéristiques les moins changeantes de l’environnement électoral, et une liste établie en fonction de ces adresses a l’avantage d’être stable : si les gens déménagent de plus en plus, les habitations, elles, ne se déplacent pas. Une liste permanente à base géographique facilite l’établissement d’une infrastructure électorale grandement décentralisée, qui permet de suivre l’information de près dans chaque localité. Lien à établir entre les ensembles de données Dans un système à registre électoral permanent ou à registre civil, l’autorité électorale dépend souvent des données reçues d’autres organismes publics pour mettre à jour la liste électorale. Or, chaque ensemble de données est recueilli par une organisation différente et pour une fin différente. L’autorité électorale doit donc trouver ou créer un élément commun pour relier tous ces ensembles et les rationaliser. À cette fin, elle doit notamment :
Éducation électoraleAu cours d’une année ou même d’un cycle électoral typique, l’autorité électorale n’a pas toujours l’occasion de communiquer directement avec l’électorat à des fins éducatives. Cependant, pendant une initiative d’inscription, elle doit communiquer certaines informations aux électeurs et peut en profiter pour y joindre un volet éducatif. Le plus important est de fournir des renseignements de base sur l’inscription – les conditions d’admissibilité, les mécanismes d’inscription, etc. – mais il convient de parler aussi de l’importance du vote. On peut même cibler certains groupes comme les jeunes, les femmes, les collectivités ethniques ou les sans-abri. Facteurs à prendre en compte dans un programme d’éducation Le type de processus utilisé pour inscrire les électeurs influera sur le contenu des messages. Si l’inscription se fait au moyen d’un recensement porte-à-porte, on décrit les raisons et le fonctionnement de l’opération. Ainsi, on explique aux électeurs que des recenseurs frapperont à leur porte, présenteront une preuve d’identité et recueilleront les renseignements nécessaires pour inscrire chaque électeur du domicile sur la liste électorale. Par contre, si l’inscription se fait dans des centres d’inscription, les messages aux électeurs servent plutôt à expliquer pourquoi il faut s’inscrire, et où et quand le faire. Enfin, dans les endroits desservis par une unité itinérante, on indique les dates de passage de l’unité. Recensement S’il y a un recensement, le programme d’éducation électorale doit en faire connaître les dates et les heures – d’autant plus que l’horaire de visite des recenseurs est habituellement serré. Par ailleurs, lorsque personne ne répond pas à la porte, les recenseurs peuvent laisser une carte d’information indiquant notamment la date de la prochaine visite des recenseurs ou un numéro de téléphone à composer pour plus de renseignements. En période de recensement, la sécurité est primordiale. Comme on demande aux électeurs d’ouvrir leur porte aux recenseurs, un imposteur pourrait tenter d’entrer illégalement. Le programme d’éducation doit donc expliquer comment reconnaître les vrais recenseurs, et quelles preuves d’identité ces derniers posséderont. La sécurité des recenseurs est tout aussi importante. C’est pourquoi on exige souvent qu’ils travaillent en équipes de deux. Cette méthode est plus coûteuse et plus complexe à gérer, mais elle présente de grands avantages sur le plan de la sécurité. Les règles d’inscription elles-mêmes peuvent exiger la présence de deux recenseurs, chacun représentant un intérêt politique distinct, ou chacun étant nommé par un parti politique différent. Centres d’inscription Si l’inscription se fait dans des centres d'inscription, le programme d’éducation souligne l’importance de l’inscription, en précisant les heures et dates d’ouverture des centres, et leurs adresses. D’autres messages peuvent expliquer aux électeurs quels documents apporter pour s’inscrire (p. ex. preuves d’identité, d’adresse ou de citoyenneté), leur indiquer s’ils peuvent inscrire également les membres de leur famille ou leur dire quoi faire s’ils ne peuvent pas se rendre à un centre d’inscription pendant les heures d’ouverture. Partenaires de l’éducation électorale Les programmes d’éducation électorale doivent mettre à contribution les principaux médias, qui aideront à diffuser les renseignements importants, soit par des publicités payantes, soit par des messages d’intérêt public gratuits. Dans les pays où l’État contrôle les principaux médias, l’impartialité politique des médias n’est pas toujours assurée. Dans ce cas, les organismes communautaires, les organisations non gouvernementales et les partis politiques eux-mêmes peuvent se charger d’expliquer pourquoi et comment s’inscrire. Dans les nouvelles démocraties, des organisations non gouvernementales étrangères peuvent contribuer à l’éducation électorale. Dans ce cas (et dans la plupart des situations), le message central peut se résumer à : « Vous devez vous inscrire pour voter. » Registre permanent et registre civil Lorsqu’on implante une liste électorale permanente, les exigences d’inscription sont les mêmes que pour une liste périodique. La différence, c’est que la liste périodique ne sert qu’à un scrutin : si une personne n’y est pas inscrite, le problème se limite à ce scrutin. Dans le cas d’une liste permanente, le succès de la première initiative d’inscription est déterminant pour la qualité à long terme du registre, et donc du processus démocratique. C’est pourquoi le programme d’éducation électorale doit bien faire comprendre les conséquences de la non-inscription. Même dans les pays dotés d’un registre civil, un programme d’éducation sur l’inscription peut s’avérer utile. Puisque l’inscription au registre est généralement obligatoire, les messages peuvent informer les citoyens de toute nouvelle exigence et des peines prévues en cas de non-conformité. De plus, il faut informer les gens de l’effet que peut avoir sur leurs droits civiques ou démocratiques le respect ou le non-respect des obligations d’inscription (p. ex. ceux qui omettent de s’inscrire à temps avant un scrutin peuvent encourir une amende ou être exclus du vote). Ampleur des efforts d’éducation L’ampleur du programme d’éducation dépend de l’expérience que le pays peut avoir en matière de collecte de renseignements et d’élections démocratiques. Si la tenue de registres civils et l’organisation d’élections libres et justes sont des traditions de longue date, les électeurs seront habituellement sensibilisés à l’importance du vote, et le programme peut être modeste. Mais si le système d’inscription vient d’être remanié, ou si le pays a peu l’habitude des processus d’inscription et de vote démocratique, il faut un programme d’éducation de plus grande ampleur. Sélection et formation des employésPour mener à bien une campagne d’inscription électorale, il faut embaucher et former des employés aux niveaux central et local. L’autorité électorale centrale possède généralement un effectif permanent soumis aux conditions d’emploi de la fonction publique. Dans certains cas, cet effectif relève d’une commission électorale indépendante du gouvernement. Dans les bureaux locaux, la tâche sans doute la plus importante des agents administratifs, avant le début de l’inscription proprement dite (par recensement, par centre d’inscription ou par la poste), consiste à embaucher et à former les préposés à l’inscription. Dans un système à liste périodique, la plupart des préposés à l’inscription sont embauchés pour une courte période, et bon nombre des postes exigent peu de qualifications. Cela dit, le calibre du personnel local peut donner une bonne idée des chances de succès ou d’intégrité de l’élection à venir. En effet, les employés des bureaux locaux ont des responsabilités très précises à assumer pendant la courte période d’inscription. S’il faut reprendre une étape du processus d’inscription, on gaspille du temps et on soulève des soupçons. Les recenseurs et les autres employés des centres locaux sont habituellement les seuls travailleurs électoraux que rencontreront les électeurs. Ils sont donc le « visage » de l’organisme électoral et doivent se comporter correctement. Ils doivent aussi être prêts à faire face à des personnes au comportement inapproprié. Par exemple, quelqu’un peut chercher à mentir à un préposé dans le but de contourner les règles d’inscription. Les employés locaux doivent être prêts à répondre aux questions les plus fréquentes, et doivent savoir dans quels cas et de quelle manière acheminer des questions à leurs superviseurs. Catégories de travailleurs Les catégories de travailleurs nécessaires à l’inscription dépendent de la méthode de collecte des données. Un recensement ne demande pas les mêmes ressources que des centres d’inscription. Dans certains pays, les partis politiques ou les candidats proposent des noms pour les postes de recenseurs. Il convient alors de mettre en place des contrôles garantissant l’impartialité des personnes ainsi embauchées (p. ex. l’obligation de travailler en équipe de deux personnes de partis différents). Si l’inscription se fait par la poste, les préposés à l’inscription peuvent travailler dans une atmosphère plus anonyme. Certaines exigences de dotation sont communes à toutes les méthodes d’inscription : un agent réviseur en chef ou superviseur (son titre officiel peut varier) dirige le bureau local et assume la responsabilité du processus d’inscription dans la circonscription. Il peut être secondé par un adjoint et assume trois grandes fonctions, dont chacune peut être assignée à une équipe distincte :
