Un nombre croissant de pays intègrent des dispositions électorales fondamentales dans leur constitution, lesquelles incluent souvent le type, la composition et les responsabilités de l’OGE. Des pays comme l’Afrique du Sud, le Bangladesh, le Costa Rica, le Ghana, l’Inde, l’Indonésie et l’Uruguay ont établi leur OGE en qualité d’organisme constitutionnel. La modification du statut et des autres éléments de l’OGE déterminés par la constitution devient ainsi plus difficile. Les dispositions constitutionnelles sont en général plus figées que les simples lois. Les révisions constitutionnelles exigent, par exemple, une majorité qualifiée de l’assemblée législative. Cette stabilité constitutionnelle constitue un obstacle pour les partis au pouvoir qui souhaiteraient changer les dispositions électorales à leur avantage. Elle donne ainsi un sentiment de plus grande protection aux partis d’opposition. En effet, si ces dispositions étaient intégrées dans de simples textes réglementaires ou législatifs, elles pourraient être modifiées par une majorité de l’assemblée législative.
L’éventail et la nature des dispositions électorales qu’il est considéré comme approprié d’intégrer dans la constitution d’un pays varient en fonction de son contexte local.
Des dispositions électorales ayant le même objectif peuvent être formulées de manière très différente d’une constitution à l’autre, comme le montrent les deux définitions constitutionnelles suivantes de l’« indépendance » d’un OGE :
« À l’exception des dispositions de la présente Constitution ou de toute autre loi qui n’est pas anticonstitutionnelle, la Commission électorale ne sera soumise à la direction ou au contrôle d’aucune autorité ou personne tierce dans l’accomplissement de ses fonctions» (article 46 de la Constitution du Ghana).
« Les élections générales seront organisées par une commission générale des élections nationale, permanente et indépendante » (article 22E(5) de la Constitution indonésienne).
Si la consécration des principales dispositions électorales dans la constitution inspire confiance dans le système électoral, cela peut également être source d’inconvénients si ces dispositions sont trop détaillées. En effet, le cadre juridique pourrait alors s’avérer difficile à modifier dans la pratique à cause du temps nécessaire ou de la difficulté des conditions à remplir pour réviser la constitution.
Le degré d’intégration des dispositions électorales dans la constitution dépend principalement du niveau de confiance du public dans l’administration électorale du pays. Dans de nombreuses démocraties, où l’élaboration des lois, l’administration publique et l’organisation des élections jouissent d’une grande confiance du public, la constitution ne comporte pas de dispositions sur la création de l’OGE. Il est cependant fréquent (et pas seulement dans les démocraties en cours de consolidation) que des OGE indépendants et solides s’appuient sur un cadre juridique élaboré et détaillé contenant des dispositions électorales clés ayant valeur constitutionnelle. La clarté et l’autorité de la constitution affermissent la confiance des parties prenantes dans le processus électoral.
