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Contexte des partis et des candidats

Organisation politique et gouvernementale

Le système politique d’un pays façonne ses partis politiques. Par exemple, l’équilibre entre pouvoir législatif et pouvoir exécutif a un impact sur le fonctionnement des partis formant le gouvernement et l’opposition : plus le gouvernement est puissant, plus le rôle des partis d’opposition est modeste entre les élections.

Dans les systèmes présidentiels, une autre dimension s’ajoute. En effet, l’accent est alors mis sur la personnalité des candidats plutôt que sur la structure des partis, et les alliances entre partis sont encouragées, ceux-ci devant appuyer l’un ou l’autre des candidats à la présidence. Le degré de centralisation ou de décentralisation du pays est aussi un facteur important. Dans les systèmes fédéraux, les partis ont tendance à entretenir des liens régionaux, tandis que dans les pays unitaires, ils ont une orientation plus nationale.

Population

Les partis politiques tendent à refléter les clivages socioéconomiques du pays. L’existence de minorités ethniques, religieuses ou autres a souvent un impact sur les partis et les régimes de partis, notamment si ces minorités sont dispersées géographiquement. Ceci apparaît de façon manifeste dans les résultats électoraux obtenus par les partis à caractère ethnique dans les pays sortant d’un conflit comme l’Irak ou l’Afghanistan depuis 2005, ou dans le clivage ethnique qui divise les électeurs des pays du « printemps arabe ».[1]

Conflits violents

Les pays devenus ou redevenus démocratiques depuis peu ont souvent traversé des conflits violents qui ont laissé leur marque sur les partis politiques. Certains partis sont d’anciens groupes militaires ; d’autres sont de nouvelles entités, parfois issues d’organisations de la société civile. L’existence ou la menace de violences sociales pèse aussi bien sur les partis que sur les politiciens. En effet, ceux-ci prennent souvent des risques personnels élevés en participant à la vie politique (en se présentant aux élections et en occupant le cas échéant une fonction au gouvernement).

Systèmes électoraux et régimes de partis

La réalité des partis et du régime de partis d’un pays, notamment le nombre et la taille relative des partis présents à l’assemblée législative, dépend largement du système électoral. Certains systèmes encouragent, voire imposent la formation de partis politiques, tandis que d’autres ne reconnaissent que les candidats individuels. La cohésion et la discipline internes des partis sont également influencées par le système électoral, selon qu’il encourage le factionnalisme (opposition constante de différentes ailes du parti) ou l’unité (le parti parle d’une seule voix et la dissidence est réprimée). Enfin, les systèmes électoraux influent sur les stratégies de campagne et le comportement des élites politiques, et donc sur le climat politique global ; ils peuvent favoriser ou entraver les alliances entre partis et inciter les partis et autres regroupements politiques à être largement ouverts, ou à se limiter à un électorat fondé sur l’appartenance ethnique ou sur les liens de parenté, par exemple.[2]

Culture politique et normes sociales

Les normes politiques et sociales d’un pays déterminent le fonctionnement de ses partis politiques. Les normes hiérarchiques et patriarcales se reflètent dans la structure de nombreux partis politiques, tout comme les cultures de consensus ou de consultation. C’est la société, et pas seulement la culture interne des partis, qui fixe les comportements acceptables ou non pendant les meetings ou les campagnes électorales.

Contexte changeant et crise des partis politiques

Depuis le milieu du 20e siècle, le paysage politique a connu une évolution rapide. La démocratie s’est implantée dans de nouveaux pays et de nouvelles régions, des sociétés ont été transformées par le développement économique, la télévision et les médias électroniques sont devenus omniprésents et la mondialisation de la politique affecte désormais la vie de tout un chacun, partout dans le monde. Les partis politiques s’efforcent avec plus ou moins de succès de s’adapter à ces nouvelles réalités. Ils doivent trouver de nouveaux modes d’organisation et de fonctionnement s’ils veulent survivre. La récente transformation du paysage politique des pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, dans le cadre du printemps arabe, a bien démontré ce phénomène.[3]

Confiance

La communauté internationale du développement s’accorde généralement sur le rôle fondamental des partis politiques dans les démocraties en ordre de marche. Pourtant, sur tous les continents et dans tous les pays, les partis et les politiciens figurent, selon les sondages, parmi les institutions et les personnes auxquelles on fait le moins confiance. [4] Les partis politiques sont perçus comme des institutions corrompues qui favorisent des intérêts particuliers et maintiennent au pouvoir une élite prospère et déconnectée des membres ou des militants. Autrefois personnalités respectées, les politiciens ont aujourd’hui une réputation de manipulateurs ne s’intéressant qu’à leur profit personnel. Cette tendance a été mise en évidence lors de la vague de changements politiques et électoraux qui a balayé l’Afrique du Nord et le Proche-Orient en 2011.