Embauche Une des tâches principales du superviseur local est d’embaucher l’effectif local. Il peut déléguer en partie cette tâche. Les procédures d’embauche varient : à certains endroits, les recenseurs sont choisis parmi des listes de noms fournis par les partis, alors qu’ailleurs cette méthode est jugée trop partiale. L’important est que les électeurs aient confiance dans le système d’inscription et le considèrent comme juste et impartial. Ainsi, s’ils considèrent que le recrutement à partir de listes soumises par les partis constitue une pratique illégitime, il vaut mieux procéder autrement. Chaque employé doit comprendre clairement qu’il doit s’acquitter de ses tâches de manière impartiale. Le superviseur a avantage à disposer d’une liste d’agences d’emploi locales, en cas de besoin. Formation Pour faciliter la formation du personnel, l’autorité électorale centrale peut fournir des manuels et organiser des séances de formation. Les responsabilités de chaque employé doivent être clairement expliquées, et leur exécution doit être examinée et discutée. La séance de formation est une excellente occasion de rappeler aux travailleurs l’importance de leur rôle dans l’intégrité de l’élection. Rémunération L’autorité électorale locale veille à rémunérer les employés selon une échelle juste et normalisée. Le protocole de rémunération doit indiquer le taux de rémunération de chaque poste, ainsi que les exigences concernant le nombre d’heures travaillées et le travail accompli. Le protocole doit préciser si le salaire est versé au rendement ou à l’heure. Dans un système au rendement, on peut par exemple verser aux recenseurs un montant fixe pour chaque formulaire d’inscription rempli, montant auquel peut s’ajouter un salaire horaire fixe ou un montant forfaitaire. Ce système peut améliorer la qualité du travail en motivant les employés à inscrire le plus d’électeurs possible, mais il risque aussi d’inciter des recenseurs à ajouter des noms frauduleusement. Frais de déplacement Dans le cadre de certaines initiatives d’inscription, des employés ou des bénévoles peuvent avoir à se déplacer, par exemple pour faire du porte-à-porte en dehors de leur quartier, établir un centre d’inscription dans une autre localité ou s’occuper d’une unité d’inscription itinérante. Dans ce cas, le régime de rémunération doit prévoir un mécanisme de remboursement des frais de déplacement. Habituellement, on verse une indemnité selon le kilométrage parcouru, un montant forfaitaire destiné à l’hébergement, et une allocation journalière pour les repas et les faux frais. Des plafonds et des normes sont établis pour garantir l’utilisation responsable de ces fonds, conformément aux politiques générales de l’autorité électorale. Honnêteté et intégrité La légitimité du processus d’inscription et de l’élection elle-même dépend pour beaucoup des travailleurs électoraux. Il faut donc leur rappeler l’importance de l’honnêteté et de l’intégrité professionnelles, et leur signaler les conséquences de tout comportement malhonnête ou frauduleux. Tous les employés ou bénévoles peuvent être tenus de s’engager par serment ou par déclaration solennelle à respecter des conditions et des normes légales et éthiques. Registre permanent Dans un système à liste permanente, la sélection et la formation du personnel peuvent se dérouler de façon différente :
Période d’exécutionAvec une liste électorale périodique, la période d’exécution (celle au cours de laquelle se fait l’inscription) est très brève : de quelques semaines à quelques mois. Par contre, la planification peut prendre des mois, sinon des années. La réussite de la période d’exécution dépend en grande partie de l’efficacité de la planification. Il faut également garder à l’esprit que l’intérêt du public pour le scrutin est beaucoup plus élevé au cours de la période d’exécution et que les erreurs ou problèmes dus à une mauvaise planification peuvent donc prendre plus d’importance et devenir une source d’embarras. Lorsque l’inscription a lieu pendant une campagne électorale, elle suscite davantage d’intérêt de la part des médias, des partis, des candidats et de l’électorat, intérêt qui augmente à mesure que le jour de l’élection approche. C’est au cours de la période d’exécution qu’émergent les différences considérables entre les systèmes à liste périodique et à liste permanente. Avec une liste périodique, l’essentiel du travail s’accomplit pendant la campagne électorale ou peu avant. Au cours de cette période, la pression est inévitablement intense, ce qui exige un rendement optimal du système et des employés. Dans un système à liste permanente, on cherche à séparer la plupart des aspects du processus d’inscription et la période électorale, avec ses pressions et l’attention intense qu’elle suscite. L’inscription a plutôt lieu entre les élections, quand l’atmosphère est plus calme. L’exécution est plus facile si l’initiative d’inscription est planifiée comme une campagne générale ayant des objectifs et des délais précis. Par exemple, il doit y avoir une date limite ferme pour la production de la liste préliminaire, qu’elle soit issue d’une liste périodique, d’un registre permanent ou d’un registre civil. Une fois cette date fixée, les planificateurs peuvent travailler à rebours pour déterminer à quel moment chaque élément du processus d’inscription doit être terminé. Par exemple, combien doit-il y avoir de centres d’inscription (s’il y a lieu) et combien doit-on y recevoir d’électeurs quotidiennement pour atteindre les objectifs de rendement? De quelles fournitures ont-ils besoin? Où seront entreposées ces fournitures avant et après l’inscription? Comment doit-on saisir les données (si on utilise l’informatique)? Combien doit-on embaucher d’employés, dans quelles catégories d’emploi et pour combien de temps? Il faut répondre à toutes ces questions pour pouvoir établir le calendrier. La période d’examen et de révision de la liste préliminaire et la production de la liste définitive exigent une planification similaire. Préparation en vue des problèmes Aussi détaillé et complet que soit le plan d’exécution, il y aura inévitablement des questions et des problèmes. S’ils sont prévisibles, ils peuvent être traités dans le plan lui-même. Voici certaines des questions les plus courantes à se poser avant une opération d’inscription :
Planification d’urgence Le plan d’exécution doit prévoir des mesures d’urgence, comme l’envoi de renforts si le personnel régulier se heurte à des difficultés qu’il ne peut pas régler. Dans un cas pareil, il faut toujours commencer par communiquer avec le superviseur immédiat (du recensement ou de l’inscription). Voici d’autres problèmes pour lesquels des solutions peuvent être prévues :
Informatisation L’informatique a grandement facilité la production et la tenue de registres civils. Dans les pays industrialisés ou en voie de développement, l’informatique joue un rôle important dans le processus d’inscription parce qu’elle permet l’entreposage à long terme et facilite la tenue des données (y compris leur modification et leur révision), et aide à intégrer différentes bases de données. De tous les systèmes d’inscription, le registre civil a le plus à gagner de l’informatisation parce qu’il sert à plusieurs fins et que son contenu doit continuellement être entretenu. Mais l’informatique seule ne peut résoudre toutes les difficultés rencontrées au cours du processus d’inscription. Certes, elle peut aisément relever les irrégularités dans l’identification des électeurs, mais l’autorité électorale doit néanmoins décider du mode de résolution du problème. Il y a souvent plus d’une solution au même problème. Par exemple, toute autorité électorale doit confirmer l’identité de chaque électeur inscrit. Dans certains endroits, elle le fait en exigeant qu’un ou deux autres électeurs inscrits signent, à titre de témoins, le formulaire d’inscription rempli. Ailleurs, elle accepte que l’électeur lui-même, au moyen d’une déclaration, atteste de l’exactitude des renseignements sur le formulaire, sans qu’un témoin ait à signer. La première solution exclut la possibilité d’une inscription totalement informatisée, car la technologie permettant le témoignage électronique n’est pas aisément disponible. La deuxième solution est compatible avec l’inscription électronique. Compilation des données d’inscriptionL’inscription des électeurs consiste essentiellement à rassembler, vérifier et organiser