Tout pays est libre de choisir le système électoral qui lui convient le mieux. Cependant, cette liberté n’est pas sans bornes et pour que le système choisi soit reconnu comme démocratique, il doit être élaboré en conformité avec les règlements et les principes internationaux. Chaque pays possède sa propre histoire et son propre contexte. Par exemple, parmi les pays au passé colonial, on retrouve une tendance générale voulant que la révision des cadres juridiques inclue l’adoption de systèmes électoraux coloniaux. C’est ce qui explique que la révision d’un cadre juridique doit être entreprise avec tact, en tenant bien compte des particularités historiques, sociales et culturelles de chaque pays. Il sera question de cette question plus loin dans la prochaine section.
On peut d’ores et déjà affirmer qu’un cadre juridique doit être structuré d’une certaine manière, en incluant les principes suivants:
De même, il est nécessaire que le cadre juridique inclue des mécanismes efficaces pour garantir l’application complète de la loi et des droits civils. Les sanctions ne doivent pas connaître de transgressions lors de leur mise en application.
Les cadres juridiques doivent promouvoir les droits des électeurs, des partis politiques et des candidats à faire appel devant les autorités ou les tribunaux compétents afin de contester toute violation des droits civils. Le cadre juridique doit contraindre les autorités électorales et les tribunaux à régler les appels touchant les violations du droit de vote et à faire en sorte que cela puisse se faire de manière appropriée. Afin d’en arriver à des jugements définitifs sur les questions électorales, la législation électorale doit permettre aux autorités supérieures de réviser les ordonnances et les résolutions rendues par des autorités inférieures. Les jugements prononcés par les autorités et les tribunaux supérieurs doivent être appliqués immédiatement.
À l’intérieur des cadres juridiques, on doit aussi établir des échéanciers raisonnables pour le dépôt, l’examen et la résolution des procédures d’appel. Les jugements sur les appels concernant des questions électorales doivent être communiqués aux parties sur le champ. On peut résoudre certaines procédures d’appel sans délai, alors qu’en régler d’autres peut prendre plusieurs jours ou même davantage. En gardant cela à l’esprit, la mise en vigueur d’échéanciers flexibles peut s’avérer utile pour autant que l’on prenne en considération le rang de l’autorité décisionnelle, la nature du cas à l’examen et l’urgence sur le plan électoral. Nombre de problèmes peuvent être évités lorsque les procédures d’appels se règlent dans les délais impartis. Cependant, certains cas d’appels ne peuvent être déposés qu’une fois les élections terminées.
Vues sous l’angle le plus élémentaire, « les élections sont des exemples de droits de la personne, mis en pratique »[i] Conséquemment, des élections libres et justes doivent toujours satisfaire aux principes de base qui visent à garantir un vote universel, libre, juste, direct et secret.
La norme internationale la plus fondamentale en ce qui a trait aux élections est simplement que des élections doivent se tenir. L’article 21 (3) de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH 1948) se lit comme suit : « La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics; cette volonté doit s’exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote. »[ii] Faire autrement signifierait que « le gouvernement ne tire pas son autorité de la volonté du peuple. »[iii] Bien qu’à caractère non obligatoire, la DUDH a représenté un grand tournant en établissant les droits de la personne relatifs à l’État (droits aujourd’hui bien reconnus)[iv] et d’importantes composantes font maintenant partie du droit international coutumier.
Les normes internationales établissent et promeuvent d’autres principes fondamentaux, notamment :
On doit mettre en place un système de contrôle indépendant, incluant le droit au recours judiciaire, afin de garantir l’intégrité des élections. Fait intéressant, bien que l’obligation de tenir de véritables élections soit clairement mentionnée dans le droit international, la définition précise de ce terme n’est pas bien établie. Toutefois, « avec le temps, le concept de “véritables élections” en est venu à être défini comme étant des élections compétitives qui offrent un véritable choix aux électeurs, dans lesquelles les autres droits fondamentaux sont respectés, où la volonté des électeurs s’exprime librement et où les votes sont comptés avec honnêteté et précision. »[ix] L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) offre un résumé très succinct des principes clés dans une publication intitulée Election Observation Handbook (2010) (Guide d'observation des élections (2010)) en mentionnant qu’« ils peuvent être résumés en sept mots, à savoir universalité, équité, justice, anonymat, liberté, transparence et imputabilité. »[x]
Ces principes font habituellement partie des traités et des pactes internationaux. De plus, il est intéressant de constater que, bien que le droit international établisse des normes clés minimales en ce qui a trait à la gouvernance démocratique, « il ne définit pas un “droit à la démocratie” autonome en soi. Cela est largement dû au fait que le terme “démocratie” et le concept qui y est associé est trop large et trop vague pour être régulé par une seule et unique norme. »[xi]
Néanmoins, dans le droit et les normes internationales, on établit des droits fondamentaux comme le droit à de véritables élections tel que spécifié dans l’article 21 (3) de la DUDH et dans l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIRDCP 1996). Le PIRDCP, avec la DUDH, constitue l’une des sources majeures de normes internationales. En fait, on a dit de l’article 25 du PIRDCP qu’il était « la pierre angulaire de la gouvernance démocratique et des élections véritables en droit international. »[xii] Il est à noter que le PIRDCP a été signé et ratifié par plus de 160 États, ce qui a comme effet de le rendre juridiquement contraignant dans le cas de ces États.