Dans certains pays, l’étiquette « parti politique » évoque immédiatement une image négative dans l’esprit des électeurs, ce qui explique pourquoi les nouveaux partis préfèrent se nommer « mouvement » ou « organisation », même s’ils reconnaissent jouer les mêmes rôles et évoluer sur le même terrain que les partis politiques traditionnels.

Professionnalisation et adhérents

Partout dans le monde, la politique a changé. Autrefois investie par des citoyens engagés et désireux de représenter les intérêts de la collectivité en servant l’État, elle devient de plus en plus une affaire de professionnels. Divers facteurs y concourent. Les systèmes politiques sont de plus en plus complexes et les décisions politiques peuvent aujourd’hui avoir des répercussions mondiales : les simples citoyens, aussi inspirés et dévoués soient-ils, peuvent avoir du mal à répondre aux attentes. De nombreux observateurs estiment aussi que le pouvoir accru des médias dans les campagnes électorales a accéléré la professionnalisation de la politique. Les campagnes sont plus souvent dirigées aujourd’hui par des consultants en marketing que par des membres locaux du parti, et une publicité d’une minute à la télévision peut avoir plus d’impact qu’une centaine de rassemblements locaux. L’influence des comités d’action politique et des groupes d’intérêts particuliers qui fournissent des sommes importantes pour les campagnes électorales des candidats individuels ou des partis doit également être prise en compte dans les opérations électorales actuelles des partis politiques.[5]

Tous ces facteurs ont également tempéré le souhait des citoyens de s’affilier à un parti politique. Ainsi, les partis connaissent actuellement une baisse de leurs effectifs, tant dans les nouvelles démocraties que dans les pays d’Europe occidentale où l’appartenance à un parti politique était traditionnellement forte. Dans certains pays, le financement public est accusé d’avoir transformé les partis, jusque-là organisations privées comptant sur leurs membres, en institutions étatiques.

Mondialisation et contacts internationaux

Il n’y a pas que les décisions politiques qui ont des implications internationales. De plus en plus, les partis politiques nouent des contacts au-delà des frontières, et les liens qu’ils entretiennent avec leurs fédérations internationales ou leurs homologues, dans d’autres parties du monde, influent sur les programmes et les campagnes nationales. Par ailleurs, de nouveaux partis transnationaux voient maintenant le jour au sein d’organisations intergouvernementales et supranationales comme l’Union européenne.

Les partis et les candidats financent leurs campagnes non seulement grâce aux contributions des citoyens locaux, mais aussi de communautés en exil, d’organisations multinationales et de groupes de soutien internationaux. De nombreux pays ont adopté des lois interdisant les sources de financement étrangères en politique, mais les failles législatives et l’apparition de nouvelles pratiques les rendent souvent inefficaces.

Augmentation des coûts

L’accès aux financements et la réglementation de l’utilisation permise des fonds peuvent être utilisés pour influencer le comportement des partis politiques. Les coûts de fonctionnement d’un parti politique (locaux, bureaux régionaux, inscription des membres, réunions fréquentes, etc.) augmentent régulièrement, mais ce sont surtout les dépenses de campagne qui poussent les partis à rechercher toujours plus de fonds. [6] Un parti ne gagnera pas nécessairement l’élection parce qu’il y consacre plus d’argent que ses rivaux, mais ses dépenses garantiront à son message une plus large audience.

Les dépenses de publicité électorale sont en hausse, surtout dans les pays où les publicités payantes sont le principal mode de communication avec l’électorat. C’est pourquoi de nombreux pays ont choisi d’interdire la publicité électorale payante et d’offrir plutôt du temps d’antenne gratuit dans les médias étatiques, notamment pour les débats politiques, la couverture des meetings électoraux ou la diffusion des rassemblements publics organisés par les partis politiques au cours de la période préélectorale. Dans certains cas, cette solution a permis d’améliorer l’accès des candidats ou des partis aux médias (et indirectement leur audience auprès de l’électorat), mais l’environnement concurrentiel des élections et les pouvoirs dévolus aux législateurs et aux États continuent d’attirer d’importants financements de la part des donateurs.