de l’information afin d’établir la liste des électeurs admissibles. La compilation des données d’inscription est donc une tâche hautement importante. Dans le cas d’une liste périodique, il faut habituellement déterminer bien à l’avance quels renseignements on exigera des électeurs, puis concevoir des formulaires ou autres mécanismes de collecte des données. La plupart du temps, les données à recueillir sont fixées par les lois ou règlements du pays : nom, adresse, citoyenneté, date de naissance et sexe de l’électeur. On peut aussi demander aux électeurs de fournir une photo ou des empreintes digitales. En général, les administrateurs électoraux essaient de recueillir les renseignements jugés essentiels à l’identification de l’électeur et à la vérification de la liste électorale, mais ils doivent aussi tenir compte du droit à la vie privée. On demande parfois aux responsables électoraux de recueillir des renseignements sans rapport avec le processus électoral. Ils préféreront peut-être ne pas le faire, afin de ne pas décourager les électeurs de donner leur nom aux fins de l’inscription. Dans le cas d’une liste permanente ou d’un registre civil, le processus de collecte initiale est le même que pour une liste périodique, sauf que les données sont ensuite tenues à jour. Habituellement, l’autorité électorale conclut des ententes avec d’autres organismes publics afin qu’ils lui transfèrent leurs renseignements sur les citoyens. Par exemple, le bureau de l’impôt peut transmettre à l’autorité électorale les changements d’adresse que les contribuables lui signalent. Le grand défi consiste à apparier les données ainsi reçues d’un autre organisme et les données déjà sur la liste électorale. Dans certains pays, chaque citoyen possède un numéro d’identité unique, qui peut faciliter l’intégration des renseignements provenant de sources différentes. Ailleurs, les données sont souvent organisées sur une base géographique, c’est-à-dire en fonction des adresses résidentielles. Recensement Le recensement est généralement mené par des agents qui vont de porte en porte avec des formulaires sur lesquels ils inscrivent les renseignements que leur donnent les occupants de chaque domicile, et ils peuvent laisser une copie aux occupants à titre de confirmation d’inscription. Parfois, les formulaires contiennent déjà les noms des électeurs inscrits à chaque adresse lors du dernier recensement – une approche qui combine les caractéristiques des listes périodique et permanente. Les formulaires remplis sont remis au bureau d’inscription, où l’information est traitée manuellement ou électroniquement. Les recenseurs peuvent aussi avoir une liste de contrôle où ils marquent les actions faites à chaque résidence visitée, à l’intention des agents qui pourraient avoir à revisiter la même adresse pour effectuer l’inscription. Parfois, les adresses sont déjà inscrites sur la liste de contrôle. Dans ce cas, il faut que chaque unité administrative fasse l’inventaire des adresses résidentielles légitimes – tâche qui peut s’avérer difficile dans les régions éloignées habitées par des populations nomades ou réfugiées. Cette pratique, ardue et coûteuse, est rare. Centres d’inscription Au centre d’inscription, les formulaires d’inscription peuvent être remplis par les électeurs eux-mêmes ou par des préposés (le taux d’alphabétisation influera sur le choix de la méthode). Si des cartes d’identité de l’électeur sont utilisées, c’est au centre d’inscription qu’elles seront habituellement délivrées à chaque électeur qui s’inscrit. Cependant, il est préférable d’utiliser une autre méthode si on craint que certains individus s’inscrivent à plusieurs centres différents afin de recevoir plusieurs cartes d’identité. Inscription par la poste L’inscription par la poste est habituellement une méthode moins coûteuse que le recensement ou les centres d’inscription. Le principal défi est de s’assurer que tous les électeurs admissibles reçoivent un formulaire d’inscription. La méthode la moins coûteuse consiste à inscrire tous les électeurs aux bureaux de vote, le jour de l’élection, mais cela entraîne le plus souvent de longues files d’attente. Inscription électronique L’inscription électronique des électeurs peut prendre plusieurs formes. L’autorité électorale peut simplement afficher sur un site Web des renseignements sur l’inscription. Elle peut aussi offrir sur le site Web les formulaires d’inscription, que les électeurs peuvent télécharger, imprimer, remplir et retourner par la poste ou autrement à l’autorité électorale. Enfin, elle peut permettre aux électeurs inscrits de se connecter sur le site Web, de vérifier leurs renseignements et de les corriger en ligne au besoin; les personnes non inscrites peuvent aussi y entamer leurs démarches d’inscription. Vérification des données partagées Les accords de partage de données permettent à l’autorité électorale de tenir ses renseignements à jour sans avoir à assumer les frais d’une collecte de données faite directement auprès des électeurs. Cependant, avant de verser dans sa base de données les informations obtenues d’autres sources, l’autorité électorale peut vouloir en vérifier l’exactitude, par exemple en écrivant aux électeurs pour leur demander de confirmer les changements à leur dossier.
Stockage des données d’inscriptionLorsqu’on tient une liste périodique, il faut gérer une grande quantité de données. Cette gestion peut se faire efficacement par ordinateur, mais il n’est pas toujours pratique ou possible de procéder ainsi. Que le système soit informatisé ou non, il doit remplir les fonctions suivantes :
Stockage à court terme Tout système doit permettre le stockage à court terme des formulaires d’inscription remplis, jusqu’à ce que la liste électorale soit élaborée, vérifiée et finalisée. Dans beaucoup de pays, l’autorité électorale est tenue de conserver les formulaires originaux. Si des recenseurs sont utilisés, ils sont responsables des formulaires de leur secteur et établissent la liste correspondant au secteur ou aux noms qui leur sont assignés. À l’aide de ces listes, les autres préposés à l’inscription établissent généralement la liste globale du territoire. Dans certains cas, on ne dresse pas de liste nationale. Dans les systèmes à circonscriptions uninominales (où un député est élu par circonscription), la liste est parfois tenue à l’échelle locale. Les formulaires d’inscription peuvent servir à vérifier les signatures sur les actes de candidature et sur les pétitions réclamant des référendums ou d’autres initiatives (celles-ci sont particulièrement communes dans les systèmes à liste permanente). Les formulaires vierges et les cartes d’identité de l’électeur doivent être entreposés en lieu sûr. Transfert des données Les données doivent être envoyées des centres de collecte locaux (centres d’inscription ou bureaux d’inscription locaux dans le cas d’un recensement) à l’autorité électorale centrale, qui établira la liste électorale nationale. Grâce à une base de données centralisée, on pourra envoyer et recevoir les données et vérifier rigoureusement leur exhaustivité et leur exactitude. Le transfert électronique des données entre les bureaux locaux et les bureaux régionaux ou nationaux peut se faire de diverses façons. Si l’infrastructure existe, la communication peut se faire par Internet (ordinaire ou sans fil), par téléphonie ou par satellite. On peut aussi utiliser le service postal ou un autre système de livraison pour acheminer les données sur support physique (copies imprimées de la liste électorale, disquettes, CD, clés USB, etc.). Peu importe la méthode, il s’agit d’assurer un transfert sécuritaire et rapide. Si on n’utilise pas d’ordinateur, on peut envoyer une liste tapée à la machine ou manuscrite. Il faut des politiques expliquant où et comment livrer les données, et en combien d’exemplaires. Production des listes électorales Si on utilise une liste nationale, les ordinateurs facilitent le transfert de données du centre local à l’autorité électorale nationale. L’utilisation de données centralisées peut être essentielle dans les pays où les députés ne sont pas choisis par circonscription, mais proportionnellement au nombre de votes obtenus par leur parti. Dans d’autres systèmes, la liste couvre uniquement une région donnée – particulièrement dans les pays où les électeurs élisent un représentant par circonscription. Dans ce cas, les électeurs ne peuvent généralement voter que dans leur circonscription de résidence; les listes peuvent alors être tenues même à l’échelle des sections de vote. Dans les provinces du Canada, la liste périodique est tenue à l’échelle de chaque circonscription. La collecte d’un grand volume de données d’inscription et la production des listes électorales sont des tâches laborieuses et très complexes. Aujourd’hui, ces tâches peuvent être pleinement automatisées grâce à des logiciels spécialisés. Les logiciels d’inscription sont invariablement conçus en fonction des besoins locaux et coûtent très cher.