Certains traités régionaux et d’autres documents des Nations Unies contiennent aussi des normes internationales. Parmi ceux-là, citons quelques exemples importants:
L’adhésion d’un pays aux principes susmentionnés est conditionnelle à ce qu’il soit signataire du document international. Cela étant dit, on s’attend à ce que les orientations normatives que fournissent les règles internationales contribuent à promouvoir et à soutenir les règles et les principes directeurs internationaux au-delà des seuls pays signataires. Dans le Recueil des normes internationales pour les élections on conclut que malgré l’absence de force légale, « ces instruments sont dotés d’une force politique et morale considérable. »[xiii] Lorsqu’on élabore ou révise le cadre juridique d’un pays, ce pays est lié par les traités internationaux qu’il a signés. Par conséquent, les règles électorales découlant des traités internationaux doivent être respectées et peuvent même avoir une importance constitutionnelle ou statutaire. D’autres documents des Nations Unies, même s’ils n’ont pas été signés par un pays, contiennent des normes électorales persuasives à l’intérieur du régime électoral de ce pays.
En plus des traités, conventions et pactes internationaux et régionaux, lors de la revue et de la révision des cadres juridiques, on peut aussi tenir compte d’autres références, par exemple :
Comme le résume l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (IDEA), « le cadre juridique devrait être structuré de sorte à être sans ambiguïtés, compréhensible et transparent, et devrait traiter de toutes les composantes d'un système électoral qui sont nécessaires à la tenue d’élections démocratiques. »[xvi] Dans le cadre du critère d’accessibilité du cadre juridique, on devrait également prendre en considération les multiples exigences en matière linguistique qui existent dans certains pays.
En plus de l’éventuel pouvoir du droit international émanant de tels documents, « quoi qu’il en soit, on souhaite que les grandes orientations normatives qu’ils fournissent puissent néanmoins promouvoir et soutenir ces normes internationales. »[xvii]
Il est primordial d’évaluer la manière dont les cadres juridiques électoraux qui régissent un pays s’alignent sur les normes internationales. Un tel processus d’évaluation peut mener à un éventail de mesures constructives dont le but est d’améliorer et de corriger des cadres juridiques ainsi que de mettre en œuvre davantage de pratiques efficaces visant à améliorer la législation. Il est toutefois important de garder à l’esprit qu’il n’existe pas de modèles généraux ou de solutions universelles lorsqu’il est question de législation électorale. Par conséquent, les pratiques et les systèmes qui sont appliqués dans un pays ne conviennent pas nécessairement à un autre.
[i] Commission européenne et Network of Europeans for Electoral and Democracy Support (NEEDS), Compendium of International Standards for Elections, Second Edition (Sweden: Elanders Graphic Systems AB, 2008), Preface.
[ii] Ibid., p. 38.
[iii] Ibid., p. 5.
[iv] Commission européenne, Manuel d’observation électorale de l’Union européenne, Deuxième Édition, (Sweden: Elanders Sverige AB, 2008), p. 16
[v] Commission européenne et NEEDS, Compendium, p. 6.
[vi] Ibid., p. 5.
[vii] Organization for Security and Co-operation in Europe (OSCE) Office for Democratic Institutions and Human Rights (ODIHR), Election Observation Handbook, 6th Edition. (Poland: Poligrafus Andrzej Adamiak, 2010), p. 23.
[viii] Ibid., p. 23.
[ix] Democracy Reporting International (DRI) et The Carter Center. Strengthening International Law to Support Democratic Governance and Genuine Elections (Berlin, Germany/Atlanta Georgia, United States of America. 2012), p. 26.
[x] OSCE, Election Observation Handbook, p. 7.
[xi] DRI et The Carter Center, Strengthening International Law, p. 7.
[xii] Ibid., p. 6.
[xiii] Commission européenne et NEEDS, Compendium, p. 1.
[xiv] Ibid., p. 68.
[xv] Commission européenne, Manuel d’observation électorale de l’Union européenne, p. 15.
[xvi] International Institute for Democracy and Electoral Assistance (International IDEA), International Electoral Standards: Guidelines for reviewing the legal framework of elections (Halmstad, Sweden: Bulls Tryckeri, 2002), p. 11.
[xvii] Ibid., p. 8.