Représentativité

C’est souvent sur la question de la représentativité que les partis politiques sont les plus critiqués. On les trouve trop distants de leurs membres ou sympathisants et on leur reproche de n’avoir pas réussi à associer toutes les couches de la population à la vie politique. Les femmes restent encore largement exclues : à l’aube du 21e siècle, au niveau mondial, elles ne représentaient que 15 % des élus dans les assemblées législatives. De même, certaines minorités ethniques, religieuses et sociales sont exclues du pouvoir et les partis sont souvent accusés de favoriser systématiquement l’élite dominante.

« Partout dans le monde, les inégalités entre les sexes subsistent dans les postes à responsabilité, à la tête de l’État. Les femmes continuent d’être sous-représentées dans les parlements nationaux où elles n’occupent, en moyenne, que 17 % des sièges. Le pourcentage de femmes ministres est le même. Les fonctions les plus élevées sont encore plus difficiles à atteindre : seules 7 des 150 chefs d’État élus dans le monde et 11 des 192 chefs de gouvernement sont des femmes. La situation est similaire au niveau des collectivités locales : les femmes sont sous-représentées dans les conseils municipaux, partout dans le monde, et la situation est encore pire en ce qui concerne les maires ».

Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales (2010). The World’s Women 2010: Trends and statistics.

D’aucuns estiment que les partis ne peuvent espérer atteindre pacifiquement leurs visées que s’ils réussissent à élargir leur base et à recruter des dirigeants et des candidats parmi les groupes non traditionnels. Le risque que certains groupes recourent à la violence s’accroît s’ils estiment que leurs revendications ne sont pas prises au sérieux par les partis politiques en place.

Adaptation au nouveau paysage politique

Les partis politiques sont de plus en plus préoccupés par le faible niveau de confiance accordé par les citoyens et la baisse des adhésions. Dans de nombreux pays et régions, ils se sont donc lancés dans des projets d’auto-évaluation afin de comprendre leurs erreurs et de mieux représenter la population. Des quotas ou autres mesures concrètes sont adoptés pour améliorer la représentation ; les sondages sont utilisés comme instruments de consultation ; les codes de conduite permettent d’assurer des campagnes équitables. Les partis s’attachent à mobiliser leurs membres et à dialoguer avec les groupes de la société civile tout en s’efforçant de s’adapter aux nouvelles réalités internationales.

Par ailleurs, les cadres législatifs peuvent servir à favoriser la stabilité et la crédibilité des partis. Dans de nombreux pays, des plafonds sont fixés afin d’éviter l’augmentation constante des dépenses de campagne, la transparence est exigée en matière de financement des partis, des quotas sont imposés pour accroître la place des femmes et des minorités et du temps de publicité gratuit est accordé aux partis.


[1] Voir par exemple : Bhardwaj, Maya. Development of Conflict in Arab Spring Libya and Syria: From Revolution to Civil War. The Washington University International Review // Washington University in St. Louis, mars 2012 et Simonsen, Sven Gunnar. Addressing Ethnic Divisions in Post-Conflict Institution-Building: Lessons from Recent Cases. International Peace Research Institute, Oslo (PRIO), Norvège (2005): PRIO, www.prio.no SAGE Publications, http://sdi.sagepub.com

[2] Voir PNUD Afrique (2009), élections, participation des femmes, post-conflit et évolutions récentes: http://web.undp.org/africa/governance.shtml .  Voir aussi PNUD Libéria, programme de réforme électorale: http://www.lr.undp.org/elections.htm (2012).  Cela s’est aussi manifesté de façon évidente en Irak : avant les élections législatives irakiennes de janvier 2005, un clivage ethnique s’est produit suite à la création d’une circonscription électorale unique à l’échelle du pays. Voir: http://www.un.org/News/dh/infocus/iraq/election-fact-sht.htm et Forum Moyen-Orient/Irak: http://www.meforum.org/634/iraqs-electoral-system-a-misguided-strategy

[3] Voir : Carnegie Endowment for International Peace/Jordanie: http://carnegieendowment.org/2012/07/05/jordan-s-ongoing-election-law-battle/ck59 et le partenariat PNUD/Commission européenne sur l’assistance électorale: http://www.ec-undp-electoralassistance.org/ and

[4] Voir par exemple: Pew Global Attitudes Project: http://www.pewglobal.org/

[5] Voir : Demos.org (USA 2012), Auctioning Democracy: The Rise of PACs and the 2012 elections. http://www.demos.org/sites/default/files/publications/AuctioningDemocracy-withAppendix.pdf

 

[6] Nota bene: les fonctions politiques étant de plus en plus considérées comme des « postes professionnels », les membres des partis visent de plus en plus l’obtention de compensations proportionnelles pour l’exécution des devoirs et obligations liés à ces fonctions à temps plein.