Production de la liste préliminaireAprès avoir recueilli les données des électeurs sur les formulaires d’inscription, les travailleurs électoraux peuvent produire la liste électorale préliminaire, qui est remise aux partis et aux candidats aux fins de leur campagne. L’autorité électorale l’utilise pour estimer le nombre d’électeurs dans chaque zone géographique, ce qui facilite la délimitation des circonscriptions. De plus, les électeurs peuvent vérifier leurs données sur cette liste et demander des corrections, ou demander d’y être inscrits s’ils n’y figurent pas. Dans le passé, les listes préliminaires étaient en général affichées publiquement, ou pouvaient être consultées dans un endroit public comme un bureau gouvernemental ou une bibliothèque. Cependant, beaucoup de pays ont mis fin à cette pratique pour des raisons de confidentialité. À présent, les électeurs reçoivent un document (p. ex. une carte postale) qui confirme leur inscription et leur indique où voter. Dans certains pays, les électeurs peuvent vérifier s’ils sont inscrits en communiquant avec l’autorité électorale en personne, par téléphone ou par Internet. La liste préliminaire permet aux citoyens de vérifier s’ils sont inscrits au vote au prochain scrutin ou s’ils doivent demander au bureau d’inscription de modifier leurs renseignements. Quant aux partis et aux candidats, ils peuvent vérifier si la liste contient des renseignements frauduleux ou inexacts, et si certains de leurs partisans n’y figurent pas et devraient être incités à s’inscrire. Si les préposés à l’inscription ne reçoivent aucune demande de modification, la liste préliminaire devient la liste définitive qui servira le jour de l’élection. Il est cependant improbable que les choses se passent ainsi, puisque les préposés n’auront sûrement pas réussi à communiquer avec tous les électeurs admissibles pendant l’inscription initiale. Le plus souvent, des demandes de changement sont reçues, et la liste préliminaire permet de déterminer dans quelle mesure le processus d’inscription a donné des résultats à jour, exacts et complets. Les changements requis sont apportés à la liste qui, une fois révisée, devient la liste définitive. La liste préliminaire sert aussi :
Rôle des partis politiques La liste préliminaire est habituellement soumise à l’examen des partis politiques – une vérification supplémentaire dans le processus. Les partis ont tout intérêt à examiner la liste et à en confirmer l’exactitude, et leur participation au processus d’inscription est cruciale :
Protection de la vie privée Les vérifications externes de la liste ne doivent pas compromettre le droit à la vie privée des électeurs inscrits. Dans certains pays, les procédures d’inscription des électeurs et les renseignements en découlant ont suscité des inquiétudes sur le plan de la confidentialité. Pour des raisons de sécurité personnelle, il peut être nécessaire d’omettre des listes les noms de certains électeurs : juges, policiers, personnes menacées d’agression par un ex-conjoint, etc. Ces personnes peuvent être inscrites sur une liste d’électeurs anonymes ou « silencieux ». Parfois, les tiers – c’est-à-dire les personnes ou entités autres que l’autorité électorale et le citoyen lui-même – n’ont accès qu’à des renseignements limités. Certains pays limitent l’affichage des numéros d’identité des citoyens; d’autres ne révèlent pas l’âge ou l’adresse municipale. La plupart interdisent l’usage des listes à des fins non électorales, afin notamment que les électeurs ne soient pas submergés d’offres de nature commerciale. Liste préliminaire Le moment où la liste préliminaire est établie diffère selon qu’on utilise une liste périodique ou un registre permanent. Dans certains systèmes à liste périodique, l’autorité électorale élabore la liste préliminaire pendant la période électorale en conduisant une opération d’inscription. Dans un système à liste permanente, l’autorité électorale accomplit le gros du travail bien avant le début de la campagne électorale. Si le travail a été bien fait (c’est-à-dire si les taux d’actualité, d’exactitude et d’exhaustivité sont élevés), peu de changements seront apportés à la liste pendant la période électorale. Cette façon de faire permet d’écrêter les pointes d’activités. Évidemment, on ne peut pas éliminer toutes les périodes de pointe dans le processus d’inscription – sauf dans les pays dotés d’un registre civil. Dans les pays qui utilisent un tel registre, une liste préliminaire n’est pas nécessaire, pourvu que le registre soit bien conçu et tenu à jour. En effet, il est généralement obligatoire de s’inscrire au registre, et les renseignements qui s’y trouvent peuvent servir à plusieurs fins, dont les élections. Habituellement, l’inscription a lieu à la naissance ou à la naturalisation, et les citoyens sont tenus de signaler promptement toute modification à leurs renseignements (p. ex. changement de nom, d’adresse ou d’état civil). La liste étant continuellement mise à jour, il n’est pas nécessaire de produire une liste préliminaire quand une élection est déclenchée. Cadre juridique et administratifCadre juridique Le cadre juridique qui régit le processus électoral fournit habituellement des lignes directrices sur l’inscription des électeurs. Des dispositions juridiques peuvent être incluses dans la constitution, la loi électorale ou une loi visant spécifiquement l’inscription électorale. Elles sont normalement établies avant le début de l’inscription et, de préférence, avec la participation du public. Les programmes d’éducation électorale expliquent les lignes directrices sur l’admissibilité des électeurs. D’autres lignes directrices concernent l’administration du processus d’inscription. Par exemple, elles peuvent exiger qu’un préavis soit donné pour les dates, les heures et les lieux du recensement ou de l’inscription, ou préciser qui participera au travail d’inscription. Cadre administratif – niveaux organisationnels Le cadre administratif du processus d’inscription électorale comprend deux niveaux organisationnels. Le premier niveau est celui de l’autorité électorale centrale, qui peut être une organisation nationale ou (surtout dans un système fédéral) une combinaison d’entités nationales et régionales/locales. Normalement, l’autorité centrale est un organisme public permanent ou une commission indépendante qui a pleine responsabilité en matière de scrutins. L’autorité électorale centrale conçoit le système d’inscription : formulaires, opérations informatiques ainsi que politiques et procédures. Elle conçoit aussi les manuels de formation et veille à la mise en œuvre efficace de tous les aspects du système. Quand l’administration est assurée par une commission électorale, cette dernière exerce la surveillance nécessaire pour que le système soit mis en œuvre de façon normalisée, uniforme et impartiale. Le deuxième niveau organisationnel est le niveau local. Puisque les activités d’inscription peuvent être très décentralisées, il faut une structure locale bien rodée pour régler les problèmes locaux. Surtout dans la plupart des systèmes dotés d’une liste périodique, presque toutes les tâches d’inscription à l’échelle locale sont confiées à un personnel recruté pour de courtes périodes par l’organisme de gestion électorale. Souvent, ces personnes ont peu ou pas d’expérience de l’administration électorale ou du système d’inscription des électeurs. D’où la nécessité d’un personnel capable de superviser la mise en œuvre du système à l’échelle locale, et de protocoles bien rodés pour assurer le soutien nécessaire. Dans certains endroits, cependant, le personnel local est constitué d’employés permanents du gouvernement ou de l’administration qui ont été affectés à l’inscription. Outre les niveaux organisationnels central et local, il y a souvent une composante régionale qui est chargée de la mise en œuvre normalisée à l’échelle locale et de la coordination des informations communiquées à l‘autorité électorale centrale. Importance de planifier très tôt L’autorité électorale ou les responsables de l’inscription ne peuvent assumer leurs responsabilités de façon efficace que s’ils disposent des ressources matérielles, humaines et financières appropriées. Le budget est établi à l’avance par la haute direction, idéalement sans ingérence politique. Les responsables de l’inscription doivent être perçus comme professionnels et compétents, sinon la légitimité de tout le processus d’inscription peut être compromise. L’administration d’un système d’inscription électorale implique :
Gestion du personnel Le personnel responsable de l’inscription doit être bien formé et reconnu comme honnête et impartial. Il doit être également perçu comme libre de toute motivation politique et non influençable dans l’exécution de ses fonctions. S’il s’agit de fonctionnaires ou d’employés professionnels du gouvernement, l’autorité électorale doit déterminer s’ils sont susceptibles d’intimider des électeurs ou s’ils sont réputés l’avoir déjà fait dans le passé. Au niveau régional, un responsable de l’inscription assure habituellement la liaison entre l’administration électorale centrale et l’organisation locale. Des titres différents sont donnés à cette personne selon les pays; ici, nous utiliserons le titre de « directeur régional de l’inscription ». Normalement, cette personne est responsable de la mise en œuvre globale du système d’inscription pour le territoire dont elle s’occupe. Le directeur régional de l’inscription supervise directement ou indirectement le personnel chargé de tâches importantes. Dans le cas d’une liste périodique, l’inscription comprend généralement les tâches suivantes :
Infrastructure administrative Normalement, le directeur régional de l’inscription supervise :
Des lignes directrices claires de l’autorité électorale centrale aideront le directeur régional de l’inscription à effectuer cette tâche. Dans certains pays, il faut adapter le système selon les installations disponibles. Par exemple, il peut s’avérer impossible d’établir des bureaux pleinement équipés dans tout le pays ou dans certains endroits en raison des coûts, de la situation géographique ou du manque d’équipement. Matériel d’inscription La plus grande partie du matériel d’inscription est normalement produite par l’administration centrale et expédiée directement aux bureaux locaux. Les principaux points à surveiller sont la sécurité des installations de transport et de stockage ainsi que l’exactitude des formulaires et autres documents. Des protocoles clairs concernant ces points peuvent être établis bien avant le début de l’inscription. Dans le cas d’une liste périodique, l’inscription se fait dans un délai relativement court, souvent peu avant une élection. Une opération d’inscription mal administrée peut semer le doute sur tout le processus électoral. Beaucoup de composantes du cadre administratif peuvent être établies longtemps à l’avance. Par conséquent, il est hautement souhaitable de consacrer temps et ressources à l’établissement du cadre bien à l’avance, quand la charge de travail est moins lourde. Nombre d’administrations électorales ne reçoivent pas assez de ressources pour la planification; par contre, les contrôles de dépenses sont en général très relâchés durant la période électorale, comme s’il s’agissait de gestion de crise. Or, la gestion de crise est coûteuse. Des allocations budgétaires appropriées entre les élections peuvent atténuer les pressions liées à la gestion de l’inscription. En fait, bien planifier les dépenses faites entre les élections permet de réaliser des économies appréciables. Dans un système à liste permanente, le processus d’inscription peut être discret. Par exemple, l’autorité électorale peut utiliser des recenseurs seulement pour des initiatives très restreintes et ciblées, et établir des centres d’inscription seulement durant la période de révision suivant la publication de la liste préliminaire. Un tel système exige un soutien administratif permanent beaucoup plus important mais, en général, permet d’éviter les pointes d’activité associées aux systèmes à liste périodique. PlanificationChacun des trois principaux types de systèmes d’inscription électorale exige une méthode de planification très différente, mais le travail implique toujours un ensemble de tâches détaillées, complexes et longues. Voici certaines de ces tâches :
Chaque système peut traiter ces tâches de diverses façons. Planification d’une liste périodique Tout système qui utilise une liste électorale périodique doit disposer d’une grande souplesse pour créer une nouvelle liste à chaque scrutin. L’autorité électorale doit prévoir comment contacter chaque électeur, certifier son identité, l’inscrire au registre, et dans certains cas délivrer une carte d’identité de l’électeur. Elle doit aussi prévoir un délai pour imprimer la liste préliminaire, la rendre disponible à l’examen du public et régler les contestations. La planification doit tenir compte de la taille et de la densité de la population, des besoins en personnel et en matériel, du budget disponible et du calendrier d’exécution des tâches. La liste périodique n’exige pas nécessairement une structure administrative permanente comme les systèmes à liste permanente ou à registre civil. La liste périodique n’étant pas tenue à jour de façon permanente, la structure administrative peut être relativement modeste entre les élections. Cependant, au moment d’établir la liste électorale, l’autorité électorale doit mettre en place une importante structure administrative dotée de personnel formé. Cela nécessite des préparatifs à tous les niveaux : manuels et programme de formation, infrastructure administrative, classification des postes et définition des responsabilités. Planification d’une liste permanente Le processus de planification est différent pour une liste électorale permanente. L’autorité électorale doit faire la distinction entre les tâches reliées à la collecte des données initiales et celles reliées à la tenue de la liste : ajout des électeurs qui deviennent admissibles, retrait de ceux qui perdent leur admissibilité et prise en compte des changements d’adresse. Avec une liste permanente, une grande partie des données recueillies lors de l’inscription initiale devront être réutilisées. Il importe donc de commencer par voir comment l’information sera recueillie et stockée en vue d’un usage ultérieur. La liste peut être structurée en fonction des personnes (de plus en plus mobiles) ou des adresses résidentielles (très statiques). La plupart des administrateurs estiment que l’organisation des données sur une base géographique, en fonction des adresses, facilite la mise à jour d’une liste permanente. Planification d’un registre civil Certains pays recueillent des données spécifiquement pour leur registre civil. L’autorité responsable du registre civil recueille l’information et l’utilise pour établir la base de données du registre. Dans d’autres cas, l’autorité se sert de l’information recueillie par d’autres entités. Elle veille à l’intégrité de cette information plutôt que de la recueillir directement elle-même. Pour choisir entre les deux approches, le registre civil doit évaluer la qualité de l’information disponible d’autres sources, en utilisant trois mesures de rendement : actualité, exactitude et exhaustivité des données. Cela permet de déterminer si des changements majeurs sont nécessaires dans la méthode de collecte de l’information et dans quelle mesure ces changements sont faisables. Questions administrativesLa présente section porte sur les questions administratives qu’il faut régler dans tout système d’inscription électorale – qu’il s’agisse d’un système à liste périodique, à registre permanent ou à registre civil. Elle fait ressortir l’importance de la planification dans l’élaboration de tout système d’inscription et signale certaines difficultés courantes qui peuvent se présenter. Voici les points abordés dans cette section :
AperçuLe droit de tous les citoyens adultes de participer aux affaires de leur gouvernement constitue l’une des pierres angulaires de la démocratie. Voter lors d’élections libres et équitables est peut-être la forme de participation la plus fondamentale. Pour que les citoyens puissent exercer leur droit de vote, il faut qu’il existe un registre électoral exhaustif et inclusif, appelé aussi liste électorale; et il faut tenir cette liste soigneusement à jour pour s’assurer que chaque citoyen admissible y est bien inscrit, et vote une seule fois. La liste électorale permet de séparer deux des plus importantes fonctions de l’autorité électorale : vérifier l’admissibilité des électeurs et contrôler la légitimité du processus de vote. La liste peut également servir dans le cadre de l’éducation des électeurs, et aider les partis politiques et les candidats dans leurs campagnes. Bien qu’elle ne soit pas obligatoire pour la tenue d’une élection, la liste électorale présente des avantages qui justifient amplement son utilisation.
En confirmant que les électeurs respectent toutes les exigences d’admissibilité, la liste électorale aide à assurer la légitimité du processus électoral. Inversement, la légitimité du processus sera immédiatement remise en question si des problèmes se posent concernant l’inscription des électeurs et, plus particulièrement, l’intégrité de la liste électorale. L’inscription des électeurs est donc l’une des tâches les plus importantes de l’administration électorale.
Coût élevé de l’inscription des électeurs
L’inscription des électeurs est l’un des éléments essentiels de l’administration électorale, et l’un des plus coûteux. La tâche d’inscrire les électeurs et de produire les listes électorales représente souvent plus de 50 % du coût total de l’administration des élections. Divers facteurs influent sur ces coûts, notamment le genre de système utilisé pour inscrire les électeurs, la capacité administrative de l’autorité électorale ainsi que les caractéristiques sociales, économiques et démographiques du pays.
Égalité politique et inclusivité
Les registres électoraux sous-tendent la démocratie en favorisant l’égalité politique pour tous les citoyens et en favorisant activement l’inclusion des électeurs admissibles dans le processus électoral. Il existe différents points de vue quant à l’ampleur des efforts que les autorités électorales doivent déployer pour inscrire les électeurs appartenant à des groupes qui, historiquement, affichent des taux d’inscription et de vote inférieurs à la moyenne, comme les femmes, les membres des minorités visibles et ethniques, les pauvres et les jeunes. Certains pays tentent d’accroître la participation de ces groupes à l’aide de campagnes d’inscription ciblées. D’autres pays adoptent une approche plus passive : les responsables veillent à ce que tous les électeurs aient la même possibilité de s’inscrire et de voter, mais ne cherchent pas à accroître l’inscription d’un groupe en particulier.
Malgré ces différences, tous s’entendent pour dire qu’un système qui se veut démocratique et représentatif doit offrir une chance égale à tous les électeurs de participer au vote grâce à un processus d’inscription inclusif.
Exclusions légales et administratives
Des électeurs peuvent être exclus de la liste électorale par des moyens d’ordre légal ou administratif. Dans les démocraties représentatives qui ont vu le jour parmi les pays occidentaux au cours des 18e et 19e siècles, l’admissibilité à l’inscription et au vote dépendait de critères comme la propriété foncière, la richesse, le niveau d’alphabétisation, la race, le sexe et la moralité. Quiconque ne respectait pas les critères était exclu. Ces exclusions légales ont été graduellement supprimées et, aujourd’hui, la plupart ne sont plus considérées comme légitimes. Cependant, bien des pays excluent encore des personnes pour des raisons d’âge (normalement les électeurs doivent avoir au moins 18 ans, mais l’âge minimal requis est parfois plus élevé), la citoyenneté, la résidence, une condamnation pour infraction criminelle ou une incapacité mentale. Les exclusions sont habituellement inscrites dans la Constitution ou dans les lois électorales du pays par les dirigeants politiques, plutôt que d’être adoptées par des responsables administratifs. Quant à l’exclusion administrative, elle consiste à ne pas inscrire sur la liste électorale des personnes qui sont manifestement admissibles à voter. Elles peuvent être exclues simplement par choix personnel ou par habitude; par exemple, des électeurs potentiels pourraient ne pas souhaiter s’inscrire parce qu’ils ont peu ou pas d’intérêt pour la politique ou pour l’élection. Un électeur peut être inscrit incorrectement, ou pas inscrit du tout, à cause d’un changement d’adresse ou d’un changement de nom. L’exclusion peut aussi résulter de lacunes du système d’inscription, telles qu’une publicité insuffisante concernant la date de clôture du processus d’inscription. Un bon système d’inscription vise à prévenir, ou à tout le moins réduire, l’exclusion des électeurs admissibles. La priorité doit être d’inscrire tous les électeurs admissibles. En pratique, cet objectif ne peut être pleinement atteint, mais il doit donner l’impulsion nécessaire pour établir des critères de rendement très clairs dans la marche vers l’enregistrement universel.
Complexité de l’inscription des électeurs
En gérant l’inscription des électeurs, les administrateurs électoraux doivent tenir compte des conditions qui règnent dans le pays, l’État ou la région et se demander notamment :
Les réponses à des questions de ce genre aideront à déterminer le type de système d’inscription qui convient le mieux à un contexte politique particulier.
Trois possibilités d’inscription des électeurs
La démocratie en général et l’inscription des électeurs en particulier peuvent prendre bien des formes. Dans l’implantation de la démocratie électorale, il est important de choisir un système qui soit :
Dans le cas de l’inscription des électeurs, il y a trois options :
L’autorité électorale doit choisir une de ces options, ou une combinaison des trois, qui servira de base pour concevoir un système d’inscription des électeurs.
Liste périodique
La liste électorale périodique est établie pour un scrutin particulier, et les administrateurs électoraux n’ont ni l’intention de la conserver ni de la mettre à jour pour un usage ultérieur. Normalement, la liste est établie immédiatement avant l’élection, mais cela n’est pas obligatoire. Ce système est relativement coûteux et long puisqu’il nécessite un contact direct avec tous les électeurs admissibles avant l’élection. Une telle liste peut être particulièrement utile si l’on ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour tenir une liste permanente, si la mobilité de la population est élevée ou si la tenue de listes de citoyens par le gouvernement suscite de l’opposition. La liste périodique peut aussi être le premier choix des entités quasi gouvernementales, telles que les organismes ou commissions de gestion électorale.
Liste permanente
La liste électorale permanente, appelée aussi registre des électeurs, est tenue par l’administration électorale et est régulièrement mise à jour. Ce système exige une infrastructure appropriée. La tenue d’une telle liste consiste en général à ajouter les noms, accompagnée de renseignements pertinents, des personnes qui satisfont aux exigences d’admissibilité et à supprimer les noms de celles qui ne satisfont plus aux exigences (pour cause de décès, de déménagement, etc.). Puisque la liste permanente est mise à jour de façon régulière, il n’est pas nécessaire de mener une campagne finale d’inscription juste avant une élection, bien que l’on prévoie souvent une période officielle de révision durant la campagne électorale. La liste permanente peut être tenue à l’échelle locale ou nationale.
Pour faciliter l’actualisation des listes, de nombreuses autorités électorales forment des partenariats de partage de données avec d’autres organismes gouvernementaux. Par exemple, lorsqu’un citoyen déménage, il peut en informer le fisc, le bureau de poste, l’autorité du logement ou le système de santé. Dans bien des pays qui ont un registre permanent, les partenariats permettent à l’autorité électorale de recevoir des mises à jour régulières des changements apportés aux dossiers de ces organismes. Ainsi, il est possible d’actualiser le registre électoral sans contact direct entre l’électeur et l’autorité électorale. Dans certains cas, l’autorité électorale qui est informée d’un changement d’adresse peut envoyer à l’électeur une nouvelle carte d’inscription en lui demandant de mettre à jour et de confirmer l’information qui y figure.
Registre civil
Le registre civil est la troisième possibilité d’inscription des électeurs. Ce registre peut contenir divers renseignements sur l’ensemble des citoyens comme le nom, l’adresse, la citoyenneté, l’âge et le numéro d’identité. Dans certains pays, particulièrement en Europe et en Amérique latine, la liste électorale est produite à partir de l’information contenue dans le registre civil national. Dans les pays dotés d’un registre civil, il est important de déterminer si l’organisme responsable du registre (qui est souvent le ministère de l’Intérieur) doit être responsable de la liste électorale. Certains pays confèrent ces deux responsabilités à la même institution; d’autres choisissent de les assigner à deux organismes distincts.
Si un registre civil est en place, la production d’une liste électorale se fait de manière relativement efficace et efficiente parce que les principaux coûts sont absorbés d’abord par le registre civil. Il est relativement coûteux de tenir un registre civil, mais l’information qu’il contient peut servir à diverses fins, ce qui réduit le coût global de gestion des données du gouvernement. L’inconvénient principal de ce système est sa force principale. Même si le coût élevé d’un registre civil est justifié, le partage de données entre institutions gouvernementales peut susciter la controverse. Certains peuvent s’inquiéter des risques, réels ou potentiels, d’atteinte à la vie privée. Si ces inquiétudes sont répandues, le registre civil peut s’avérer simplement inacceptable malgré son utilité. ContextePrincipales applications de la liste électorale L’objectif premier de la liste (ou registre) électorale est de confirmer l’admissibilité des personnes à voter lors d’une élection nationale ou locale. Elle permet à l’autorité électorale de traiter séparément la vérification de l’admissibilité et le contrôle de la légitimité du processus de vote. Le processus d’inscription permet de déterminer l’admissibilité des électeurs avant le jour du scrutin; ainsi, l’autorité électorale peut administrer l’élection de façon efficace tout en réduisant les délais d’attente pour les électeurs. Toute procédure qui facilite le vote est importante, vu les taux de participation de plus en plus faibles enregistrés dans de nombreuses démocraties. Autres applications de la liste électorale Les listes électorales ont d’autres applications qui contribuent à justifier l’investissement en temps, en personnel et en argent qu’elles nécessitent. Entre autres :
Bien que la liste électorale puisse servir à de nombreuses fins, son utilisation et sa distribution sont souvent strictement réglementées. Les règles peuvent être spécifiées dans le code électoral, dans le but de protéger la vie privée des personnes inscrites. Certains électeurs peuvent exiger que l’information soit tenue strictement confidentielle et ne soit pas transmise aux partis politiques. Ces électeurs dits « silencieux » ou anonymes peuvent craindre une forme ou une autre de violence conjugale, ou avoir d’autres motifs valables. L’autorité électorale peut tenir une liste complètement séparée pour ces électeurs. Adaptation aux conditions locales Pour que l’inscription des électeurs soit exhaustive et inclusive, les mécanismes utilisés doivent être adaptés aux conditions locales sur le plan politique, social et économique. En particulier, il faut tenir compte des facteurs suivants :
Alphabétisation Les taux d’alphabétisation ont une influence directe sur la capacité de communiquer avec les électeurs potentiels. Lorsque ces taux sont élevés, les communications avec les électeurs sont relativement efficaces et économiques, et l’inscription s’en trouve facilitée. Par exemple, dans un pays qui affiche des taux d’alphabétisation élevés et qui possède une liste électorale permanente, les responsables électoraux peuvent envoyer par la poste à chaque électeur une carte contenant ses données d’inscription actuelles. L’électeur vérifie l’exactitude de l’information sur la carte et, si nécessaire, retourne par la poste la carte corrigée. Bien sûr, cette façon de communiquer nécessite un système postal fiable qui assure la livraison du courrier à chaque ménage. Mais les pays ayant un taux d’alphabétisation élevé n’ont pas tous l’infrastructure nécessaire. Et lorsque les taux d’alphabétisation sont faibles, la communication postale est encore moins appropriée. Dans ces cas, des agents électoraux doivent contacter personnellement les électeurs pour les inscrire, et les dirigeants communautaires doivent intervenir pour fournir de l’information sur l’inscription. Même si le taux d’alphabétisation est élevé et que le contact personnel n’est pas essentiel, il est important de s’assurer que les formulaires d’inscription sont faciles à comprendre et dénués de tout jargon juridique qui pourrait semer la confusion chez les citoyens ordinaires. Autrement dit, un formulaire d’inscription électorale ne doit pas être un test d’alphabétisation pour l’inscription. Quand le taux d’alphabétisation est faible, il est préférable que les agents électoraux remplissent les formulaires pour les personnes qu’ils inscrivent, soit au cours d’entrevues de porte en porte, soit dans des centres d’inscription. Climat Dans les pays économiquement avancés, le climat peut avoir peu d’effet sur l’inscription et le vote. Une grande partie du processus d’inscription peut se faire par des moyens électroniques et informatiques. Ces pays ont souvent une infrastructure administrative bien développée qui facilite l’inscription malgré les rigueurs du climat. Mais même ces sociétés ont tendance à éviter les élections à certaines périodes de l’année – par exemple, en hiver dans les pays au climat froid. Cette pratique affecte le calendrier de l’inscription. Même si aucune règle officielle n’interdit de déclencher une élection durant certaines saisons, l’habitude d’éviter ces saisons influera sur la planification électorale. Dans les pays moins développés, les conditions climatiques peuvent avoir un plus grand impact sur la planification électorale. Une sécheresse, la saison des pluies, la période des semences ou des récoltes, tout cela peut influer sur la capacité des citoyens de s’inscrire. Par conséquent, il peut s’avérer nécessaire de reporter l’inscription. Infrastructure administrative Le succès du travail d’inscription est largement tributaire de l’infrastructure administrative, à savoir : la capacité de planification administrative et logistique globale ou de collecte de données, les politiques et procédures d’approvisionnement; l’infrastructure matérielle; la sélection et la formation des employés; le personnel nécessaire pour tous ces aspects du processus. Établir et maintenir la structure administrative sont longs et coûteux. Sans elle, cependant, le processus électoral peut manquer de légitimité et d’intégrité. L’infrastructure administrative doit être permanente et non pas créée à nouveau pour chaque élection. Environnement politique Le climat politique d’un pays peut évidemment avoir un impact sur l’inscription des électeurs et sur les élections. L’environnement politique peut être complètement pacifique, tous les partis acceptant la légitimité du processus électoral; ou l’atmosphère peut être tendue à cause de conflits intérieurs ou internationaux. Entre ces deux extrêmes, toutes les possibilités existent. L’idéal est que l’inscription et le vote soient menés dans un climat politique harmonieux, mais cela n’est pas toujours possible. Et quand ce n’est pas possible, des questions d’équité ou de légitimité surgissent presque à coup sûr. Dans un environnement politique qui n’est pas idéal, la meilleure approche est de faire le maximum pour que l’administration de l’élection soit équitable et impartiale, et soit perçue comme telle. Il est également utile d’assurer la transparence en donnant à tous les partis politiques la possibilité d’observer l’administration de l’élection. L’autorité électorale doit relever des défis particuliers dans un pays sortant d’un conflit. Il peut être nécessaire d’élaborer ou d’appliquer des politiques sur des questions comme le vote à l’étranger, l’identification des électeurs sans papiers, l’inscription des électeurs dans les camps de réfugiés et parfois les activités de partis politiques ou d’autres groupes qui cherchent à perturber l’élection. Principes directeursL’inscription des électeurs est le processus qui permet de vérifier les électeurs potentiels et d’inscrire leur nom et tout autre renseignement justificatif sur une liste électorale. Pour que le processus soit équitable, exhaustif et inclusif, les électeurs potentiels doivent en avoir connaissance et avoir une possibilité raisonnable de s’en prévaloir. Les campagnes d’information sensibilisent les électeurs en leur expliquant qu’ils ont la responsabilité de s’inscrire et en présentant de l’information sur la façon de procéder. Inclusivité L’inscription doit être inclusive, c’est-à-dire accessible à tous les groupes et catégories de citoyens admissibles. Il ne doit y avoir aucune partialité systémique à l’encontre d’un groupe identifiable. Cependant, pour des raisons sociales ou économiques, l’inscription peut être plus difficile pour certains citoyens, notamment :
Des mesures spéciales peuvent s’avérer nécessaires pour abolir les obstacles et faire en sorte que le système d’inscription soit véritablement ouvert à ces groupes et leur permette de participer au processus démocratique. L’exclusion électorale se fait par des mécanismes formels et informels; pour les contrer, les administrateurs électoraux doivent déployer des efforts véritables. Exclusion administrative des électeurs admissibles Il arrive que des électeurs admissibles fassent l’objet d’une exclusion administrative. Des électeurs peuvent être ainsi exclus lorsque le système d’inscription ne les encourage pas à s’inscrire ou ne facilite pas leur inscription, et plus particulièrement lorsque des obstacles administratifs empêchent des citoyens de s’inscrire. Des électeurs peuvent être administrativement exclus de différentes façons, qui compromettent toute la légitimité des élections. Voici certaines causes d’exclusion administrative et leurs solutions possibles.
Inscription volontaire ou obligatoire L’inscription électorale est-elle une obligation et une responsabilité du citoyen, ou un droit de citoyenneté que chacun peut exercer à sa discrétion? La réponse à cette question détermine les procédures administratives à mettre en place pour l’inscription des électeurs. Si l’opinion dominante est que le vote est une obligation et une responsabilité du citoyen, il s’ensuit que l’inscription doit être obligatoire. Dans ce cas, l’État doit informer les électeurs qu’ils sont tenus de s’inscrire et de mettre à jour leurs renseignements sur la liste électorale permanente. Si le vote est considéré comme un droit plutôt qu’une obligation, l’inscription est une option que chaque électeur exerce à sa propre discrétion et l’État n’a pas besoin de déployer les mêmes efforts pour encourager les électeurs à s’inscrire. Qui est responsable – les citoyens ou l’État? Des systèmes différents peuvent utiliser des méthodes différentes d’inscription et assigner des responsabilités variées aux administrateurs électoraux et aux citoyens. Parfois, l’inscription est principalement la responsabilité des citoyens, qui doivent entreprendre les démarches en contactant l’administration électorale. Dans d’autres cas, les responsables doivent tenir des listes électorales permanentes ou préparer de nouvelles listes. Ils peuvent s’acquitter de leurs responsabilités en effectuant un recensement de porte en porte ou en établissant des centres locaux d’inscription. En pratique, la responsabilité est souvent partagée. Par exemple, dans un pays doté d’une liste électorale permanente, l’autorité électorale peut rendre l’inscription accessible en établissant des milliers de centres d’inscription, y compris des unités itinérantes. Il appartient encore aux citoyens, cependant, de se rendre dans ces lieux et d’entreprendre formellement leur inscription. En pareil cas, l’expérience a montré qu’en rendant l’inscription plus facile, on peut accroître la participation de façon significative. En définitive, il s’agit d’une question d’accès : quelle part de responsabilité l’État doit-il assumer pour que les citoyens puissent s’inscrire sans trop de difficulté? La réponse est que l’État doit assumer une responsabilité considérable pour que l’inscription ne constitue pas un obstacle administratif à la participation électorale. Par ailleurs, l’État doit habituellement tenir compte de considérations financières au moment de décider de l’ampleur des efforts à déployer dans ce domaine. Critères de rendement Des critères de rendement clairs aident à mesurer l’utilité globale et la rentabilité d’un système d’inscription des électeurs. Pour les listes périodiques, les critères sont l’exactitude et l’exhaustivité. L’exhaustivité est mesurée d’après le pourcentage d’électeurs admissibles inscrits sur la liste électorale. L’exactitude est mesurée d’après le taux d’erreur dans l’inscription des données d’électeurs (nom, adresse, sexe, âge, citoyenneté et toute autre variable). Dans le cas d’une liste permanente ou d’un registre civil, l’exactitude dépend souvent de l’actualité des données – c’est-à-dire dans quelle mesure l’information est mise à jour en temps utile. L’objectif principal est qu’au jour du scrutin, les données les plus récentes figurent bien sur la liste, de façon à ce que celle-ci reflète la situation actuelle des électeurs. L’établissement de cibles précises de rendement pour chaque secteur favorise une plus grande inscription des électeurs. Selon un haut responsable électoral, une liste permanente devrait être complète à 90 %, à jour à 85 % et exacte à 97 %. Autrement dit, le système devrait faire en sorte que 9 électeurs sur 10 soient inscrits sur la liste, que les renseignements sur les électeurs soient à jour dans 8,5 cas sur 10 et qu’il y ait des erreurs de saisie de données dans seulement 3 dossiers sur 100. Une fois ces cibles ou points de repère établis, les coûts marginaux peuvent être calculés. À mesure que le pourcentage d’électeurs inscrits augmente et que des efforts sont déployés pour atteindre les autres objectifs de rendement, le coût marginal de l’inscription d’électeurs additionnels augmente. Les premières inscriptions sont relativement peu coûteuses : les électeurs étaient peut-être à la maison lorsque les recenseurs sont passés ou ils ont répondu sans délai à une demande de mise à jour d’information envoyée par la poste. Si les électeurs n’avaient aucun changement à signaler, les renseignements à leur sujet sur la liste électorale demeuraient à jour et exacts. Pour les électeurs potentiels qui ne respectent pas ces conditions, la collecte et la mise à jour des données peuvent coûter plus cher. En outre, il faut parfois plus d’une tentative pour contacter certaines personnes difficiles à joindre. Plus une liste électorale devient exhaustive, exacte et à jour, plus elle est coûteuse à produire. Par exemple, certains pays tiennent une liste permanente incluant les électeurs établis à l’étranger. Si l’objectif d’exhaustivité est de 90 %, ces pays peuvent trouver la dépense prohibitive. Une solution abordable pourrait consister à créer un système d’inscription distinct pour les ressortissants vivant à l’étranger – ce que font déjà certains pays. Au lieu de figurer sur les listes électorales intérieures de leur pays, les citoyens vivant à l’étranger doivent s’inscrire de leur propre initiative à chaque scrutin. En ce qui concerne l’actualité de l’information comme l’adresse des électeurs inscrits dans le registre, différentes régions d’un pays ont souvent des taux très différents de mobilité résidentielle. Les gens peuvent déménager plus souvent dans un centre urbain densément peuplé et le taux de mobilité peut être élevé chez les électeurs plus jeunes tels que les étudiants. Assurer un taux d’actualité de 85 % nécessiterait probablement des mises à jour plus fréquentes des listes électorales dans certaines régions; ailleurs, la liste pourrait demeurer à jour à ce niveau de rendement pendant beaucoup plus longtemps. Pour cette raison, les taux nationaux (ou régionaux) moyens de mobilité peuvent s’avérer plus utiles que des taux hautement localisés. Coûts et critères de rendement Plus le rendement est bon selon les trois critères ci-dessus, plus le coût du système d’inscription est élevé. Il en coûte évidemment moins cher d’inscrire les électeurs potentiels les plus « faciles » que les plus « difficiles ». Ces derniers peuvent :
À la limite, le coût d’inscription de tels électeurs peut même devenir prohibitif. Quant à savoir exactement où l’on doit s’arrêter, cela varie selon chaque autorité électorale. Inscription des électeursL’inscription des électeurs établit leur admissibilité à voter. Cette opération – une des plus coûteuses, des plus longues et des plus complexes du processus électoral – représente souvent une portion considérable du budget, du temps du personnel et des ressources d’une autorité électorale. Bien menée, elle aide à assurer la légitimité du processus. Si le système d’inscription comporte des lacunes, l’ensemble du processus peut être perçu comme illégitime. Cette section renferme :
La section suivante intitulée Questions générales explique et compare les trois principaux types de systèmes d’inscription des électeurs : la liste périodique, le registre permanent et le registre civil. On y fait valoir qu’aucun de ces trois types de systèmes n’est nécessairement le meilleur. Chacun a des avantages et des inconvénients qui le rend plus ou moins efficace dans des contextes sociaux, politiques et environnementaux différents. La section traite ensuite des éléments à considérer pour concevoir un système d’inscription – par exemple, l’utilisation de cartes d’inscription, l’informatisation des listes électorales, l’inscription le jour du scrutin et les dispositions concernant les électeurs anonymes. La section intitulée Enjeux administratifs spécifiques examine divers aspects particuliers de l’implantation d’un programme d’inscription. En général, les sujets y sont plus ciblés et détaillés, et ils s’appliquent à tout système d’inscription des électeurs. Entre autres, mentionnons les politiques d’approvisionnement, la sélection et la formation du personnel, la mise en œuvre du plan d’inscription des électeurs, la tenue de la liste électorale et la distribution de la liste électorale définitive. Bibliographie
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